Un cabas bien trop lourd à porter…

Tous les jours, aller au marché, acheter du pain, un morceau de viande et quelques fruits et légumes. Le cabas, pourtant peu rempli, devient de plus en plus lourd au fil du temps qui passe. Manger seule. Attendre le rendez-vous hebdomadaire du club du troisième âge. S’occuper comme on peut.

Faire un chèque à un représentant en vin bien sympathique. Se casser la figure dans la salle de bain. Passer quelques jours à l’hôpital. Retourner chez soi et se retrouver avec Présence verte autour du cou.

Regarder la télé. Le journal régional de France 3 Normandie. Le 13h de TF1. La petite sieste devant Les Feux de l’amour à 13h55. Une petite promenade à pied dans la cour quand il fait beau pour s’aérer. Des chiffres et des lettres et Questions pour un champion en fin de journée.

Continuer à vivre malgré tout. Traîner sa peine. Attendre de rares visites ou un courrier venu de loin avec quelques photos à /l’intérieur. Ne même plus être capable de se faire à manger. L’aide à domicile et le service de portage des repas rythment les journées.

Avoir enterré ses parents puis, son mari, son frère, sa soeur, ses cousins et même un de ses enfants. Accepter d’être la dernière. Se raccrocher à ses arrières petits-enfants. Se souvenir des moments de bonheur.

Se livrer un peu quand même. Avouer ce qu’on est, ce qu’on a vécu, ce qu’on a longtemps tu. Prendre soin de laisser quelques traces de soi chez tous ceux qui comptent. Les préparer au départ.

Puis, profiter de la première occasion venue pour lâcher prise et fermer les yeux, enfin.

C’était ma participation à l’atelier d’écriteure de Leiloona.

Laver son linge sale en famille

Thomas avait toujours fait de son mieux pour ne pas faire souffrir sa mère. Pourtant, il en avait des choses à reprocher à sa famille, à son père en particulier. Plutôt que de vider son sac et d’envoyer promener tout le monde comme le faisait régulièrement son frère cadet, il prenait sur lui, se taisait, arrondissait les angles. Pendant des années et des années, il n’avait rien dit et avait gardé son mal être pour lui. Puis, il avait décidé de partir. Puisqu’il ne pouvait rien dire, ou du moins ne s’en sentait pas capable, il avait préféré fuir. Grenoble, Toulouse, Bayonne : ces villes étaient suffisamment loin de sa Bretagne natale pour ne pas avoir à retourner trop souvent dans la famille. Il avait fini par s’installer sur la côte Basque. Les vagues, les montagnes, la bonne bouffe…

Cet hiver là, Thomas avait pris quelques jours de vacances pour aider ses parents à retaper leur maison dévastée par les récentes inondations. Il s’était éloigné mais ne les laissait tout de même pas tomber. L’ambiance était tendue. Le couple avait tout perdu ou presque et le père de Thomas, déjà âgé, n’était plus vraiment capable d’assumer des travaux si importants. Au lieu de l’admettre, ce dernier s’en prenait toujours à son fils qui ne faisait jamais les choses assez bien. Comme Thomas ne répondait pas, il avait pris l’habitude de prendre le dessus sur lui et de l’écraser. C’était comme ça depuis l’enfance. En public, c’était encore pire. Comme si le père voulait montrer que c’était lui l’Homme de la famille et que son fils resterait à jamais un enfant qui avait beaucoup de choses à apprendre.

—C’est pas parce qu’il a fait des études qu’il va m’apprendre la vie, disait-il à qui voulait l’entandre.

Cette fois-ci, Thomas avait explosé. Tout était parti d’une remarque sur un joint mal fait.

J’en ai marre, marre, marre, avait-il hurlé les larmes aux yeux et la rage au ventre. Pourquoi tu me critiques tout le temps ? Pourquoi j’en prends toujours plein la tête ? Mon frère lui, il habite à 30 kms d’ici et il est même pas venu vous aider. Trop de boulot soi-disant ! Il a beau dos le boulot ! En attendant, tu lui dis rien à lui.

Le père avait marmonné quelques mots puis était parti dans une autre pièce. Dès qu’on gueulait un peu plus fort que lui, il s’écrasait.

       

Reste à savoir maintenant si tout cela va régler leur problème relationnel. Car laver son linge sale en famille, on le sait, est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît.

 

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

Lassé

Échapper pendant quelques jours aux nuits sans sommeil et à la morosité ambiante. A tous ceux qui, à travers les médias, déversent leur fiel à longueur de journées. Au dictat de l’apparence. Au monde qui défile trop vite. Aux luttes incessantes.

Retrouver l’énergie pour se battre à chaque instant. Contre le plombier qui a mal fait son boulot. Contre la secrétaire qu’il faut relancer cinquante fois avant d’obtenir le bon papier. Contre le chef qui divise pour mieux régner. Contre les collègues prêts à tout pour mieux briller. Contre les non-dits qui bouffent la vie. Contre l’argent qui détient le pouvoir. Contre les extrémistes de tous bords qui tentent d’imposer leur point de vue.

Baisser la garde pendant quelques instants. Se couper du monde pour mieux y retourner.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

Plaidoyer


© Kot

La femme que vous voyez sur cette photo s’appelle Élise. Elle attend le RER pour rentrer chez elle. Demain, c’est l’anniversaire de sa fille aînée. Elle va lui offrir la chaîne hi-fi qu’elle attend avec tant d’impatience. Élise devrait être heureuse de fêter cet évènement en famille mais son esprit est ailleurs.

La semaine dernière, elle s’est aperçue qu’elle était enceinte. Élise ne sait pas si elle a envie de ce bébé. Son mari non plus. Assumer un troisième enfant leur paraît compliqué.

Élise et son mari ont de la chance : ils vivent en France et vont pouvoir décider d’interrompre cette grossesse s’ils le souhaitent.

Élise ce pourrait être moi, ce pourrait être vous.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

Décider de son avenir

Depuis une heure, elle arpentait les rues pour se calmer et croisait les gens sans les voir, leur fonçant parfois dedans, balbutiant à peine quelques mots d’excuse. Les passants la prenaient pour une folle. Il faut dire que se balader avec un vieux tee-shirt à manches courtes sur les épaules en plein hiver, il y avait mieux pour passer inaperçu !

Tout était aller très vite. Elle n’avait pas vu la colère monter.

Depuis le début de leur relation, son mec était jaloux. Avec sa jolie chevelure blonde, elle attirait les regards, c’est vrai. Et puis, elle aimait qu’on la remarque alors elle faisait souvent en sorte d’attirer l’attention sur elle.

Lui, plutôt timide et réservé, ne supportait pas ça. Il avait bien vite trouvé le mot de passe de son téléphone portable et avait commencé à lire tous ses textos.  Leur premier vraie dispute a eu lieu à ce moment là. Il avait su trouver les mots, s’était excusé et elle lui avait pardonné. Trop vite sans doute mais quand on est amoureuse…

Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est qu’il enregistrait toutes ses conversations instantanées sur Facebook grâce à un logiciel trouvé en quelques clics sur le Net. Parfois, il laissait aussi traîner son lecteur MP3 à côté d’elle quand elle était au téléphone et utilisait la fonction enregistrement pour savoir ce qu’elle racontait à ses copines ou à sa mère.

De toute façon, il n’avait même pas besoin de cela pour donner du grain à moudre à sa jalousie maladive. A partir, d’une phrase qu’elle avait prononcée sans y prêter attention, d’une attitude qu’elle avait eue, il était capable d’inventer un scénario digne des pires films.

Bien évidement, les disputes étaient nombreuses au sein du couple. Quand elle n’en pouvait plus, elle courrait se réfugier dans les bras de sa meilleur amie ou appelait sa mère au secours. Au début, celles-ci répondaient présentes mais à force…

Une fois de plus, ce midi là, il lui avait fait une scène. Elle était dans la cuisine en train de réchauffer une boîte de ravioli. Lui se livrait à une de ses activités favorites : l’espionnage informatique. Quand il l’avait vu en photo sur Facebook dans une mini-jupe mettant particulièrement en valeur ses formes avec des talons hauts de dix centimètres aux pieds, il avait explosé tout de suite !

Et elle aussi. Elle n’avait même pas essayé de lui expliquer l’origine de cette photo. Elle voyait ses traits se défigurer par la colère mais elle n’entendait plus les mots injurieux qu’il prononçait. Elle sentait les larmes et la rage monter en elle. D’un seul coup, elle avait jeté l’assiette pleine de raviolis par terre et avait quitté l’appartement en courant.

Il lui avait fallu longtemps pour se calmer mais sa décision était prise, elle ne resterait pas avec un mec comme ça. A dix-sept ans, on est trop jeune pour choisir d’être malheureux.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture proposé par Leiloona.

De l’amour

@ Kot

Je les suivais depuis un moment déjà dans les couloirs du métro. Elle, brune, les cheveux longs, élégante. Lui, plus grand de quelques centimètres, tenait une belle sacoche en cuir à la main. Ils marchaient d’un même pas, se frôlaient, se souriaient, semblant ignorer la noirceur des lieux et les odeurs d’urine qui m’écoeuraient à chaque fois que je devais me rendre dans cette station.

Je me suis arrangée pour être proche d’eux dans le wagon bondé. Voyant mon âge avancé, un jeune homme m’a proposé sa place. Assise, juste en face du couple, je pouvais les observer sans que cela puisse passer pour du voyeurisme. Elle profitait de la promiscuité pour être plus proche de lui encore. Elle s’ennivrait de son odeur. Ils allaient certainement passer la soirée ensemble. Ils semblaient heureux, amoureux.

Je n’ai jamais eu cette chance là.

Mes parents avaient pas mal d’argent. Messe en famille tous les dimanches, école privée catholique, bonnes manières, amis soigneusement sélectionnés, etc. Dans la petite ville où nous habitions, nous étions les premiers à avoir acheté une voiture. Tous les étés, nous partions en vacances sur la Côte d’Azur et nous revenions bronzés alors que les autres enfants avaient au mieux passé une ou deux semaines chez leurs grands-parents à quelques kilomètres de là.

A l’adolescence, pas question de fréquenter des garçons. Les rares représentants du sexe opposé que nous rencontrions de temps en temps, ma soeur et moi, étaient les fils des relations de mon père. Et bien entendu, nos échanges se faisaient toujours en présence des adultes.

Un jour, mon père m’a présenté mon futur mari. Je n’avais pas mon mot à dire. Il était hors de question que son argent puisse bénéficier d’ici quelques années à quelqu’un qu’il n’avait pas choisi lui même. Il décidait de tout et j’étais habituée, comme ma mère et ma soeur, à courber l’échine, à accepter son dictât.

Si j’avais osé m’imposer, j’aurais sans doute aussi goûté un jour à l’amour… et je n’aurais peut être pas été veuve à 42 ans.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

Prison intérieure

@ Marion (twentythreepeonies)

Les traumatismes remontaient à l’enfance. Elle les traînaient comme des casseroles depuis des années et des années. Avec le temps, elle ne se souvenait plus de certaines choses. Elle ne se savait plus vraiment distinguer les souvenirs recomposés à partir de photos ou de paroles entendues de la bouche de proches de ce qu’elle avait vraiment vécu.

Quand elle avait rencontré l’homme qui partage désormais sa vie, elle s’était appuyée sur lui. Il analysait les personnes en quelques minutes, il savait comment réagir face aux situations ennuyeuses, il l’aidait à prendre du recul et surtout elle n’était plus seule.

Malheureusement, il était trop tard : le mal était fait. Elle n’aurait jamais confiance en elle. Elle avait bien tenté d’oublier mais elle s’était rendue compte que ce n’était pas possible alors elle avait essayé de vivre avec. Pour ne pas reproduire les schéma familial, elle avait décidé qu’elle ne serait jamais mère.

Il y a quelques jours, elle s’était enfin décidée à sortir ce qu’elle avait sur le cœur depuis trop longtemps. Malheureusement, c’était une tombe qu’elle avait en face d’elle. La coupable était décédée tôt, peut être pour ne pas avoir à affronter la réalité.

Le jour même, elle avait repeint les barreaux de la maison en bleu. C’est la première chose que j’ai vue en arrivant chez elle. C’est vrai que cela donnait un peu de gaieté à la façade, c’était moins triste que le noir. Elle n’avait sans doute pas pensé à l’aspect symbolique de cet acte. Moi, j’aurais préféré qu’elle les enlève complètement.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture proposé par Leiloona.

Une photo, quelques mots #1

Il paraît que le plus dur, c’est de se lancer alors voici ma première participation (et j’espère pas la dernière !) à l’atelier d’écriture de Leiloona. Le principe est d’écrire un texte à partir d’une photo. Voici celle de ce lundi :

@ Romaric Cazaux

Elle était prévue depuis longtemps cette sortie. On avait décidé de profiter d’un week-end prolongé pour visiter cet endroit magnifique et se promener dans les environs. Impossible de décevoir la famille en annulant au dernier moment. Et puis, de toute façon à quoi ça servirait de rester à la maison ?

Alors, on est partis, on est montés tout en haut de l’escalier et on a admiré ce décors somptueux. Des visiteurs gravissaient péniblement les marches, d’autres descendaient, le pas léger. Les flashs des photos crépitaient. Une tablette, un Smartphone et hop, directement sur Facebook ou Instagram.  

Moi, je ne voulais apparaître sur aucun de ces clichés. J’étais physiquement là mais mon esprit était ailleurs. C’était comme si j’étais spectatrice de ces instants. Je me sentais terriblement seule. Les autres -lui y compris- comprenaient mon malheur mais ne pouvaient pas le partager. En parler ne servait à rien si ce n’est à m’enfermer un peu plus.

Aujourd’hui, le temps à passé. Quand ma copine m’a envoyé un message l’autre jour pour m’annoncer la mauvaise nouvelle, j’ai repensé à ces moments là, à ce week-end là, et un voile de tristesse m’a de nouveau envahi.

%d blogueurs aiment cette page :