1, 2, 3… foulard – Eric Sanvoisin

Sur son lit d’hôpital, dans le coma, Charlotte revient sur son année de sixième et sur ce qui l’a conduite à jouer plusieurs fois au jeu du foulard, jusqu’au point de non retour.

La jeune fille vit en famille d’accueil depuis que sa mère, qui était sous l’emprise de drogues, l’a jetée par la fenêtre du deuxième ou troisième étage. Elle a fugué à de nombreuses reprises, jusqu’à ce qu’elle rencontre la famille chez laquelle elle vit depuis plusieurs années. Ceux qu’elle appelle « Papa » et « Maman », s’occupent d’elle comme si elle était leur fille, l’aident à se sentir mieux dans sa peau et l’entourent du mieux qu’ils peuvent.

L’entrée en sixième est cependant difficile pour Charlotte. Elle est peu sûre d’elle et cherche la reconnaissance des autres. Elle tombe amoureuse de Jordan, un garçon au coeur de pierre qui considère les filles comme de la marchandise qu’il jette quand il en a marre. Les copines de Charlotte la mettent en garde mais rien n’y fait.

Jordan l’invite à participer au clan secret des étoiles filantes. Pour lui plaire et ne pas perdre la face devant les autres, elle accepte qu’il lui sert un foulard autour du coup jusqu’à l’évanouissement. Charlotte a peur et se sent mal mais elle apprécie quand même la sensation produite. Et surtout, elle a l’impression d’exister et de faire partie d’un groupe.

Cette première fois sera suivie de nombreuses autres. Entre déceptions amoureuses, histoires entre copines et mal être causé par le retour de sa mère après plusieurs années d’absence, la vie de Charlotte va de mal en pire. Jusqu’au jour où, pour fuir les problèmes, elle veut voir les étoiles filantes une fois de trop. Glaçant !

Le jeu du foulard est la cause de nombreuses tragédies chez les adolescents. A cet âge, les conduites à risques sont nombreuses et on se sent immortel. C’est pour cette raison que, même si on entend le discours des adultes, on en fait souvent qu’à sa tête. Le roman d’Eric Sanvoisin a donc le mérite d’aborder un sujet délicat et de permettre la réflexion et le débat. Les mécanismes qui peuvent conduire à de tels actes sont décryptés avec justesse. On voit bien le malaise de Charlotte et la spirale dans laquelle elle est enfermée.

Je m’interroge tout de même sur l’apect un peu « too much » voire caricatural de la vie des personnages. Jordan vit seul avec son père alcoolique et semble livré à lui même. Il quitte Charlotte pour un grande blonde aux cheveux longs sans cerveau. Charlotte traîne de nombreuses casseroles derrière elle. Sa mère ressurgit du jour au lendemain après des années d’absence et on impose à la jeune fille des rencontres qu’elle ne souhaitent pas.

Même si tout cela est décrit avec justesse, je me demande s’il fallait en faire autant. Je suis certaine que des ados à la vie tout à fait ordinaire jouent à ce jeu, tout simplement pour faire comme les autres et appartenir au groupe. Et à partir de là, la tragédie peut arriver à tous moments. Un jeune lambda s’identifiera t-il donc à Charlotte ?

Ces remarques ne m’empêcheront pas de conseiller 1, 2, 3… foulard aux jeunes lecteurs et d’en discuter avec eux. Eric Sanvoisin a pris le risque de s’attaquer à un sujet vraiment délicat et en cela on ne peut que louer son initiative. J’aurais été incapable d’en faire autant et je ne sais pas si les discussions que je ne manquerai pas d’avoir avec mes élèves à ce sujet seront plus porteuses que ce roman.

Jérôme et Noukette l’ont également lu.

SANVOISIN, Eric, 1, 2, 3… foulard, Gründ, 2014.

9 pensées sur “1, 2, 3… foulard – Eric Sanvoisin”

  1. Une élève l’a lu et m’a dit qu’elle avait aimé mais n’était pas non plus
    super enthousiaste. Maintenant que je l’ai lu moi aussi, je vais pouvoir
    en discuter avec elle et le conseiller aux autres.

  2. Je crois que c’est le sujet qui importe le plus. Après, son traitement, c’est autre chose, mais tu le dis bien, c’est un roman qui peut être utile et permettre de parler du problème.

  3. Je garde le souvenir d’un roman fort, c’est certain. Mais je rejoins Jérôme, c’est le sujet qui prime, même si effectivement certaines ficelles peuvent sembler trop grosses…

  4. Tout dépend si c’est pour toi ou pour faire découvrir à des ados !____________________De : « Alex mot a mots » Date : 23 août 2015 20:45:38A : saxaoul@neuf.frSujet : Nouveau commentaire de Alex mot a mots [Échappées]
    ­
    ­
    ­
    ­
    ­
    #message body {font: 14px « Helvetica Neue », « Helvetica », Helvetica, Arial, sans-serif;}
    #message a {color:#2BA6CB}
    @media only screen and (max-width: 670px) {

La parole est à vous !

%d blogueurs aiment cette page :