La vie dans les montagnes du Tadjikistan : suite

A chaque fois que nous passons dans un endroit habité, les gens se rassemblent autour de nous pour nous observer. Nous sommes l’attraction : mieux que la télévision ! Je revois encore cet enfant, dans un village, qui nous voit arriver de loin en 4×4 russe et qui coure comme un fou, sandalettes aux pieds, pour être au bord de la route au moment où nous passons.

Dans les montagnes, des enfants nous proposent des abricots, plus loin, c’est le yogourt, le thé ou le pain : pas une demi-journée de marche sans qu’on vienne nous parler ou qu’on nous propose quelque chose à manger. Quand on prend une photo et que les gens se voient sur l’écran, ils sont vraiment fiers. Vive le numérique !

Un jour, après 9 ou 10 heures de marche une petite fille m’attend sur le chemin pour m’offrir un bouquet de fleurs. Je suis très touchée. Un cadeau alors que je ne la connais même pas! Elle nous accompagne pendant 100 mètres. Je suis tellement dans ma bulle, centrée sur mon effort, que je ne m’aperçois même pas qu’elle boite. Elle s’est cassée la jambe quand elle était plus petite mais ici, ce n’est pas simple de se soigner… C’est dans sa famille que nous nous arrêtons pour boire la thé. Un vrai festin nous attend ! Serrés à quinze dans l’unique pièce de la maison, nous sommes accueillis comme des rois. Pas facile de communiquer mais les sourires en disent long ! Notre guide offre aux enfants des photos prises par d’autres touristes, c’est un trésor précieux !

Ce même jour, un dernier effort après le réconfort : 40 minutes de marche avec un dénivelé dont je me souviendrai longtemps et nous arrivons au camp. Il ne reste plus qu’à monter la tente. 3200 mètres d’altitude, le soleil se couche, le décor est magnifique. Ce soir là, après 11h de marche, nous ne ferons pas long feu !

Le lendemain matin, à l’aube, alors que nous ne sommes pas encore levés, la petite fille de la veille est là avec deux ou trois autres enfants. Les touristes qui se lavent les dents, c’est un vrai spectacle non ? Je me demande bien ce qu’ils peuvent penser en nous regardant. La petite fille, dont je n’ai malheureusement pas retenu le nom, veut nous donner une paire de chaussette. C’est incroyable !

Pour les nomades, c’est un honneur de nous recevoir chez eux. Le top, c’est de pouvoir raconter tout aux voisins dans les moindres détails ! Qu’est-ce qui se dit sur nous? Mystère…

En une semaine, un seul et unique  village  déroge à la règle de l’hospitalité.  Le chemin passe au pied des maisons mais on nous dit de passer ailleurs. Finalement, on y va quand même et tout le monde se cache à notre approche. Dès qu’on avance un peu, les enfants réapparaissent et les femmes suivent, faisant semblant de surveiller leurs progénitures pour ne pas perdre la face. Ah, la curiosité ! Ici, on refuse l’électricité, la télévision… Ce sont des fondamentalistes… Reste de la guerre civile qui a eu lieu après l’indépendance du pays ? 

Heureusement, une fois n’est pas coutume et l’hospitalité des tadjiks ne fait aucun doute !

La vie dans les montagnes du Tadjikistan

Le Tadjikistan est un pays de montagnes : elles occupent 93% du territoire et plus de la moitié du pays se situe à plus de 3000 mètres d’altitude.

Beaucoup de gens vivent dans ces montagnes. Les nomades y passent l’été pour faire paître les troupeaux et rentrent au village à partir du mois d’octobre, quand les conditions météorologiques ne permettent plus de vivre sous la yourte. L’hiver est très rude (entre -20°C et -40°C, d’après mon guide touristique). Tout est recouvert par la neige. La seule occupation des habitants est de nourrir les bêtes. Mieux vaut avoir coupé beaucoup de foin l’été ! Et quand reviennent les beaux jours, les routes sont défoncées, il faut reconstruire les ponts en bois… J’imagine difficilement la vie en hiver là-bas !

 

Nous avons rencontré très peu d’hommes dans les montagnes : ils travaillent en Russie. Le Tadjikistan est tellement pauvre qu’il n’est pas facile d’y gagner sa vie.

Les femmes s’occupent donc de tout. Elles coupent le bois, font le feu, préparent à manger, s’occupent des troupeaux, élèvent les enfants (qui ne vont à l’école que dans les villes et villages)… Quand les maris reviennent, généralement une fois par an, elles tombent enceinte. Ainsi va la vie…

Les nomades sont très accueillants. Très souvent, ils nous offrent le thé, le yogourt et le pain traditionnel, cuit dans un four en pierre. Les femmes sont vêtues de robes très colorées. ça change de nos habits occidentaux, aux couleurs souvent fades. Elles portent un voile, très coloré également, qui ressemble plus à un foulard qu’au voile traditionnel des musulmanes.

L’habitat traditionnel des montagnes est la yourte. La structure est
faite des morceaux de bois récupérés dans la montagne puis assemblés de
façon bien précise. Des morceaux de tissus la recouvre. A l’intérieur,
des tapis sont posés à même le sol. La nuit, on met des tapis plus
épais pour s’allonger et des couvertures. Il n’y a pas de meubles. Des
branches sont assemblées pour pouvoir poser dessus les affaires
indispensables à la vie. Et l’indispensable, pour un nomade tadjik, n’est pas du tout le même que pour un touriste occidental : un peu de vaisselle et quelques vêtements suffisent.

Dans les villages pauvres, les maisons  sont faites de pierres posées les unes sur les autres (on se demande comment ça peut tenir!) ou de torchis. L’intérieur ressemble à celui des yourtes. Généralement, on y trouve un endroit pour faire le feu. Dans les villages plus importants, le torchis est recouvert d’enduits. Sur le sol, toujours des tapis mais cette fois-ci, ils ne sont plus posés à même la terre. Le mobilier est plus moderne mais tout aussi rare : un ou deux coffres, une petite armoire, parfois une chaine hifi, une glace ou une petite table basse.

Nous avons découvert le Tadjikistan en été, sous le soleil, dans des conditions plus que favorables. Les nomades nous ont livré une formidable leçon de vie, se contentant de peu mais restant néanmoins toujours accueillants pour les riches touristes que nous sommes. Je ne peux qu’imaginer leur vie pendant l’hiver et je suis sans doute bien loin de la vérité. Une petite leçon d’humilité !

Les premières photos du Tadjikistan sont là !

Le premier album de ce blog est terminé. Vous y trouverez une petite sélection de photos prises dans les monts Fan’s, au Tadjikistan, en juillet 2007.

Ah, quel bonheur de revoir ces photos ! On ne s’en lasse pas et justement, on se disait qu’on y retournerait bien…

La route de la soie : petite bibliographie


En attendant le récit de notre échappée en Ouzbékistan et au Tadjikistan, voici une petite liste des livres que j’ai lus avant, pendant ou après le voyage.

  • CHUVIN, Pierre, Samarcande Boukhara Khiva, Flammarion, 2001.

Un beau livre avec des belles photos. On admire les monuments ouzbeks et leur coupoles turquoises bien restaurées. ça fait rêver !

  • OLLIVIER, Bernard, Longue marche II : vers Samarcande. Phébus, 2005.

A l’ âge de la retraite, Bernard Ollivier a parcouru à pied la route de la soie, d’Istambul à Xian, soit plus de 12 000 kilomètres. Ce livre raconte avant tout un exploit sportif. Il m’a donné l’envie de découvrir les caravansérails dans lesquels les marchands se reposaient après une longue étape sur la route de la soie. Malheureusement, il n’en existe plus beaucoup aujourd’hui !

  • OLLIVIER, Bernard, Carnet d’une longue marche, Phébus, 2006.

Après son périple sur la route de la soie, Bernard Ollivier y retourne pour avoir des images.  En effet, ses lecteurs trouvent  dommage de raconter un tel voyage sans aucune photo. Il retourne donc à  la rencontre des lieux et des personnes qu’il a croisés lors de son premier voyage mais cette fois-ci, il est en voiture. L’ami qui l’accompagne fait des aquarelles qui illustrent magnifiquement ce Carnet d’une longue marche.

  • Asie centrale : la route de la soie, Lonely Planet, 2004.

La précieuse Bible de la plupart des voyageurs. On ne la présente plus ! Elle est toujours aussi utile !

  • MAILLART, Ella, Des monts célestes aux sables rouges, Petite Biliothèque Payot, 2006.

Dans les années 1930, Ella Maillart part à la rencontre des nomades d’Asie Centrale. A cheval ou à dos de chameau, souvent dans des conditions extrêmes, elle mène une aventure incroyable, surtout pour l’époque !

  • ROCHE, Amandine, Nomade sur la voie d’Ella Maillart, Petite Biliothèque Payot, 2005.

Passionnée par les aventures d’Ella Maillart, Amandine roche par sur ses traces en 2000. En 18 mois, elle parcourt l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, l’Inde, le Népal, le Tibet, la Mandchourie, la Chine…

  • GOLDENCHTEIN, Youri, Samarcande Boukhara – Chakhrisiabz – Khiva, ACR Edition, 1995.

Un petit livre illustré que j’ai acheté en rentrant. Il coute beaucoup moins cher et prend beaucoup moins de place que le premier livre présenté dans cette liste mais il est illustré de très belles photos. En plus, on y trouve des informations historiques. Un beau souvenir !

Internet a aussi été pour moi un outil d’information sur la situation de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan (ex républiques soviétiques) depuis leur indépendance. Les flux RSS de notre cher Google Actualités ou de Wikio m’ont permis de me tenir au courant de l’actualité, notamment en ce qui concerne les droits de l’homme.

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