« La mémoiré trouéé » d’Elisabeth Combres

Avril 1994 :  Emma, 4 ans, fillette d’origine Tutsi, assiste à l’assassinat de sa maman cachée derrière un fauteuil. Elle ne voit rien mais elle entend tout. Seule, elle part sur les routes comme des milliers d’autres rwandais obligés de fuir en raison du génocide. Elle trouve refuge chez une « juste », une femme hutu qui la cache et s’occupe d’elle malgré les risques.
Dix ans plus tard : Emma vit toujours chez Mukecuru, cette femme qui l’a sauvée, mais elle est renfermée sur elle même. Des cauchemars la hantent sans cesse. Petit à petit, elle se lit d’amitié avec Ndoli, un jeune tutsi à peine plus âgé qu’elle. Lui aussi est traumatisé par le génocide : pour sauver sa vie, il a dû dénoncer les siens. Depuis, sa conscience ne le laisse plus tranquille. Ensemble, Emma et Ndoli vont essayer de s’ouvrir au monde et de vivre, malgré tout.

                         

Emma, personnage principal de ce roman, ne peut laisser le lecteur insensible. Traumatisée par son passé, incapable de se souvenir du visage de sa mère, repliée sur elle même, on se demande comment elle trouve encore la force de continuer à vivre. La femme qui l’a recueillie, Mukecuru, est remarquable par sa sensibilité et sa pudeur : elle ne pose aucune question à Emma mais elle est toujours à l’écoute et sait se montrer présente quand la jeune fille traverse des crises.
Autre personnage important de ce roman, Ndoli est la figure de la culpabilité et de la folie. Sa souffrance est encore plus visible que celle d’Emma. Les villageois le jugent mal car il a provoqué la mort des siens en les dénonçant. Mais comment peut-on être coupable quand on a 7 ans et que les bourreaux vous disent « tu parles ou tu es mort » ?

Pas de sang, pas de description de massacre dans cette histoire mais plutôt de la pudeur et du ressenti. La violence vient des images qui naissent dans l’esprit du lecteur. L’auteur, Elisabeth Combres, a pris le parti de mettre en avant les traumatismes provoqués par le génocide rwandais plutôt que de choquer par des scènes de guerre. Malheureusement, on pourrait sans aucun problème transposer cette histoire  dans de nombreux pays quoi ont vécu ou vivent encore des catastrophes similaires (le Darfour par exemple, pour n’en citer qu’un…).

COMBRES, Elisabeth, La mémoire trouée, Gallimard jeunesse, 2007.

« Le prince bégayant » de François Place

Quelque part dans un pays d’Afrique, on fête une naissance royale en répandant du lait partout et en chantant : un jeune prince vient de voir le jour. Le prince grandit. Il est beau, fort et plein de talents. Mais « Parfois on préfèrerait ne pas être né
                          Ou alors seulement
                                      Pour se laisser vivre

                                    Juste manger boire dormir
                                    Sous les étoiles
                                     Comme un animal
                                     Ne pas rendre compte
                                     Ni aux dieux ni aux hommes
                                                             Etre simplement
                                                            Sans avant ni après
                                                            Une respiration un souffle
                                                      Et puis disparaître

                                                          Sans laisser d’autres traces

                                                            Qu’un pas sur l’herbe
                                                            Aussitôt effacé »

Si le jeune prince préfèrerait ne pas être né, c’est parce que son bégaiement le rend fou de colère. C’est un redoutable guerrier, fort et courageux, qui remporte de nombreuses victoires, mais dès qu’il prend la parole
                                                  « Il perd en un instant
                                                                 Les effets de la gloire
                                                                 Et de la majesté »

Heureusement, un jour, au moment de donner la mort à un ennemi, le jeune prince se rend compte qu’il est en train de perdre toute humanité. Il décide alors de s’exiler et découvre un monde où les mots ne sont pas indispensables pour communiquer : celui des animaux et de la nature.

                                                                  « Le bonheur est ici
                                                                                    Loin du fracas des armes
                                                                                    Le bonheur est ici
                                                                                    Loin des regards fuyants
                                                                                    Et des sourires serviles »

                                             

Le prince bégayant est une belle histoire, pleine de sagesse, d’humanité et de poésie, qui s’inscrit dans la tradition des récits initiatiques. Les illustrations sont magnifiques et pleines de vie : en les regardant, on se retrouve directement en Afrique ! J’ai beaucoup aimé l’écriture en vers et la « morale » de ce conte mais je ne vous en dis pas plus… A vous de le lire et d’en retenir ce qui vous parle !

PLACE François, Le prince bégayant, Gallimard jeunesse, 2006.

« Une bouteille dans la mer de Gaza » de Valérie Zenatti

Tal est une jeune israélienne de 17 ans. Un jour, elle confie une bouteille avec une lettre à son frère, militaire dans la bande de Gaza, pour qu’il la jette à la mer. Elle espère que quelqu’un, en Palestine, lui répondra.

L’idée d’écrire cette lettre lui est venue à la suite d’un attentat qui a eu lieu à deux pas de chez elle. Tal veut avoir un avenir, grandir dans un monde en paix et vivre vieille. Elle n’en peut plus d’avoir peur et de vivre dans cette ambiance. Peut être qu’en lisant sa lettre, quelqu’un, dans l’autre camp, comprendra qu’elle aussi trouve cette guerre absurde et qu’elle ne souhaite qu’une seule chose : sa fin.

Un jeune palestinien trouve la bouteille sur la plage et de nombreux échanges par mail commencent entre « Gazaman » et Tal. Au début, Gazaman est très distant, moqueur, et même méchant. Mais petit à petit, grâce à la persévérance de Tal, il se dévoile : comme elle, il souffre, ne peut pas vivre comme il le souhaiterait, a peur à cause des attentats, etc.

                              

Tal est une jeune fille très intelligente qui a beaucoup de recul sur tout ce qui se passe autour d’elle. Ses échanges avec Gazaman montrent que les palestiniens ne sont pas tous des extrémistes et veulent vivre en paix, tout comme les israéliens. Ils permettent aussi de dépasser la haine et la violence. Grâce au dialogue, les deux adolescents arrivent à se comprendre mutuellement. Une belle note d’espoir dans un conflit qui s’enlise!

« Un jour, vous, nous, nous nous apercevrons qu’il n’y a pas de gagnant possible dans la violence, que c’est une guerre de perdant. Un gâchis. » (p166).

ZENATTI, Valérie, Une bouteille dans la mer de Gaza, L’école des loisirs, 2005.

Le petit chaperon rouge revisité

Les contes populaires  et autres récits intemporels sont souvent l’objet de parodies, adaptations ou transgressions. Jean-Claude Grimberg, lui, a détourné Le petit chaperon rouge pour en faire une pièce de théâtre surprenante : le loup, prénommé Wolf, est déguisé en caporal et « parle français avec accent loup » et le petit chaperon rouge est une petite fille Uf. Quand Wolf lui demande ses papiers, le petit chaperon ne sait même pas qu’elle est Uf. Petit à petit, elle découvre des lois qui lui interdisent tout. Ainsi, elle doit « échanger » son capuchon rouge contre un jaune car le jaune est la couleur des Uf. Le plus absurde, c’est que ces lois semblent inventées au fur et à mesure par l’officier Wolf. Pour quelles raisons ?

                                          

Vous l’aurez compris Le petit chaperon Uf traite de l’antisémitisme et des lois anti-juives pendant la Seconde Guerre mondiale. Si le thème est sérieux, l’auteur a su l’aborder avec beaucoup d’humour et de finesse. Je pense que cette pièce de théâtre est un bon moyen pour parler d’un sujet grave avec de jeunes enfants (à partir de 7-8 ans). J’aimerais beaucoup voir l’adaptation sur scène !

Un extrait de l’introduction de Jean-Claude Grimberg :

« Connaître l’histoire, les histoires, la vraie Histoire, à quoi cela sert-il ? Sinon à alerter les chaperons d’aujourd’hui, à avertir les enfants que la liberté de traverser les bois pour porter à sa grand-mère un pot de beurre et une galette n’est jamais définitivement acquise… Hier ce furent les enfants Ufs et Oufs, ainsi que leurs parents et grands-parents, qui durent fuir, se cacher changer de noms et de papiers afin d’échapper aux griffes du loup. […] . Demain, si l’on n’y prend garde, les loups s’attaqueront peut-être aux enfants Ifs ou Gnoufs, les loups eux seront toujours les loups et vous savez comme ils savent dissimuler leur bave et leurs grandes dents sous de belles et trompeuses paroles avant de se mettre à hurler et à mordre. »

Grumberg, Jean-Claude, Le petit chaperon Uf, Actes Sud, 2005.

« échancrure » de Michel Le Bourhis

Thomas, dix-sept ans, est un jeune homme désoeuvré et révolté. Au lycée, il sèche les cours et la CPE lui fait la morale. A la maison, son beau-père passe ses journées devant la télévision pendant que sa mère s’use la santé à la caisse d’un grand hypermarché. Son seul rayon de soleil, c’est Marion. Mais le problème c’est qu’elle sort avec Tony, son meilleur ami. Thomas a un rêve : aller à la mer pour se vider de tous ses problèmes. Il a aussi une passion : les beaux livres. Il aime les toucher, les caresser, respirer leur odeur. Un jour, alors qu’il est sur le point de voler les oeuvres complètes de Maupassant, une vieille dame le surprend et lui offre l’édition de La Pléiade.
Une courte série de rencontres commence alors entre cette vieille dame et le jeune écorché vif. Mais Thomas reste très secret. Il va mal mais ne se livre pas. La vieille dame sent bien qu’un drame risque d’arriver. Malheureusement, elle est impuissante.

                                          

Il est difficile pour moi de décrire ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman. La détresse et le désœuvrement du héros m’ont laissé assez mal à l’aise. Thomas n’envisage aucun avenir heureux et tout le livre respire ce désespoir. La lumière n’a pas sa place dans cette histoire…

LE Bourhis, Michel, Echancrure, Seuil, 2007.

« Le chien de Noureev » de Elke Heidenreich

Après un soirée bien arrosée chez l’écrivain Truman Capote, le célèbre danseur Noureev repart avec un chien mou et pataud. Très vite, ce chien devient son fidèle compagnon. C’est un peu surprenant quand on sait les nombreux déplacements que Noureev doit effectuer pour ses spectacles de danse. Mais le chien, rebaptisé Oblomov, est un peu particulier : il a l’âme russe, adore regarder son nouveau maître à l’opéra, dort sur un coussin de Brocart, mange dans de la porcelaine très fine et boit du champagne.
A la mort de Noureev, Oblomov est recueilli par une ballerine russe qui le surprend, une nuit, en train d’effectuer des pas de danse…

                                             

Le chien de Noureev est un beau petit texte, léger et agréable à lire malgré certaines longueurs au milieu de l’histoire. Les références littéraires et musicales sont nombreuses. Les amateurs de danse et de ballets russes, adolescents ou adultes, seront sans doute enchantés par cette lecture !

Un cochon pour la vie, du même auteur et publié chez le même éditeur, est également un beau petit roman, illustré avec goût.

HEIDENREICH, Elke, Le chien de Noureev, Editions Sarbacane, 2007.

« Madame Gargouille » d’Orianne Charpentier

Ezéchiel, 13 ans, aime bien faire les pires vacheries dans son immeuble pour embêter la concierge, une vieille femme ridée et méchante que lui et ses copains surnomment Gargouille.
Pourquoi Gargouille ? Parce que quand elle n’est pas contente, elle grogne. Et chacun de ses grognements ressemble à un gargouillis.
Alors, le jour ou Ezéchiel doit se rendre chez la Gargouille avec Lucie, sa petite sœur de six ans, parce tout va mal entre ses parents et qu’il n’y a personne pour les garder, il se sent très mal à l’aise… Petit à petit, il s’aperçoit que, malgré les apparences, Madame Gargouille n’est pas si méchante que cela. Elle est même très humaine et très attentive. Elle console le jeune homme qui se sent mal dans sa peau depuis que son père est parti de la maison. Elle répond aussi à ses questions, le rassure, lui qui doute beaucoup, se trouve trop grand, maladroit (notamment avec les filles…) et se compare à une asperge.
La loge de madame Gargouille devient petit à petit un refuge pour Ezéchiel qui se rend compte qu’il a très mal jugé la vieille dame.

                                             

A la lecture de ce « résumé », vous allez peut être vous dire : « encore un roman jeunesse sur le divorce des parents et le mal être des enfants en pleine période de puberté ». Oui, c’est vrai, le sujet est classique mais il est traité avec beaucoup d’humour et de sensibilité. La fin du roman mérite un mention spéciale pour son originalité. A la place de la facilité et du classique « tout va bien dans le meilleur des mondes », Orianne Charpentier, dont c’est le premier roman jeunesse, a préféré faire preuve d’imagination.

CHARPENTIER, Orianne, Madame Gargouille, Gallimard jeunesse, 2006.

Un bel hommage aux lycéens

En ce moment, je suis en train de lire Une veuve de papier de John Irving. C’est un bon roman mais le problème, c’est qu’il est gros et que depuis trois jours, j’ai acheté Un endroit pour vivre. J’ai découvert Jean-Philippe Blondel il y a peu et en ce moment, je dévore tous ces livres les uns après les autres. Alors voilà, hier soir, j’ai craqué. J’ai abandonné momentanément mon « pavé » pour ce court texte publié dans un collection pour adolescents où les textes sont destinés à être lus à voix haute.

Le narrateur a 16 ans. C’est un jeune homme sans histoires, plutôt réservé, qui aime être en retrait et préfère observer le monde dans lequel il vit plutôt que parler. Un jour, il assiste à une réunion avec tous les délégués de classe et leurs suppléants. Le nouveau proviseur fait remarquer que depuis quelques années les résultats aux examens baissent. Sa conclusion est la suivante : avant d’être un lieu de vie, le lycée est un lieu de travail. Il prend donc une « avalanche de mesures de rétorsion » : « Tenue impeccable, plus personne d’assis dans les couloirs, interdit de trainer dans les bâtiments, plus question non plus de « se frotter » – c’est le terme qu’il a employé – sur les bancs, les pelouses, n’importe où dans l’enceinte de l’établissement. Retour aux mots clés de la réussite : travail, discipline et correction » (p.36). Le narrateur pense que ses camarades vont réagir, qu’ils ne vont pas se laisser faire mais tout le monde encaisse sans broncher, même si beaucoup ne sont pas d’accord avec cette série de mesures.
Puis, en cours d’anglais, suite à une remarque d’un professeur, le déclic se produit. Le jeune homme décide de prendre le caméscope de son père et de filmer tout ce qui se passe autour de lui, dans le lycée. Les lycéens sont là pour travailler, d’accord, mais pourquoi toujours séparer vie et travail ?

 

Jean-Philippe Blondel est prof d’anglais dans un lycée et dans Un endroit pour vivre il rend un bel hommage aux lycéens, à leur joie de vivre, à leur force, à leur sensibilité, à leurs amours, leurs amitiés, à leur vie tout simplement. Il fait également quelques clins d’œil à son métier d’enseignant : c’est suite à un remarque de son prof d’anglais que le jeune narrateur prend la décision de filmer des moments de vie de ses camarades.

A la lecture de ce livre, je me suis faite la réflexion suivante : c’est vrai, on a trop souvent tendance à regarder nos élèves comme des jeunes gens qui sont là pour apprendre et on oublie parfois qu’ils ont une autre vie que celle d’élève. Avant d’être écoliers, collégiens ou lycéens, ils sont enfants ou adolescents comme nous sommes hommes ou femmes avant d’être enseignants.

BLONDEL, Jean-Philippe, Un endroit pour vivre, Actes Sud Junior, 2007.

« Ta photo dans le journal » de Marie Brantôme

Tout commence par une scène tragique : Pierrot gît par terre, son sang coule, il a reçu un coup de couteau dans le ventre. La mère Pinsart affirme au médecin appelé en urgence que c’est un accident, que Pierrot s’est blessé avec le couteau. Mais pour Laure, la narratrice, il s’agit bel et bien d’un meurtre : « Le médecin me jette un coup d’œil a la dérobée. Un pli soucieux barre son front. Que pense t-il ? A-t-il lu le message qu’affirme mon regard ? Un seul. « Assasins. » ».
Que s’est-il passé ? Comment en est-on arrivé à un évènement aussi tragique ? Pour répondre à ces questions, Laure, va revivre ses deux mois de vacances chez les Pinsart, de vagues connaissances de ses parents chez qui elle a été envoyée pour respirer le grand air, après la Seconde Guerre mondiale.
La jeune fille raconte son arrivée dans la famille et son amitié avec Pierrot, 13 ans, un garçon de l’assistance publique que les Pinsart ont recueilli pour faire les corvées pendant les vacances.  Dès les premières minutes, elle s’est aperçue que Pierrot était maltraité et humilié par toute la famille, et notamment par Francia, la fille du couple qui, à 30 ans, vit toujours chez ses parents parce qu’elle est handicapée mentale. Francia est la bonne à tout faire dans la maison (ménage, linge, repas…). Ellle est elle-même maltraitée par sa mère. D’une certaine manière, elle reproduit ce mauvais traitement sur Pierrot. De plus, elle est jalouse de l’amitié qui s’est nouée entre le jeune homme et Laure.

 

Ta photo dans le journal est un beau roman qui parle d’un thème difficile, la maltraitance. Même si l’histoire se passe juste après la Seconde Guerre mondiale, c’est un sujet toujours d’actualité. Laure est une jeune fille intelligente et sensible qui, notamment en raison de son éducation, ne va pas se laisser aller à la facilité en laissant Pierrot seul face aux Pinsart. Dès le départ, elle se sent mal à l’aise et prend sa défense. Avec beaucoup d’humour et de finesse, elle réussit à lui éviter certaines humiliations. Elle lui redonne également confiance en lui, en lui apprenant à lire et à écrire par exemple.


Ce roman fait partie des coups de cœur de Mireille.

BRANTOME, Marie, Ta photo dans le journal, Seuil, 2007.

Entre tradition et modernité

Un titre en forme de question, Pourquoi ?, et des bougies sur un fond blanc en guise de première de couverture : surprenant pour un roman qui traite d’un sujet aussi difficile que l’excision, non ? C’est la seule chose qui m’a dérangée dans ce livre. Je me dis qu’il risque d’attirer de jeunes lecteurs, pas du tout préparés à ce genre de sujet. Ceci dit, Moka signe encore une fois un beau roman (et, bien souvent, ce ne sont pas les auteurs qui choisissent leur première de couverture !).

Wafa, 14 ans, vit à Cherbourg avec ses parents, ses frères et sœurs, sa grand-mère, son oncle et sa tante et ses cousins. Toute la famille est originaire de Somalie et Nawal, la grand-mère fait tout pour conserver les traditions, les bonnes comme les moins bonnes, celles qui sont autorisées comme celles qui ne le sont pas. Elle règne en maître sur la famille et personne n’ose remettre en question son autorité. Alors, quand Wafa comprend, à l’approche des six ans de sa petite sœur, Makeda, que l’heure est venue pour celle-ci d’être soumise à l’effroyable tradition de l’excision, elle décide de s’enfuir avec elle pour la protéger. Les deux fillettes se retrouvent seules à Paris. Où aller ? Où manger ? Où dormir ?

Pendant ce temps, à Cherbourg, les frères de Wafa se posent beaucoup de questions. Pourquoi la jeune fille, si respectueuse de la famille, si travailleuse à l’école comme à la maison, a t-elle disparu ? Pourquoi les adultes ne veulent-ils pas leur dire la vérité ? Pourquoi ne préviennent-ils pas la police ? Les garçons, et surtout Cali, le plus grand, se sentent écartelés entre le respect des traditions et de la famille et l’envie de découvrir la vérité, de ne pas laisser la grand-mère, Nawal, décider de tout.

                                                     

Ce roman dénonce la soumission des femmes à leur mari et à leur famille ainsi qu’à des traditions inhumaines dans certaines sociétés africaines. Il montre deux mondes séparés qui vivent l’un à côté de l’autre sans chercher à se comprendre : celui des hommes et celui des femmes. Mais heureusement, les jeunes générations forcent la marche vers la modernité : l’école et l’éducation y sont pour beaucoup. A mon sens, le guérisseur, appelé pour chasser un démon, a un rôle primordial dans cette histoire. Il montre qu’il est possible de trouver un équilibre entre tradition et modernité. En effet, ce guérisseur soigne grâce aux plantes, comme en Afrique, mais il est aussi parfaitement intégré à la société moderne : ses filles font des études, elles ne seront pas mariées de force, etc.

Fille des crocodiles de Marie-Florence Ehret dénonce également l’excision des petites filles.

MOKA, Pourquoi ?, L’école des loisirs, 2006.

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