#Bleue – Florence Hinckel

indx« […] j’ai plusieurs bleus sur les bras et sur les cuisses […]. A mesure qu’ils disparaissent, j’ai le sentiment qu’ils pénètrent en moi. On ne les voit plus à l’extérieur car ils ont colonisé l’intérieur. La peau n’est plus bleue, c’est l’âme qui le devient. Je souffre tant que je deviens bleue de l’âme, sans que cela soit visible. Pour que cela se voie, il faudrait créer le mot-clé : #bleue. » p.200

Le monde dans lequel vivent Silas et Astrid a décidé d’éliminer la souffrance. La Cellule d’Éradiction de la Douleur Émotionnelle (CEDE) efface tous les souvenirs douloureux des mineurs. Les adultes ont le choix mais ceux qui refusent sont peu nombreux et sont l’objet de soupçons. Seule trace des souffrances du passé, un point bleu sur le poignet. Et une totale indifférence au deuil, au mal être des autres, à la maladie, etc.

Sur le Réseau, les faits et gestes des citoyens sont pistés. Impossible de se séparer de son téléphone portable, de ne pas montrer que l’on est heureux, que tout va bien, que l’on fait beaucoup de choses et que l’on a plein d’amis.

« Dans ce monde tel qu’il est devenu, les autorités n’ont même pas besoin de surveiller et supprimer les contenus contestataires sur le Réseau, car comme le disait mon père, cela n’intéresse personne, de toute façon. C’est ce qui permet à chacun de se croire en démocratie, puisque rien n’est censuré. Il suffit que les médias ne relaient que ce qui ne fera pas de vague, ou ce qui dirigera l’indignation collective vers des fausses pistes, inoffensives pour le système. » p. 241

Silas est un grand romantique qui aime se réserver des moments pour lui et pour Astrid, sa petite amie. Les deux adolescents ne sont jamais passés par la CEDE mais commencent à rejeter ce semblant de démocratie dans lequel ils grandissent. Le jour où Astrid est renversée par un véhicule, les agents de la CEDE emmènent immédiatement Silas. Pour oublier. Pour devenir indifférent.

Malgré quelques longueurs dans la première partie, #bleue est un roman de science fiction intéressant qui interroge sur le fonctionnement de la démocratie, les travers des réseaux sociaux, les sentiments humains et les progrès de la science. Je ne suis pas fan du genre mais j’ai apprécié de découvrir ce monde dans lequel des citoyens se battent pour rétablir la souffrance et tous les sentiments qui y sont associés. Astrid est un personnage attachant. Malgré son jeune âge, elle est clairvoyante et se bat pour défendre ses convictions. Quant à Silas, il est moins engagé mais son caractère lui permet de s’ouvrir aux autres et d’être lucide sur ce qu’il vit. Un roman à découvrir à partir de 12 ans.

HINCKEL, Florence, #Bleue, Syros, 2015.

2 pensées sur “#Bleue – Florence Hinckel”

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