Adèle et moi – Julie Wolkenstein

Comment rendre compte d’un roman de presque 600 pages en quelques lignes ? Comment résumer une vie, celle d’Adèle, femme de la fin du XIXème et du début du XXème siècle ?

Commençons par le début, la naissance donc. Le premier souvenir d’enfance d’Adèle est celui du mariage de ses parents. Elle en est certaine, même si on lui dit que ce n’est pas possible. Elle est donc née hors-mariage. Une honte pour l’époque, encore plus au sein de ce milieu bourgeois qui est le sien. Adèle apprendra des années plus tard le secret qui pèse sur le passé de sa mère. En attendant son père les élève seules, elle et sa sœur porteuse d’un handicap cognitif, depuis le décès de leur mère. Il éduque Adèle d’une manière assez surprenante pour l’époque, l’emmenant à la chasse par exemple.

A l’âge de  10 ans et demi, Adèle découvre le village de Saint Pair situé sur la côte normande. C’est le véritable coup de foudre. Le paysage, la mer, agissent sur elle comme un aimant. Adulte, elle y fera construire une maison et y passera tous ses étés ou presque jusqu’à sa mort. C’est un endroit où elle se repose de la vie parisienne et de ses mondanités. Car si Adèle appartient à un milieu très aisé, elle semble différente, atypique, surtout pour une femme de cette époque. Ainsi, c’est elle qui demande Charles en mariage et non pas l’inverse. Elle aime le sexe et ne s’en cache pas dans son journal intime. Autre exemple, elle déteste les goûters d’anniversaire des enfants et toutes les obligations qui vont avec. En lisant ce passage, on a presque l’impression d’entendre une femme moderne qui rêve d’indépendance et de liberté et n’hésite pas à avouer que les obligations d’une maman sont parfois gonflantes !

Le lecteur découvre donc la vie d’Adèle. Ses relations familiales, ses joies, ses peines, les mariages, les naissances, les deuils, les lieux où elle habite, le milieu auquel elle appartient. Mais si le roman a pour titre Adèle et moi, ce n’est pas pour rien. « Moi », c’est l’auteur ou plutôt le narrateur… qui n’est autre que l’arrière petite-fille d’Adèle et qui, à la mort de son père, découvre des documents au sujet de cette femme dont elle ignore tout. Elle décide donc de mener une enquête pour savoir qui était véritablement cette Adèle qui, comme elle, semble être liée de manière quasi organique à Saint-Pair.

Adèle et moi est un roman d’ambiance. La mer nous colle à la peau, que ce soit quand il s’agit du passé, celui d’Adèle, ou du présent, celui de la narratrice. On s’imagine la Manche, la plage de sable, l’humidité ambiante même en été, les villas bourgeoises qui colonisent Saint-Pair petit à petit, la vie dans cette petite station balnéaire situé à plus de onze heures de train de Paris, etc.

Malgré certaines phrases  fleuves qui ont tendance à perdre le lecteur et des passages un peu longs, Adèle et moi est un pavé qui se dévore. J’ai toujours aimé les sagas familiales et encore plus quand il s’agit de personnages  en décalage par rapport à leur milieu. A l’image de la vie, il y a des moments de grâce dans ce roman et d’autres terribles comme la mort du père ou celui du  Dormeur du Val. Adèle est une femme forte qui résiste contre vents et marées, une femme indépendante d’esprit, une femme debout pour reprendre le titre d’une chanson de Jeanne Cherhal que j’ai tendance à me repasser en boucle en ce moment.

Si ce roman est imparfait, il mérite quand même vraiment d’être lu. Il n’est peut être pas tombé en ce moment dans mes mains par hasard d’ailleurs…

Les avis de Galéa et d’Enna, sans qui je n’aurais jamais découvert ce livre.

WOLKENSTEIN, Julie, Adèle et moi, P.O.L, 2013.

26 réflexions sur « Adèle et moi – Julie Wolkenstein »

    1. Me lancer dans un pavé en plein décembre, alors que la fatigue se fait sentir et que mon moral est loin d’être au plus haut, ne me ressemble pas. Mais j’ai finalement lu ce roman assez vite et je crois qu’il m’a fait beaucoup de bien. J’ai tendance à fuir les pavés, je crois qu’il va falloir que je revois mes positions.

    1. Elle vient d’en sortit un autre, beaucoup plus court, que j’ai bien envie de découvrir aussi. Il se passe dans un bourg de campagne à côté duquel j’ai grandi.

    1. Hier, Monsieur, pour se moquer de moi, me disait « Mais pourquoi tu lis ? ». Je crois que sans les livres (et le sport aussi) j’aurais beaucoup de mal à trouver mon équilibre.

    1. J’ai bien l’intention de lire Les vacances. Je suis liée au Neubourg, le gros bourg dont il est question dans ce roman alors il aura forcément une saveur particulière pour moi.

    1. Lire un tel pavé à cette période de l’année ne me ressemble pas du tout mais j’y ai pris beaucoup de plaisir. Cela m’a même donné envie de lire des « gros » livres un peu plus souvent.

La parole est à vous !