Article 353 du code pénal – Tanguy Viel

Lors d’une partie de pêche en mer, Martial Kermeur passe par dessus bord le promoteur immobilier Antoine Lazenec et le laisse se noyer sans lui porter secours. Puis, il rentre tranquillement au port avant de se faire arrêter par la police un peu plus tard. Dans le huit-clos du bureau du juge devant lequel il est déféré, Kermeur déroule le fil des évènements qui l’ont conduit à commettre ce crime.

« j’avais l’impression qu’il me demandait de creuser à l’intérieur de moi comme l’aurait fait un psychologue, de tout déterrer jusqu’à la poussière des os, pourvu de faire de la lumière et encore de la lumière et sans se demander si à force de trop de lumière, oui, les gens comme moi, ça ne pouvait pas les rendre aveugles. » p. 99

Kermeur raconte donc le chômage, le divorce, la difficulté à élever son fils mais aussi et surtout la prime de licenciement investie dans un projet qui n’a jamais vu le jour, celui de Lazenec. L’homme, un beau parleur roulant en Porsche, est arrivé un jour dans cette presqu’île sans avenir de la région brestoise avec un magnifique projet de station balnéaire. Le château, cette demeure en sale état dont Kermeur entretient le parc, va devenir un immeuble avec vue su mer. Tentant, non ? Pour ceux qui ne sont pas convaincus, Lazenec a même fait réaliser une belle maquette qui prend désormais la poussière dans un débarras de la mairie. Tout le monde y a cru ou presque. Même Le Goff, le maire ! Le pire dans toute cette histoire, c’est de devoir affronter chaque jour Lazenec qui, au lieu de s’enfuir, se comporte comme si rien ne s’était passé.

C’est un article d’Eva, pas très fan elle non plus des éditions de Minuit, qui m’a convaincu de lire ce roman. Dès les premières pages, les circonstances du meurtre sont expliquées. Un certain suspens demeure cependant autour des raisons de ce crime. Unique narrateur face à un juge qui ne prend que très rarement la parole, Kermeur explique la façon dont il a vécu cette escroquerie.

Le texte, à la fois très intime et universel dans son propos sur la morale et la justice, se lit très facilement. Le dénouement, totalement inattendu, permet de comprendre le sens ce titre énigmatique, Article 353 du code pénal. Il fait également beaucoup réfléchir sur le notion de justice.

VIEL, Tanguy, Article 353 du code pénal, Éditions de Minuit, 2017.

22 réflexions sur « Article 353 du code pénal – Tanguy Viel »

  1. J’aime bien Minuit, pas tout, mais il y a quand mêmes beaucoup de très belles plumes et Tanguy Viel que je suis depuis longtemps en fait partie. Ce dernier roman est là tranquillement qui m’attend.

    1. De belles plumes mais des plumes parfois très exigeantes qui ne corrrespondent pas forcément à mes goûts. Mais il faut savoir sortir de sa zone de confort car on a quelques fois des heureuses surprises, la preuve !

    1. En en discutant avec la bibliothécaire de ma petite ville, je me suis aperçue que nous n’avions pas la même vision du dénouement et cela m’a fait réfléchir.

  2. Mon libraire me l’avait conseillé et j’avais bien failli me laisser tenter mais bon, au final faut bien faire des choix. Mais tu me donne des regrets, tu es vraiment tentatrice sur ce coup là

  3. Après avoir lu beaucoup de bien sur ce roman, j’espère que je vais pouvoir le lire en bibliothèque mais j’ai beaucoup de mal à le trouver car il est très demandé (à Paris). Bonne après-midi.

    1. J’imagine ! Et quand on réserve et qu’on peut lire le livre plusieurs mois après, l’envie est parfois moins présente.

La parole est à vous !