Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire – Sarah Kaminsky

Adolfo Kaminsky est un homme au destin hors du commun. Interné à Drancy pendant la Seconde Guerre mondiale, il doit le fait de ne pas avoir été déporté vers les camps de la mort uniquement à sa nationalité argentine. Ses parents, juifs d’origine russe, se sont exilés en France au début des années 1930. Trés tôt, Adolfo Kaminsky se passionne pour la chimie et dès l’âge de dix-sept ans il se sert de ses connaissances pour fabriquer des faux-papiers aux juifs. Chaque minute de sommeil est pour lui du temps de travail en moins et donc des vies de perdues.

« Mais je défendais fermement l’idée que chaque individu, particulièrement s’il est traqué et que sa vie est en danger, puisse jouir du droit de circuler librement, de traverser les frontières, de choisir la destination de son exil. » p.110

A la fin de la guerre, il continue son activité pour le compte de l’espionnage et du contre-espionnage français. Ainsi, il permet à des espions de s’infilter en Allemagne pour récupérer des preuves de l’existence des camps avant que l’ennemi ne détruise tout. Anti-colonialiste avant l’heure, il arrête de travailler pour l’État au moment de la guerre d’Indochine. Il aide ensuite un réseau clandestin d’imigration des rescapés des camps en Palestine.

Adolfo Kaminsky rencontre lui-même des problèmes pour obtenir un permis de séjour en France. Il lui faut des papiers argentins et aussi les preuves d’un travail légal.

« Je me suis souvenu de mon premier faux. Le bien-fondé de mon action était alors incontestable. Transgresser la loi, il le fallait. Mais n’avais-je pas ainsi basculé sans retour dans l’illégalité ? J’avais toujours veillé à ce que mon savoir et mes techniques ne servent que des causes légitimes. J’avais toujours veillé à ne jamais transiger avec mon sens de l’éthique et de la moralité. Mais j’étais à nouveau hors la loi, et je me demandais si, du jour où j’avais réalisé mon premier faux, je n’étais pas tombé dans un engrenage dont j’aurais toute ma vie du mal à me défaire. » p.120

Après plusieurs années d’interruption, l’homme poursuit son activité de faussaire pour le FLN. Les accords d’Évian signés, il aide de nombreux hommes et femmes qui combattent la dictature en Amérique du Sud, en Afrique, etc.

Adolfo Kaminsky ne fait jamais de profits. Grand défenseur des droits de l’Homme, il souhaite garder sa liberté et son indépendance. Il vit donc très pauvrement et exerce une double activité : photographe le jour pour gagner un peu d’argent et faussaire la nuit. Sa vie sentimentale est des plus chaotiques car il doit toujours vivre dans le secret, l’urgence et le danger.

Écrit par sa fille, ce livre retrace la vie extraordinaire d’un homme de conviction.

KAMINSKY, Sarah, Adlofo Kaminsky, une vie de faussaire, Calmann-Lévy, 2009.

4 réflexions sur « Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire – Sarah Kaminsky »

  1. Qui à un moment de sa vie n’a pas travesti ses sentiments ? Qui n’a jamais imité la signature de son père sur un carnet catastrophique ? Je l’imitais si parfaitement qu’elle a fini par devenir la mienne, en y rajoutant un petit parphe. En revanche c’est moi qui écrit mes livres, je n’ai pas les moyens pour un nègre…

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