D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan – Lu par Marianne Epin

J’ai eu un vrai coup de coeur pour la version papier de D’après une histoire vraie en octobre dernier. Quand j’ai su qu’il faisait partie de la sélection du prix audiolib auquel je participe pour la 3ème année consécutive et que la lectrice était Marianne Epin, j’étais vraiment heureuse d’avoir l’occasion de le relire.

Pour l’intrigue, je vous renvoie à mon billet de l’époque. Marianne Epin qui lit également Rien ne s’oppose à la nuit, du même auteur, est une lectrice de talent. Elle sait donner vie à la narratrice. J’ai d’ailleurs été surprise d’entendre la vraie voix de Delphine de Vigan dans l’entretien qui se trouve à la fin du livre.

Cette relecture m’a permis de me concentrer sur des aspects du roman auxquels je n’avais pas forcément prêté attention la première fois. Ainsi, je me suis aperçue que L., la femme que rencontre la narratrice et qui a une emprise très importante sur sa vie, n’était pas une initiale de prénom choisie au hasard. L. c’est aussi Elle (le double de l’auteur ?), et à l’oral, c’est vraiment flagrant.

J’ai beaucoup apprécié l’entretien avec l’auteur. J’aurais même aimé qu’il soit un peu plus long. On n’en trouve pas dans tous les livres audios mais quand il y en a, c’est un vrai plus. Cela permet de prendre du recul sur l’oeuvre et de la remettre en perspective.

DE VIGAN, Delphine, EPIN, Marianne, D’après une histoire vraie, Audiolib, 2015.

Avril en Normandie #2

L’hiver a été plutôt clément mais la végétation commence tout juste à reprendre ses droits. D’ici une quinzaine de jours, il y aura sans doute un peu plus de feuilles dans les arbres et les balades seront plus agréables. J’ai tout de même profité de ce court séjour sur ma terre natale pour aller courir à deux reprises avec le chant des oiseaux pour fond sonore. Que demander de mieux ?

Je n’ai pas pu m’empêcher de photographier cette campagne que je connais pourtant par coeur. A chaque fois, que je reviens en Normandie, mes clichés sont un peu les mêmes. Nostalgie ? Sans doute un peu…

 

N’allez pas croire qu’il fait tout le temps mauvais, ça, c’est chez les bretons. Le ciel bleu était aussi de la partie de temps en temps.

A l’heure où vous lisez ces quelques lignes, je suis de retour chez moi, dans le Sud des Landes. Ici, pas de pruniers en fleurs ni de chênes prêts à se recouvrir de leurs magnifiques manteaux verts mais des pins que j’ai appris à aimer tout autant.

iM@mie – Susie Morgenstern

Sam est accro au téléphone portable, à l’Internet et aux jeux vidéos. Il a seize ans et doit passer le bac de français. Le problème, c’est qu’il passe tellement de temps devant l’ordinateur que ses résultats scolaires sont catastrophiques. Ses parents ne savent plus quoi faire pour qu’il se mettre au travail et l’ambiance est devenue insupportable à la maison.

Sa mère et son père décident donc de l’envoyer chez Martha, sa grand-mère, pour l’année scolaire. Cette dernière aime bien ses enfants et ses petits-enfants mais elle est habituée à vivre seule et s’occuper de Sam est une responsabilité. Elle accepte sa venue un peu contrainte et forcée. Coralie, sa fille, ne lui laisse pas vraiment le choix.

Sam découvre Nice et son soleil mais il a beaucoup de mal à se  faire à la vie sans écran et l’école l’ennuie profondément. Heureusement, sa grand-mère lui offre un superbe piano sur lequel il passe des heures à s’exercer.

Au rayon informatique du supermarché, il montre à Martha en quoi un ordinateur peut être utile. Cette dernière ne veut pas céder devant lui mais elle est séduite et retourne en acheter un pendant qu’il est en cours. Elle découvre qu’elle peut retrouver d’anciens amis et rencontrer des hommes grâce à Internet. Très vite, elle devient accro et se cache dans sa chambre pour pianoter sur le clavier.

Cependant, Martha n’est pas très à l’aise. Elle qui ne comprenait pas que Sam puisse passer autant de temps devant l’ordinateur, ne lise pas et ne profite pas de la vie fait désormais pareil que lui. Et en plus, elle le fait en cachette. Quel exemple !

Voilà un roman agréable à lire qui propose une réflexion intéressante sur les relations parents-enfants et l’influence des nouvelles technologies dans notre vie. Sam n’aime pas l’école. Privé d’ordinateur, il ne travaille pas plus et  préfère passer des heures à s’exercer au piano. Ses parents, qui pensent que c’est à cause des écrans qu’il a de mauvais résultats, se trompent complètement. Le problème est ailleurs. Sa grand-mère est plus compréhensive. Elle essaie de le faire lire et progresser en français pour qu’il réussisse son bac tout en l’encourageant dans sa passion, la musique.

Martha est un personnage attachant. Veuve depuis de nombreuses années, elle s’aperçoit grâce à la présence de Sam que la solitude lui pèse. Par Internet, elle tente de trouver l’âme soeur. Malheureusement, ce n’est pas si simple qu’elle le pensait au départ. C’est une mamie comme on les aime, aimante et compréhensive. Grâce à elle, Sam se sent mieux. Et grâce à son petit-fils, la vie de Martha est devenue plus agréable. Que demander de mieux !

MORGENSTERN, Susie, iM@mie, L’école des loisirs, 2015.

Avril en Normandie #1 : Le château d’Harcourt

Pour quelques jours, je suis sur ma terre natale, la Normandie. Ce que ça fait du bien de retrouver ses racines ! Lundi, malgré la grisaille, on est allés visiter le château et l’arboretum d’Harcourt.

Le tarif d’entrée (4€ pour les adultes et 1,50€ pour les enfants de plus de 6 ans) est vraiment raisonnable et c’est suffisamment rare à notre époque pour être souligné. De plus, les enfants reçoivent un joli livret de visite avec des jeux et des questions extrêmement bien faits.

A l’intérieur du château, il faut bien avouer qu’il n’y a pas grand chose à voir et que les pièces sont presque vides. Une exposition retrace cependant son histoire. Elle ravira notamment les passionnés d’histoire locale.

Ma fille, qui a 7 ans, a été intéressée par les deux ou trois trous profonds qui servaient de latrines et de dépotoir. Elle était surtout intriguée par le passage sous-terrain qui permettait d’évacuer les saletés vers l’extérieur. Le fonctionnement du puit a également retenu son attention, tout comme les fouilles archéologiques qui ont lieu en ce moment pour mettre en valeur une porte située autour de la muraille d’enceinte. J’en ai profité pour lui expliquer le fonctionnement d’un château à l’époque médiévale et le rôle des fossés, bien préservés à Harcourt.

Le domaine d’Harcourt est également connu pour son arboretum, créé en 1826 et considéré comme l’un des plus anciens de France. La balade en pleine nature est vraiment agréable et certains arbres sont d’une grande beauté.

Le long d’un chemin, nous avons eu l’heureuse surprise de découvrir des animaux sculptés dans un arbre. Étonnamment, l’arbre n’est pas mort, quelques jeunes branches et des bourgeons en témoignent.

Pour les visiteurs les plus courageux, il est possible de se promener dans la forêt qui fait plusieurs hectares. Pour notre part, nous avons rebroussé chemin et sommes rentrés dans la voiture juste à temps pour éviter la pluie !

Soyons honnêtes, il y a des châteaux bien plus intéressants que celui-ci du point de vue historique mais si vous passez dans la région, la visite est vraiment agréable. De plus, des animations y ont régulièrement lieu. Une bonne occasion, de le découvrir autrement !

On regrettera plus tard – Agnès Ledig

Un soir d’orage, alors qu’elle lit confortablement emmitouflée dans une couverture, Valentine entend frapper de grands coups à sa porte. Armée d’une poêle en fonte pour se défendre en cas de besoin, elle ouvre et découvre un homme trempé, une fillette dans les bras.

Anna-Ninna est fiévreuse et ne tient plus debout. Valentine s’occupe d’elle et appelle le médecin pendant que l’homme, qui s’appelle Eric, part s’occuper de ses chevaux avec un voisin.

Anna-Nina et Eric parcourent la France à bord d’une roulotte depuis de nombreuses années. L’orage a fortement endommagé leur ni douillet et  Valentine leur propose de les loger le temps qu’Eric puisse effectuer les réparations.

Valentine est enseignante. Elle vit seule et en souffre. Très vite, elle s’attache à Anna-Nina. Elle l’emmène dans sa classe et la fillette, qui a tout appris aux côtés de son père, découvre pour la première fois l’école et la vie en collectivité. C’est un réel plaisir pour elle.

Son père en revanche est moins enthousiaste. Il est habitué à passer 24h/24 seul avec sa fille et depuis qu’il est arrivé chez Valentine, il a l’impression qu’Anna-Nina lui échappe. Même s’il sait que ce moment devait arriver un jour où l’autre, il en souffre.

Éric est habitué à vivre au rythme de la nature et ne parle pas beaucoup. Il fuit les questions que Valentine lui pose sur les raisons de son mode de vie atypique. Contrairement à lui, cette dernière est toujours en activité. Elle travaille, jardine, bricole, fait des conserves pour l’hiver, lit, etc. Sa soif d’activité cache une immense souffrance.

Dès les premières pages, le lecteur sait que ces deux là ne se sont pas rencontrés par hasard. Ils doutent d’eux-mêmes, s’attirent, se repoussent et essaient d’avancer comme ils peuvent. Ce sont des écorchés vifs que la vie n’a pas épargné. Peut être comme chacun d’entre nous en somme.

Autour d’eux, gravitent trois personnages secondaires : une femme enceinte emprisonnée pendant la guerre dont on ne découvre le lien avec le reste de l’histoire que vers la fin du roman, l’ami intime de Valentine depuis le lycée et un voisin qui la considère comme sa fille . Eux aussi ont beaucoup de profondeur psychologique. On aurait presque envie de les rencontrer pour discuter un moment.

J’ai dévoré ce roman en quelques heures et je l’ai refermé à fleur de peau, regrettant de devoir quitter ces personnages si attachants. J’ai aimé leur mode de vie simple et leur parler vrai. J’ai aimé aussi leurs failles et leurs tentatives pour aller de l’avant.

Certains reprocheront à On ne regrettera plus tard sa facilité, au niveau du style comme de l’intrigue, et son dénouement attendue. Ils auront sans doute un peu raison mais qu’est-ce que ça fait du bien de lire le sourire aux lèvres et le coeur gonflé d’espoir pour l’avenir !

Leiloona a beaucoup aimé elle aussi.

LEDIG, Agnès, On regrettera plus tard, Albin Michel, 2016.

Refuges – Annelise Heurtier

Mila, une jeune italienne, vient passer ses vacances avec ses parents à Lampedusa, l’île de son enfance. Depuis qu’elle a perdu son frère et que sa mère a sombré, la famille n’est jamais revenue dans ce lieu paradisiaque. Mila se souvient des bons moments passés en compagnie de sa grand-mère et espère retrouver un peu de bien être et de sérénité sur l’île.

Ses parents ont décidé de donner un coup de neuf à la maison en repeignant les murs. Pour elle, pas question de rester avec eux, l’ambiance est bien trop triste. Elle préfère parcourir l’île à vélo, seule, s’arrêtant ici où là au grè de ses envies.

Par l’intermédiaire d’une connaissance commune, Mila rencontre Paola, une jeune fille de son âge qui travaille sur l’île tous les étés. Cette dernière a l’air heureuse, épanouie et sûre d’elle. Mila aimerait bien être pareille.

Parallèlement à l’histoire de cette adolescente, on découvre celles de migrants ayant fuit l’Erythrée pour rejoindre l’Europe. Lampedusa est un endroit tristement connu aujourd’hui en raison de sa situation géographique stratégique pour ceux qui espèrent une vie plus décente sur le vieux continent. A l’époque où ce déroule cette fiction, en 2006, les médias en parlaient encore peu.

Les jeunes hommes dont il est question ici ont une rage de vivre incroyable et sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Ont-ils vraiment d’autres choix ? La vie qu’ils mènent depuis leur naissance dans la Corne de l’Afrique n’en est pas une…

Comment l’histoire de Mila et celle de ces migrants se rejoignent-elles ? Il vous faudra lire ce magnifique roman jusqu’aux dernières lignes pour le savoir et comprendre pleinement son titre, Refuges.

Le personnage de Mila est attachant. Pleine de doutes et de désespoir, on la voit évoluer et s’interroger au fil des pages jusqu’à ce qu’elle trouve enfin son chemin. Quant aux autres personnages, les migrants, ils sont plus nombreux et leurs trajectoires sont moins détaillées mais elles sont évoquées avec pudeur et on en sait suffisament pour imaginer le reste.

J’ai été envoûtée du début à la fin par cette histoire de vie remplie de sensibilité et d’empathie. On referme le livre le sourire aux lèvres et le coeur rempli d’espoir malgré le sujet extrêmement difficile.

« Ugo a arrêté de se détruire, parce qu’il n’espère plus de choses impossibles. Il a compris, nous avons compris, que la seule issue que l’ont ait, c’est de faire avec. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille se résigner, ou faire comme si ça n’existait pas. On fait ce qu’on peut faire avec nos moyens. » p. 222

HEURTIER, Annelise, Refuges, Casterman, 2015.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee – Lu par Cachou Kirsch

Relire un livre, c’est quelque chose que je pratique très rarement. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, que j’ai lu en version papier il y a deux ans, fait partie de la sélection du prix audiolibb 2016. Puisque je suis membre du jury et qu’il s’agit d’un prix de littérature audio, il me fallait donc le relire, au moins en partie, pour me faire une idée de l’interprétation du texte d’Harper Lee par Cachou Kirsch.

De ma lecture en version papier, je gardais le souvenir d’une déception. En effet, je m’attendais au récit du procès d’un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Or toute la première partie du roman est consacrée à la vie des enfants de l’avocat commis d’office dans la petite ville d’Alabama où se déroule les faits. Cela ne m’avait pas empêché d’apprécier le roman mais la première partie m’avait ennuyée.

Dans cette version audio, elle m’a parue moins longue, sans doute parce que je savais à quoi m’attendre. Je ne pensais pas tout lire et au final, je suis allée jusqu’à la fin avec beaucoup de plaisir.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est en réalité un récit universel. Le regard porté par les enfants, et notamment par Scout, sur le monde des adultes est sans concession et criant de réalité. C’est sans doute une des raisons du succès de ce roman, plus de 40 millions d’exemplaires vendus dans le monde entier.

Le lecture de Cachou Kirsch est vraiment réussie. Pas facile pourtant de passer de la voix de Scout Finch, la narratrice, qui est une enfant, à celle des Noirs. Au final, je suis trés heureuse de cette relecture. Je ne me suis pas centrée sur les mêmes aspects du texte et l’interprétation de la comédienne y a sans doute beaucoup contribué.

Les avis d’Enna, Sandrine, A propos des livres et Meuraïe.

LEE, Harper, KIRSCH, Cachou, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Audiolib, 2015.

Petite cage cherche un oiseau – Rodoula Pappa et Célia Chauffrey

Petite Cage est une cage à oiseau accueillante. Des graines, de l’eau, une jolie balançoire, volà qui devrait attirer de nombreux oiseaux. Mais Petite Cage reste vide. Elle décide alors de prendre les devants et de proposer aux oiseaux qu’elle rencontre de venir vivre chez elle.

Hirondelle, moineau, rossignol, paon, tous refusent sa proposition et ont de bonnes raisons de ne pas vouloir s’enfermer dans une cage. Les rares oiseaux qui s’approchent n’osent pas entrer. Petite cage est seule et triste.

Le jour où elle rencontre une vieille chouette, sa vision des choses change et elle commence à réfléchir sur le besoin de liberté et le vivre ensemble.

Plus qu’un album, Petite cage cherche un oiseau est en réalité un véritable conte philosophique. Les rapprochements entre Petite Cage et l’être humain sont d’autant plus faciles à faire que celle-ci est personnifiée. En effet, elle est dotéé d’un visage, de bras, de jambes et de la parole.

Les illustrations aux tons pastels de Célia, Chauffrey sont vraiment belles et accompagnent à merveille le texte. On referme l’album en réflechissant aux relations entre les être humains, à l’amitié, à l’amour et au respect de l’autre.

PAPPA, Rodoula, CHAUFFREY, Célia, Petite cage cherche un oiseau, Belin jeunesse, 2016.

L’ours qui jouait du piano – David Litchfield

Un matin, un ours découvre un objet étrange au milieu de la forêt. Intrigué, il s’approche et pose sa patte dessus. Un bruit terrifiant en sort. L’ours s’en va mais revient les jours suivants, piqué par la curiosité.

Au fils des saisons, seul au milieu de la forêt, il apprivoise le piano et produit de jolis sons. Les autres ours viennent l’écouter, chaque soir de plus en plus nombreux.

Un jour, un papa et sa fille découvre par hasard l’ours virtuose et lui propose de venir donner des concerts en ville. C’est une nouvelle vie qui démarre. L’ours rencontre un grand succès. Il fait la Une des journaux et obtient des récompenses prestigieuses mais ses amis et la forêt finissent par lui manquer.

L’ours doit alors prendre une nouvelle décision importante.

L’ours qui jouait du piano est le premier album du britannique David Litchfield. Que de talent ! Les illustrations au cadre large sont époustouflantes de beauté. A l’image du texte, elles regorgent de tendresse et de poésie.

L’ours, qui vit pleinement sa passion pour un instrument qu’il découvre par hasard, est un personnage attachant. A deux reprises, il doit prendre des décisions importantes mais n’oublie jamais l’essentiel : être heureux et vivre en accord avec lui même.

Un bel album sur l’importance d’aller jusqu’au bout de ses rêves et sur la force de l’amitié.

LITCHFIELD, David, L’ours qui jouait du piano, Belin Jeunesse, 2016.

Mémoire de fille -Annie Ernaux

Annie Ernaux fait partie de ces très rares écrivains dont j’achète les romans sans même savoir de quoi il est question. Dans Mémoire de fille, je savais qu’elle parlait de sa première expérience sexuelle, rien de plus. Avec un autre auteur, je me serais peut être méfiée du sujet. Avec elle, je savais que je pouvais y aller les yeux fermés.

Longtemps, Annie Ernaux a essayé d’écrire ce livre sans jamais y parvenir. Ce qui s’est passé cet été là, et surtout la façon dont cela s’est déroulé, est un tel objet de honte qu’il est difficile d’en parler ou d’écrire de manière directe sur le sujet.

Celle qui s’appellait alors Annie Duchesne, et qu’Annie Ernaux appelle dans ce texte « la fille de 58 » ou « elle », est tombée amoureuse de H., le moniteur-chef de la colonie de vacances dans laquelle elle travaillait cet été là. Ils ont passé la nuit ensemble, elle a découvert à quoi ressemblait un sexe d’homme, et le lendemain, il l’a rejetée pour une autre. Cette autre, c’est la fille parfaite pour Annie Duchesne. Elle est élégante et exerce le métier d’institutrice. Pour la fille d’épicier-cafetier, elle est le symbole de la réussite sociale, un idéal à atteindre.

La fille de 58, 10 avant mai 1968 et la libération sexuelle, s’est alors laissée aller dans les bras d’autres hommes. Des hommes qui lui étaient tous indifférents. Dans sa tête, il n’y avait qu’ H. A la colonie, elle devient la risée des autres moniteurs, la fille facile, la putain. Mais elle s’en moque et suit son chemin. Ce n’est qu’une fois la rentrée passée, alors qu’elle a quitté l’école religieuse d’Yvetot pour le lycée Jeanne d’Arc de Rouen, qu’elle prend du recul sur son comportement et que la honte l’envahie.

Comme toujours avec Annie Ernaux, chaque phrase, chaque mot, chaque verbe, chaque adjectif est choisi avec soin. La mémoire ne sert qu’à donner l’image la plus proche possible de la réalité. Il est souvent nécessaire de relire plusieurs fois certains passages pour en saisir toute la portée. L’auteur nous donne quelques clés, faisant ça et là quelques remarques sur son travail d’écriture.

Les va-et-vient incessants entre le passé et le présent donnent à Mémoire de fille une dimension vraiment intéressante. On mesure tout l’écart qu’il y a entre la société de la fin des années 1950 et aujourd’hui. Mais on observe surtout comment cette première expérience sexuelle a été un évènement marquant dans la vie d’Annie Duchesne et a influencé l’évolution et les choix de vie de celle qui deviendra quelques années plus tard Annie Ernaux. Un roman qui fait désormais partie de mes indispensables !

 ERNAUX, Annie, Mémoire de fille, Gallimard, 2016.

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