« Au pays de mes histoires » de Morpurgo

Au pays de mes histoires est un mélange de courtes histoires passionnantes et de réflexions sur le métier d’écrivain. Michael Morpurgo explique notamment la genèse de quelques unes de ses œuvres comme Soldat Peaceful ou Cheval de Guerre. Dans ses romans, il s’inspire souvent de lieux qu’il aime bien au point de se sentir appartenir à ces endroits : « Je ne cherchais pas d’idées pour mes livres, je n’en cherche jamais, mais je vais toujours dans des endroits où elles pourraient me trouver […]. En écrivant sur un endroit que je connais et que j’aime autant, je m’imagine que j’appartiens à cet endroit, à son passé, son paysage, son peuple. » (p.138-139).

Au pays de mes histoires est également pour l’auteur l’occasion d’un retour sur sa propre enfance et ses évènements marquants. Et comme c’est raconté avec beaucoup de poésie et de finesse, on se régale !

Michael Morpurgo rend aussi un bel hommage aux auteurs qu’il admire : Sean Rafferty, Ted Hughes et surtout Stevenson (il aimerait avoir écrit L’île au trésor à sa place !).

Ce livre est le premier que je  lis de Michael Morpurgo et je dois dire que j’ai beaucoup apprécié ses talents de conteur. Le collier du géant, La question Mozart ou Mon père est un ours polaire sont des histoires remarquables et je pourrais en citer bien d’autres encore.

Un petit extrait qui m’a particulièrement plû :

L’histoire s’écrira quand son heure sera venue. J’ai appris depuis quelques temps à ne pas forcer l’allure, à ne pas imposer ma volonté à l’histoire, mais à lui laisser le temps de trouver sa voix pour tisser sa trame, pour se rêver hors de ma tête, de telle sorte qu’en approchant la crayon du papier, je sente que je vis en elle… » (p.26).

Que les histoires vivent encore longtemps en vous Monsieur Morpurgo !

Lire l’avis de Clarabel, de Gachucha, et de BelleSahi .

MORPURGO, Michael, Au pays de mes histoires, Gallimard Jeunesse, 2007.

« L’ogre » de Karim RESSOUNI-DEMIGNEUX et Thierry D

Dans la cité, personne n’a jamais vu l’habitant du rez-de-chaussée mais tout le monde en a peur. On le surnomme l’ogre car il est énorme et ne sort de chez lui que la nuit. Les enfants sonnent à sa porte, jettent des cailloux contre ses fenêtres ou plaquent leur visage contre sa vitre pour l’embêter mais aussi pour jouer à se faire peur. En tous cas, tout le monde se demande qui peut bien être cet étrange voisin.

A travers ce texte, Karim Ressouni-Demigneux rend la réflexion sur la différence accessible aux plus jeunes. En effet, l’ogre c’est tout simplement l’autre, l’étranger dont on a peur parce qu’on ne le connaît pas ou parce qu’il n’est pas comme nous. Thierry Dedieu, l’illustrateur, a peuplé l’album d’animaux dont l’homme a parfois la phobie (chauves-souris, serpents, araignées, etc.), ce qui accentue le sentiment de malaise et d’effroi déjà présent dans le texte.

Le dénouement montre qu’on peut s’imaginer beaucoup de choses sur les personnes qu’on ne connaît pas et qui nous font peur mais qu’on ne sait jamais véritablement qui elles sont. Ne pas essayer d’aller à la rencontre de l’autre ou pire encore, la refuser, c’est passer à côté de personnes très intéressantes et très enrichissantes.

Décidément, je ne suis jamais déçue par les livres publiés par Rue du Monde. Les textes et les illustrations sont toujours de qualité et incitent les jeunes et les moins jeunes à une véritable réflexion. Un vrai régal !

RESSOUNI-DEMIGNEUX, Karim et DEDIEU, Thierry, L’ogre, Rue du monde, 2007.

« Sombres citrouilles » de Malika Ferdjouk

Quatrième de couverture :

« Aujourd’hui, 31 octobre, trois générations de Coudrier sont réunies à
la Collinière, la grande demeure familiale entourée de forêts et
d’étangs, pour fêter, comme chaque année, l’anniversaire de Papigrand,
le patriarche.
Comme c’est aussi Halloween, Mamigrand a envoyé les
petits chercher des citrouilles au potager pour les voisins américains.
Mais dans le carré de cucurbitacées encore enveloppé des brumes de
l’aube, il y a comme un pépin. Un homme étendu de tout son long, plein
de taches rouges, silencieux. Mort.
A première vue, personne ne le
connaît. L’affaire pourrait donc n’être pas si grave que ça. Le
problème, c’est que dans la famille, il y a au moins trois mobiles
criminels possibles. Donc trois assassins potentiels. Sans compter tous
les secrets qu’on n’a pas encore découverts…
« 

                                          

Sombres citrouilles est le premier roman de Malika Ferjouk que je lis. Je voulais découvrir cet auteur depuis longtemps et Lucie ma offert ce livre dans le cadre du Swap littérature jeunesse. Je dois dire qu’elle a fait un bon choix. Merci encore !

C’est un roman policier vraiment prenant. Il met en scène une famille bourgeoise où règnent les non-dits et se déroule sur une seule journée, mais quelle journée ! Des enfants qui trouvent un cadavre chez leurs grands-parents et décident de le cacher sans rien dire à personne pour ne pas gâcher l’anniversaire de leur papi, ce n’est tout de même pas courant. Et quand en plus, l’histoire est racontée avec beaucoup de fantaisie, c’est encore plus surprenant.

Chaque chapitre est consacré au point de vue d’un des personnages, ce qui multiplie les hypothèses sur le coupable du crime et crée une nouvelle intrigue au sujet des non-dits et des secrets de famille. Le rythme est soutenu. Les portraits des différents membres de la famille sont brossés avec beaucoup d’humour. Enfants, adolescents et adultes ont tous une personnalité
bien trempée ou une histoire peu commune.

J’ai dévoré les pages les unes après les autres pour comprendre les raisons du drame et connaître les secrets qui règnent dans cette famille bien étrange. Le dénouement est excellent et montre que la famille, ce n’est pas toujours rose. Je ne vous en dit pas plus, sinon je vais dévoiler la fin. Vous l’aurez deviné, je vous conseille vivement ce roman !

Lire l’avis de Clarabel.

FERDJOUK, Malika, Sombres citrouilles, L’Ecole des loisirs, 2006.

« Le soupir » de Marjane Satrapi

Un commerçant, qui voyage beaucoup à travers le monde, ramène toujours à ses trois filles les cadeaux qu’elles demandent. Mais cette fois-là, il n’a pas trouvé le présent de Rose, la cadette. La jeune fille en soupire de déception. Quelques instants plus tard, « Ah le soupir » vient frapper à la porte de la maison pour lui apporter ce qu’elle désire. La jeune fille est ravie et le commerçant promet à « Ah le soupir » de faire tout ce qu’il voudra pour le remercier. Un an plus tard, « Ah le soupir » vient réclamer Rose. Le père n’a d’autre choix que de la laisser partir.

La jeune fille se retrouve dans un magnifique royaume mais sa famille lui manque. Un soir, elle découvre que le prince du royaume des soupirs est amoureux d’elle et vient lui caresser les cheveux chaque nuit. Elle tombe amoureuse mais le chemin de l’amour est semé d’embûches…

 

Le soupir est un joli récit initiatique qui montre que la nature humaine est cruelle, que l’on n’a jamais rien sans rien et qu’il faut se donner les moyens pour avoir ce que l’on souhaite. Même si le sujet est assez classique, Marjane Satrapi, conteuse et dessinatrice de talent, a su lui donner vie avec beaucoup d’humour, de fantaisie et de poésie. Et puis, l’avantage avec ce genre de récit, c’est qu’on peut lui donner de multiples sens !

SATRAPI, Marjane, Le soupir, Bréal jeunesse, 2004.

Des aventures de Nasr Eddin Hodja

Nasr Eddin Hodja est un personnage mythique de la culture arabo-musulmane. Ses aventures sont connues dans de nombreux pays. Ingénu, faux naîf, impertinent, savant, toujours drôle et sympathique, il pointe du doigt les travers de l’homme. Ses histoires ont toujours une dimension de critique sociale, politique ou religieuse.

Jihad Darwiche a rassemblé quelques unes d’entre elles pour notre plus grand bonheur ! On est surpris ou sidéré, on éclate de rire ou on a le sourire aux lèvres mais on n’est jamais indifférent : c’est un vrai régal !

DARWICHE, Jihad, Sagesses et malices de Nasreddine le fou qui était sage, Albin Michel, 2007.

Une statue de Nasr Eddin Hodja sur son âne à Boukhara, en Ouzbékistan :

« Pablo de la Courneuve » de Cécile Roumiguière

Pablo est colombien. Avec sa famille, il a dû fuir son pays pour des raisons politiques. Arrivé en France clandestinement, il vit à la Courneuve mais il a beaucoup de mal à s’intégrer. Ses camarades de classes le traitent de voleur (« Colombien, vaurien… » !), il pleut, tout est gris, il ne doit pas se faire remarquer car il n’a pas de papiers, sa sœur veut arrêter ses études pour aller travailler à l’usine alors qu’en Colombie elle voulait devenir enseignante, etc. Bref, tout va mal pour ce jeune garçon de 12 ans.

Mais, petit à petit, Pablo fait la rencontre de la Goule, une vieille femme mystérieuse que tous les gamins du quartier aiment embêter, de Nina, une petite fille de CE2 qui lui parle de sa vie dans un château, et de Georges qui travaille à la mairie et aide sa famille à avoir des papiers. Au contact de toutes ces personnes, il commence à raconter son histoire, à s’intégrer et à découvrir que la vie en France n’est pas si mal que cela. Bien entendu, la Colombie garde une place privilégiée dans son cœur!

Pablo de la Courneuve est un beau roman sur le thème de l’immigration. Racisme, intégration, problèmes de papiers, mal du pays : tous ces sujets sont abordés avec beaucoup de finesse et de sensibilité. On ne referme pas le livre en pleurant mais plutôt avec le sourire aux lèvres et plein d’espoir pour la vie future de Pablo.

C’est un billet de Gawou qui m’a donné envie de lire ce magnifique roman.

ROUMIGUIERE, Cécile, Pablo de la Courneuve, Seuil, 2008.

Les livres, des sauveurs !

Étienne vit dans une maison où tout le monde aime lire. Lui, c’est le cas désespéré : celui qui n’aime pas lire et qui ne changera jamais : « Que tous ceux qui rabâchent que, pour faire aimer la lecture aux enfants, il suffit de les faire vivre entourés de livres, arrêtent de se raconter des histoires.  Moi, j’ai toujours baigné dedans, au point qu’ils ont fini par me noyer« .

Oui, mais voilà, il ne faut jamais dire jamais : « du jour au lendemain, alors que j’ai toujours détesté lire – c’était au stade de l’allergie, sans les démangeaisons, mais avec une vraie montée  d’irritation rageuse chaque fois que ma grand-mère débarquait pour dîner avec, pour ma sœur et moi, des livres enveloppés dans du papier cadeau rouge aux dessins noirs qui me sort encore par les yeux -, je me suis mis à lire.  Pire à aimer ça. Pire, à avoir envie de donner envie aux autres« . Ce qui a donné le goût de lire à Étienne, c’est le divorce de ses parents. Le soir où il l’apprend, il n’arrive pas à dormir et veut regarder la télé mais son père dort dans le salon. Du coup, il se retrouve seul, mal dans sa peau, dans le bureau de sa mère et tombe sur un recueil de nouvelles de Salinger. Il aime beaucoup et enchaîne sur d’autres livres : L’attrape cœur, le Da Vinci Code, Orgueil et préjugés, Christine Angot, Shakespeare, etc.

Étienne découvre également qu’il aime écrire. D’où ce récit à la première personne où il parle du divorce de ses parents, de sa découverte du plaisir de lire et d’écrire (les remarques sur l’acte d’écrire sont nombreuses), de son premier amour et… de son premier rapport sexuel.

Contrairement à ce que je pensais au début, ce livre raconte la vie d’un adolescent. Certes, la lecture et l’écriture tiennent une place importante mais il n’y a pas que cela dans le vie d’Étienne ! Je m’attendais donc à autre chose et c’est sans doute pour cela que j’ai été un peu déçue. Néanmoins, c’est un beau roman à l’écriture originale, plein de vie, d’humour et de finesse.

Et puis, je me suis un peu retrouvée dans le personnage d’Etienne quand il dit « c’est cette histoire qui m’a tiré de la mienne. En finissant de la lire, j’étais moins mal« . Pour moi aussi, les livres sont parfois un remède. En tous les cas, ils me permettent de rêver et de m’évader du quotidien.

C’est un récent billet de BelleSahi qui m’a donné envie d’emprunter ce livre à la médiathèque.

Calarabel a beaucoup aimé.

WILLER, Ellen, Le garçon qui ne pouvait pas voir les livres en peinture, Ecole des loisirs, 2007.

L’île aux peintres de Claire Mazard

Quatrième de couverture :
« Clément et son père Thierry entretiennent des relations difficiles.
Sur les conseils de sa mère, Clément décide cependant de lui offrir un
cadeau pour sa fête. Il trouve dans une brocante un tableau
représentant le portrait d’un jeune homme ressemblant fortement à
Thierry, sur fond de palmiers et de maisons coloniales. Intrigué par
cette ressemblance et par la réaction de son père lorsqu’il lui offre
le cadeau, Clément décide de mener l’enquête. Il découvre alors un
manuscrit qui va lui révéler l’incroyable vérité et lui permettre de
mieux comprendre ce père qui était resté un inconnu pour lui. »

Voici un roman sympathique sur les relations père-fils et sur le poids du passé. On découvre petit à petit, en même temps que Clément, le contenu de ce manuscrit trouvé par le plus grand des hasards dans une brocante et qui va permettre au jeune ado et à son père de se réconcilier. Le suspens -que s’est-il passé d’important pendant la jeunesse du père?- est maintenu jusqu’au bout ou presque mais je m’attendais à une révélation plus importante. Je suis donc restée un peu sur ma faim même si j’ai passé un agréable moment de lecture !

Un extrait :
En cours, Boris me glisse des petits papiers. Ses réflexions du moment.

« Ne pas se prendre au sérieux, plus difficile qu’on ne croit. »

« L’important dans la vie : se regarder avec des yeux extérieurs. »

« De temps en temps, arrêter son existence et la saisir en son entier. »

« A chacun de lire le roman de sa vie. A chacun d’aimer son propre personnage dans le roman de la vie. Simplement. Sans orgueil. »

J’ai gardé tous ces petits papier.

MAZARD, Claire, L’île aux peintres, Seuil, 2007.

« Be safe » de Xavier-Laurent Petit

Jeremy et son frère Oskar passent leurs journées à jouer de la musique dans le garage de la maison familiale. Si Oskar va au lycée, Jeremy, lui, a arrêté l’école et ne trouve pas de travail. Un jour, sur le parking d’un supermarché, ils croisent les sergents recruteurs de l’armée. En quelques minutes, Jeremy signe un contrat de quatre ans en échange d’un emploi dans la construction de ponts.

De retour à la maison, les choses se compliquent… Le père de Jeremy n’accepte pas l’engagement de son fils, sa mère a peur et Oskar réalise qu’il va se retrouver tout seul. Mais Jeremy part quand même. Il a du talent au tir et devient très vite membre des forces spéciales. C’est bien différent de la construction de ponts promise au début…

Comme beaucoup de jeunes de son âge, il part « là-bas ». Ce n’est pas dit explicitement mais « là-bas », c’est bien entendu l’Irak, pays dans lequel les soldats américains s’enlisent dans une guerre sans fin et perdent parfois la vie…

Oskar, quant à lui, se fait petit à petit à l’absence de Jérémy et forme un nouveau groupe de musique avec Makra, une jeune fille dont le frère est également engagé dans l’armée.

 

Be safe est un roman antimilitariste qui dénonce de façon à peine voilée l’engagement américain en Irak. La guerre du Vietnam en prend aussi pour son grade même si l’auteur s’y attarde moins. Les premiers temps, Jeremy n’a pas beaucoup de recul sur l’armée car il est endoctriné. Oskar, le narrateur, voit les choses de l’extérieur. Il vit dans la peur quotidienne mais heureusement, la jeune Makra est là pour partager ses peines et ses joies.

Ce roman est très riche et très dense. Il fait réfléchir sur la guerre mais propose également des choses plus légères à travers l’histoire d’amour entre Makra et Oskar et le succès de leur groupe de musique. Bref, c’est encore une belle réussite de Xavier-Laurent Petit !

PETIT, Xavier-Laurent, Be Safe, L’Ecole des loisirs, 2007.

« Les Giètes » de Fabrice Vigne

Maximilien vit dans un petit studio, au sein d’une résidence pour personnes âgées. Un jour, il retrouve le journal qu’il tenait quand il était jeune homme. C’est l’occasion pour lui de revenir sur son passé de militant communiste et d’amateur de Flaubert. Les désillusions politiques sont nombreuses mais les citations de Flaubert toujours d’actualité…

Le vieil homme a du mal à accepter son âge mais porte un regard plein d’humour sur sa situation et celle de ses camarades de la « Maison ». Son petit-fils Marlon, amateur de photographie, vient lui rendre visite régulièrement et agrémente ses semaines. Il entretient aussi des relations avec d’autres résidents et notamment avec Lilia, une dame d’origine russe qui vient bousculer un peu ses certitudes…

                                          

Les Giètes est publié dans le collection photo roman chez Thierry Magnier. Le principe de la collection est le suivant : « Une série de photographie dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s’aventure alors dans l’écriture d’un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer ». Je trouve cette idée originale. Mais attention, contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette collection est destinée aux grands ados et aux adultes. En effet, il faut une certaine maturité pour comprendre les réflexions de ce grand-père qui, au crépuscule de sa vie, fait une sorte de bilan de ses convictions les plus fortes, porte un regard acerbe sur le monde qui l’entoure et cité régulièrement Flaubert pour illustrer ses propos.

Ce roman fait partie des coups de cœur de Sylire. C’est grâce à elle que j’ai découvert ce joli roman !

VIGNE, Fabrice, Les Giètes, Editions Thierry Magnier, 2007.

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