Au détour du Caucase : Conversation avec un cheval – Clara Arnaud

Un voyage dans le Caucase, c’est atypique. Et quand en plus Clara Arnaud décide de parcourir des coins perdus d’Arménie et de Géorgie à pied avec pour seul compagnon de route un cheval, les habitants qu’elle croise en chemin ont du mal à comprendre. Pourquoi se donner tant de mal à traverser plateaux, montagnes et vallées au rythme de la marche ? Pourquoi ne pas prendre une voiture, un vélo ou monter sur l’équidé ? Difficile pour la jeune femme de leur expliquer, à l’aide des quelques mots de russe qu’elle connaît, sa soif de solitude et de liberté.

« Depuis sa balançoire, elle domine les grands-pères jouant aux dés, les femmes de retour du marché, des gamins morveux accrochés à la main. Combien de temps a-t-elle passé à se balancer dans le ciel bleu, porté par la griserie de s’élever ainsi ? Elle grandira, et on lui dira qu’il ne faut pas trop rêver, qu’il faut être sérieuse, faire quelque chose de sa vie. On lui demandera d’arrêter de passer ses journées à rêvasser sur une balançoire, la priera d’étudier, de bien travailler. » p.101-102

Lasse de cette société qui impose et emprisonne, Clara Arnaud choisit la marche à pied comme moyen de retour à l’essentiel. Loin du monde et de son tapage, elle vit au rythme de la nature, parfois hostile, et des rencontres.

Ainsi, elle fait la connaissance d’un homme dont les parents ont fui l’Arménie en 1915, au moment du génocide, pour s’installer à Alep. Un siècle plus tard, après 4 ans de guerre, ce chef de clinique a dû quitter la Syrie. Vivre sans eau, sans électricité, sans travail et surtout prendre le risque de mourir à tous moments pour des raisons religieuses -la famille est chrétienne- n’était plus possible. Lui et les siens sont revenus à la case départ, en Arménie. Autre rencontre marquante, celle de cette femme qui a dû renoncer à un avenir en raison d’un mariage imposé et qui rêve d’une autre vie pour ses filles. Ou encore celle de ces hommes qui n’imaginent pas qu’une femme puisse s’y connaître aussi bien qu’eux, si ce n’est plus, en matière de chevaux.

Être une femme, seule, dans des régions reculées et une société dans lesquelles le mâle domine et la femme subit, n’est pas toujours simple. Clara Arnaud doit se montrer ferme ou rusée à plusieurs reprises mais cela ne l’empêche pas continuer à profiter des chemins de traverse. Seuls la nature et les éléments semblent capables de l’arrêter quand ils en ont décidé ainsi.

Quel courage ! Quel voyage passionnant ! Aller là où personne ne va,  chercher l’authenticité, refuser la vitesse du monde, les normes sociales, tout cela me parle. C’est pour cela que j’aime autant ce type de récit.

ARNAUD, Clara, Au détour du Caucase : Conversation avec un cheval, Gaïa, 2017.

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