« Anne Freaks » de Yua Kotegawa

Yuri, un jeune lycéen, vient de tuer sa mère. C’est à ce moment là qu’il fait la rencontre d’Anne, une jeune fille mystérieuse, psychopathe et meurtrière qui exécute ses victimes sans se poser de questions, contrairement à lui.
En parallèle, Anne sauve Mitsuba des griffes d’une étrange organisation extrémiste qui vient de tuer son père et sa sœur.
Les deux jeunes lycéens acceptent de suivre cette jeune femme si étrange et de l’aider à tuer son père qui semble lié à l’organisation terroriste qui a déjà éliminé le père et la sœur de Mitsuba.

 

Ce « résumé », bien que très court, laisse transparaitre l’atmosphère extrêmement violente qui règne dans ce manga. Je ne suis absolument pas spécialiste du genre mais je dois dire qu’au départ je me suis laissée prendre par l’intrigue malgré quelques passages qui m’ont paru un peu obscurs et cette violence qui semble gratuite. A partir du troisième tome, j’ai commencé à entrevoir peu à peu la dimension critique et morale de l’histoire puis dans le quatrième et dernier volume j’ai été complètement déçue. L’identité de l’organisation terroriste que les trois jeunes gens cherchent à éliminer reste complètement obscure. L’officier de la Brigade de Protection des mineurs, Shono, seule personnage qui incarne la justice et qui se bat pour sauver ces adolescents, est tuée par Anne et Yuri en personne. Anne semble ne jamais s’arrêter de commettre des crimes horribles. Et pour tout finir, la fin n’est pas une vrai fin !

Je crois que je vais oublier bien vite ce manga et je compte sur la lecture du Hors-Série de la revue Beaux Arts consacré à ce genre littéraire pour trouver de nouvelles idées de lecture.

KOTEGAWA, Yua, Anne Freaks, Pika, 2008.

« Broderies » de Marjane Satrapi

Neuf femmes iraniennes (dont Marjane Satrapi elle-même) profitent de l’heure du thé pour raconter les derniers ragots du quartier et se faire des confidences. Les hommes, l’amour, la sexualité, la virginité, le mariage, le divorce : tels sont leurs thèmes privilégiés de discussion.

Des situations graves -comme  cette femme à qui on propose de se couper avec un rasoir le jour de sa nuit de noce car elle n’est plus vierge ou cette autre qui n’a jamais vu de sexe masculin car elle n’a que des filles et son mari éteint la lumière à chaque fois qu’ils font l’amour, sans compter tous ces mariages que les jeunes filles n’ont d’autre choix que d’accepter – sont racontées avec beaucoup de distance et d’humour. Et de l’humour, on sait que Marjane Satrapi en a beaucoup ! Malgré la gravité des faits, les femmes restent optimistes et pleine de vie, à l’exemple de la grand-mère de l’auteur, une personne de caractère qui ne se laisse absolument pas marcher sur les pieds.

A lire sans hésitation !

Merci à Finette grâce à qui j’ai découvert l’existence de cette BD.

SATRAPI, Marjane, Broderies, L’Association, 2003.

Couleur de peau : miel de Jung

Avec Couleur de peau : miel, c’est sa propre histoire que Jung raconte dans une BD aux jolis traits, en noir et blanc, qui rappelle un peu l’univers des mangas.

D’origine coréenne, l’auteur a été adopté à l’âge de 5 ans par un couple de belges déjà parents de plusieurs enfants. De son passé en Asie, il a quelques souvenirs mais qui ne sont pas liés à sa mère (et encore moins à son père). En Belgique, il doit s’intégrer dans une nouvelle culture, une nouvelle famille, etc. Pas facile quand on se sent si différent et que les autres se chargent bien de vous le rappeler, volontairement ou non !

Abandon, adoption, déracinement, quête d’identité : tels sont les thèmes majeurs de cette BD. Et tout ça est raconté sans pathos car l’auteur a beaucoup d’humour. Le décalage est constant entre la gravité de certains propos et la façon dont ils sont racontés.

A travers ce magnifique livre, Jung nous dévoile sa propre intimité mais il explique aussi pourquoi tant d’enfants coréens ont été et sont encore adoptés. C’est donc une histoire instructive qui m’a fait beaucoup réfléchir et ce a de nombreux niveaux.

Ce premier tome est consacré à l’enfance et à l’adolescence de l’auteur. J’attends avec impatience que le deuxième, sorti récemment, soit disponible à la médiathèque.

Ils ont aimé aussi : Laurent, Sassenach et Jean-François.

PS : En relisant ce billet, je me dis qu’il reflète bien peu la richesse de l’histoire mais je n’arrive pas à faire mieux. Un conseil : si le sujet vous intéresse, lisez là !

JUNG, Couleur de peau : miel / tome 1, Quadrants, 2007.

« Le cheminot » suivi de « La lettre d’amour »

Lorsque j’ai répondu au questionnaire du swap litté jeunesse 2008, j’ai écrit que j’étais complètement inculte en matière de mangas. Lucie, ma swappeuse, a voulu y remédier en m’offrant ce joli livre au graphisme impressionnant qui ne contient pas un mais deux mangas !

Le cheminot et La lettre d’amour sont en réalité deux récits adaptés de deux nouvelles éponymes de Jiro Asada. Le premier raconte l’histoire d’un chef de gare qui a effectué son travail avec beaucoup de soin et d’amour tout au long de sa vie, dans des conditions climatiques très difficiles (froid et neige), et ce malgré le décès de sa petite fille de deux mois et de sa femme. A l’approche de la retraite, on lui annonce la fermeture de la ligne dont il s’occupe.

Dans La lettre d’amour, Goro, le héros, un pauvre type sans scrupules pour qui toutes les magouilles sont bonnes tant qu’il peut gagner de l’argent, devient un être humain digne de ce nom le jour où une femme qu’il ne connait pas lui ouvre son cœur.

Deux histoires donc avec deux héros attachants même si c’est pour des raisons complètement différentes. Le premier est un homme au grand cœur, fragile et émouvant, tandis que le deuxième se remet en question et semble se transformer grâce à l’amour.

Le dessin est incroyable de réalisme et transporte immédiatement le lecteur dans des lieux qu’il s’imagine sans peine.

Lire l’avis de Jean-François.

ASADA, Jiro et NAGAYASU, Takumi, Le cheminot suivi de La lettre d’amour, Panini Manga, 2007.

Maus

Art Spiegelman, célèbre dessinateur new-yorkais, connu notamment grâce à l’immense succès de Maus (prix Pulitzer 1992), raconte la vie de Vladek, son père, émigré juif polonais survivant d’Auschwitz. L’originalité de cette BD en noir et blanc réside dans le fait que les juifs sont représentés par des souris et les nazis par des chats.

Outre l’aspect historique, le livre montre également les répercutions psychologiques du génocide juif et les conséquences pour les générations « d’après ». En effet, Art et son père ont des relations très conflictuelles qu’ils ne parviendront pas à apaiser. Vladek est trop radin et trop exigeant vis à vis de son entourage. Art, lui, culpabilise de ne pas avoir vécu l’horreur, d’être en vie, de ne pas faire aussi bien que son père le souhaiterait, d’avoir du succès grâce à la tragédie vécue par sa famille, etc.

J’avais déjà lu cette BD il y a deux ou trois ans mais je n’ai pas pu résister quand elle m’est passée à nouveau entre les mains.  Il fallait que je la relise… Le sujet est bien évidement très dur mais je trouve que c’est plus facile à lire que les romans ou les témoignages historiques sur le même sujet. Et puis, les touches d’humour apportées par le dessinateur au sujet de son père apaisent un peu les choses…

C’est une BD à ne pas manquer si vous ne la connaissez pas encore !

Kathel a aussi fait un billet sur Maus aujourdh’ui.

SPIEGELMAN, Art, Maus, Flammarion, 1998.

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