A la ligne : Feuillets d’usine – Joseph Pontus

Ouvrier intérimaire dans une conserverie de poisson puis dans un abattoir, Joseph Pontus raconte la vie quotidienne à l’usine : les cadences infernales, les changements d’horaire à la dernière minute, le bruit, le travail à la chaîne, les machines qui tombent en panne et obligent à redoubler d’effort, l’absurdité du monde de l’entreprise, les pauses tant attendues, le corps soumis à rude épreuve, l’esprit qui tente de s’échapper. Éducateur spécialisé, il ne trouve du travail dans son secteur que pendant un mois ou deux, l’été. Le reste du temps, il faut bien gagner sa vie…. Pas question de rester sur le canapé toute la journée à ne rien faire. Il a fait le choix de quitter la région parisienne pour vivre avec sa femme en Bretagne et en paie le prix fort. Mais il ne regrette rien.

Ce qui lui permet de tenir ? L’amour, son chien Pok Pok, les balades en bord de mer mais aussi la chanson, la littérature et l’écriture. Apollinaire, Dumas, Claudel, Trenet ou encore Brel : les références littéraires et artistiques sont nombreuses. Elles permettent de penser à autre chose et mettent en perspective ce qui est vécu à l’usine. Joseph Pontus réussit la prouesse de nous offrir un texte poétique -écrit en vers !- sur un sujet qui ne l’est absolument pas. Son regard, distancié et éminemment lucide, se fait parfois drôle ou émouvant. On pourrait penser que la colère et la noirceur vont prendre le dessus mais ce n’est pas le cas. L’amour et la vie l’emportent sur tout le reste. Et permettent de continuer à avancer.

A découvrir absolument !

PONTHUS, Joseph, A la ligne : Feuillets d’usine, La table ronde, 2019.

18 réflexions sur « A la ligne : Feuillets d’usine – Joseph Pontus »

  1. Une écriture à vif, pertinente, réaliste et parfois humoristique.

    Extraits
    Je me souviens de la vanne à la con
    « C’est quoi la différence entre un ouvrier et un intellectuel
    L’ouvrier se lave les mains avant d’aller pisser
    L’intellectuel après »

    Lu dans libé du 19 janvier 2019 : https://www.liberation.fr/france/2019/01/19/joseph-ponthus-l-epreuve-de-l-usine-s-est-peut-etre-substituee-a-celle-de-l-angoisse_1703795
    «J’ai envoyé un exemplaire à la direction de l’abattoir: quinze jours plus tard, j’ai appris que ma mission n’était pas renouvelée. Je suis donc au chômage pour la promo.»

    Un roman à ne pas manquer !

  2. Je craignais un peu la forme du récit, mais finalement c’est passé tout seul. J’ai particulièrement été frappée par le travail dans l’agro-alimentaire. Maintenant, avec le succès de son livre, je pense qu’il peut respirer pour quelque temps ..

    1. Oh, tu sais, je ne suis pas certaine…. le métier d’écrivain ne rapporte pas grand chose et son livre va lui fermer un certain nombre de portes. Mais j’espère qu’il lui en ouvrira d’autres !

      1. Je l’ai entendu dire dans une interview à la radio qu’il pouvait voir tranquillement venir un an ou deux. Je ne pense pas avoir rêvé ..

    1. Je trouve que l’humour permet cette distance et cette réflexion justement. Après, c’est vrai que l’on reste au stade de l’expérience personnelle.

    1. Oui, forcément… Mais je pense que tu n’as trouvé aucun argument répondant aux tiens. Je crois que nous avons tout simplement une vision complétement différente. J’en suis restée au livre et seulement au livre. Tu t’es intéressée à l’auteur et c’est important pour comprendre une œuvre. Si je l’avais fait, j’aurais peut-être rejoint ton avis.

  3. J’ai beau lire des tas de beaux avis sur ce roman je suis intimement persuadée que j’y serai hermétique… mais je me trompe peut-être. J’attendrai sa sortie poche je pense pour me faire mon idée 😉

La parole est à vous !