Atelier d’écriture #47 : La fausse couche

© Fred Hedin

Mes pas m’ont d’abord conduite Place de l’Arsenal, à la librairie Elkar, bien connue des basques et des étudiants bayonnais. Ce n’était pas un hasard si je me retrouvais là. Les livres ont toujours été mon refuge. Les toucher, les regarder, sentir l’odeur du neuf. J’en ai feuilleté plusieurs, je ne sais plus lesquels, et je suis ressortie les mains vides. Ils me tombaient tous des mains et puis je ne voulais pas garder de souvenir matériel de ce jour là. Continuer la lecture de « Atelier d’écriture #47 : La fausse couche »

Atelier d’écriture #46 : Souvenir d’adolescence

Printemps 1994. J’ai 14 ans, je suis en troisième au collège Victor Hugo, j’écoute les Doors à longueur de journées sur mon baladeur CD et je chausse du 42. 42, ma vie se résume depuis quelques semaines à ce chiffre trop élevé pour une pointure femme. Ma dernière visite chez le marchand de chaussures de la ville voisine est à jamais gravée dans ma mémoire : on me propose pour la première fois des modèles hommes.
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Atelier d’écriture #45 : Le peintre

© Fred Hedin

Les touristes sont nombreux à se promener Cours des Dames en ce dimanche de juillet, profitant du soleil et de l’air de la mer. A quai, le passeur des Minimes décharge ses passagers tandis que l’Inter-îles attend ceux qui souhaitent voir Ford Boyard ou visiter l’île d’Aix, situés tous deux à quelques encablures de La Rochelle. Juste en face, les stands des créateurs artisanaux proposent des articles en cuir, des bijoux faits mains ou encore des poteries. A côté de Paolo et de ses toiles, l’espace est réservé au spectacle de caniches. Continuer la lecture de « Atelier d’écriture #45 : Le peintre »

Atelier d’écriture #44

© Emma Jane Browne

Plus d’un an que je n’avais pas participé à l’atelier d’écriture de Leiloona. Bien trop souvent, les textes restent dans ma tête. Aujourd’hui, allez savoir pourquoi, j’ai décidé de coucher les mots sur le papier.

Ah…. si tu me voyais ! Seule au milieu du silence, abritée par les parois solides de l’édifice, la tête baissée et les mains jointes. Ne va pas croire quand même que je suis devenue croyante ! Tu as réussi à convaincre ma mère de me faire baptiser mais elle n’a pas cédé sur le catéchisme. Ton chantage n’y a rien changé. Tu espérais compenser en m’emmenant à la messe dès qu’elle avait le dos tourné. Que nenni… C’était peine perdue, je suis athée et rien ni personne ne pourra le changer. Alors, qu’est-ce que je fais là ? Continuer la lecture de « Atelier d’écriture #44 »

Une photo, quelques mots #43

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas participé à l’atelier d’écriture de Leiloona. Le temps défile et souvent, je préfère lire plutôt qu’écrire. Mais l’envie est toujours enfouie au fond de moi. Cette semaine, je me suis lancée avec un petit texte qui mélange réflexions personnelles et souvenirs « volés » à une personne qui serait bien surprise si elle me lisait !

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© Leiloona

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Une photo, quelques mots #42

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©Leiloona

La caresse du soleil printanier sur sa joue lui apporte un peu de chaleur et de réconfort. Dehors, le ciel est bleu et le lilas des voisins s’est paré de ses plus jolies couleurs. Aujourd’hui, elle se sent un peu plus en forme que d’habitude. Elle a envie de sortir, de prendre l’air. Continuer la lecture de « Une photo, quelques mots #42 »

Une photo, quelques mots #41 : La fuite

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© Vincent Héquet

Isabelle, Pierre et Thomas passaient chaque mois de juillet à Salerne, chez leur grand-mère. 1200 m² de terrain, un poulailler sur le mur duquel étaient accrochées deux cages à tourterelles, des cerises mangées à même l’arbre, une simple clôture à franchir au bout de la cour pour accéder à la forêt, une grange digne de la caverne d’Ali Baba et pas de parents pour dire non tout le temps. C’était le paradis sur Terre !

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Une photo, quelques mots #40 : Prisonnière

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© « Le jardin des Délices », Prado à Madrid

Sa toux grasse et persistante la réveille en plein milieu de la nuit. Le souffle court, elle crache jusqu’à l’épuisement les sécrétions qui envahissent ses bronches. Un sifflement caverneux couvre les rares moments de silence entre deux quintes. Sa cage thoracique enserrée dans un étau, elle allume la lumière et s’assoie, espérant retrouver ainsi un peu d’air. Continuer la lecture de « Une photo, quelques mots #40 : Prisonnière »

Une photo, quelques mots #39

© Claude Huré

Prendre la parole en public ou s’adresser à un inconnu lui avait toujours demandé un effort considérable. Ses mains tremblaient, il bafouillait et la sueur perlait sur son dos. Je crois qu’au fond de lui, il se sentait inférieur aux autres. Et, même s’il savait que cette idée était fausse et ridicule, il n’arrivait pas à la combattre.

Dès son plus jeune âge, il s’était pourtant abreuvé de mots. Ceux de Prévert, Brel ou Brassens d’abord. Puis ceux des grands auteurs de la littérature française. Maman ne comprenait pas qu’il reste enfermé dans sa chambre pendant des heures à écouter des disques ou lire des romans alors qu’il y avait tant de choses à faire dehors. En plus, cela ne lui était d’aucun secours quand il fallait qu’il récite une poésie ou présente un exposé en classe par exemple.

Souvent, il recopiait de sa belle écriture certains passages de ses romans préférés dans des cahiers. Après sa mort, je les ai retrouvés, soigneusement rangés dans son secrétaire. Il y en avait aussi quelques uns plus gros que les autres que j’ai feuilletés machinalement. Je suis incapable de vous dire pourquoi je me suis attardé dessus ni comment j’ai compris que ces mots là, c’était lui qui les avait écrits.

Ce qu’il n’arrivait pas à dire, il l’écrivait et avec une bien jolie plume en plus. L’écriture avait été son arme la plus fidèle et je ne l’avais jamais su. Aujourd’hui, il ne me reste plus qu’à lire ses cahiers pour découvrir qui était véritablement mon frère.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

Une photo, quelques mots #38 : Le miroir aux alouettes

© Julien Ribot

Samedi, 16h. Le frigo est plein, la maison propre et le linge repassé. Les inévitables corvées du week-end sont enfin terminées. Thomas est parti avec Mathis au foot. Je décide de profiter de ce rare moment de solitude pour boire un thé et faire une pause. De la fenêtre de la cuisine, j’observe la campagne alentour. Le temps est gris, il fait froid, la végétation dort encore et il n’y a pas âme qui vive. Même les oiseaux sont aux abonnés absents. Pourtant, c’est beau et je me sens bien ici.

Le petit bip de mon téléphone portable m’indique un nouveau message et me sort de mes pensées. Non, je n’ai pas besoin de nouvelles chaussures, même à -30%. Poubelle ! Un petit tour sur Facebook par automatisme et je découvre que Steph est en week-end à Strasbourg. Julie, comme d’habitude, s’extasie sur les prouesses artistiques de sa petite dernière. Nina, elle, a pris un café en terrasse. Avec un homme sans doute car sur la photo, on aperçoit un avant-bras poilu. C’est certainement son nouveau mec…

Et moi, qu’est-ce que je pourrais montrer ? Ma tasse de thé et mon sachet Lipton ? Les crampons maculés de boue de mon fils quand il va rentrer ? L’arbre triste que j’observais tout à l’heure ?

Je préfère regarder les autres s’agiter en silence. Parfois, je clique sur j’aime pour marquer mon intérêt. Je commente le plus souvent dans ma tête et, je dois bien l’avouer, je me sens un peu voyeuse quand je traque une information nouvelle sur la vie privée d’un des mes contacts. Mais ça, je ne l’avouerai à personne.

Je ne sais pas me mettre en scène. Ou plutôt, non, je refuse de le faire. J’ai eu un parfum Chanel pour mon anniversaire et hier soir, nous avons dégusté un délicieux plateau de fruit de mer au restaurant. Il aurait suffit que je sorte mon iphone et en quelques secondes, le tour était joué. Avec un bon filtre et un petit recadrage, même pas besoin de faire trop attention à la lumière ou à la bouteille d’eau qui gâche l’arrière plan.

Mais la réalité de ma vie, ce n’est pas cela. Et le miroir aux alouettes, je préfère le regarder de loin plutôt que de le faire briller.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

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