Ce qui nous revient – Corinne Royer

Louisa Gorki est âgée de 10 ans lorsque sa mère disparaît, la laissant seule avec son père. Soprano, Elena a l’habitude de partir de la maison pour quelques jours. Les récitals font partie intégrante de la vie de cette famille d’artistes. La fillette ne s’inquiète donc pas, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que l’absence est bien plus longue que d’habitude. Nicolaï, son père, est un peintre sans réel talent. Il imite des Cocteau qu’un riche intermédiaire, aussi alcoolique qu’excentrique, essaie de revendre à prix d’or. Le vie de Louisa et de ses parents était déjà assez atypique. Quand sa mère disparaît, son père sombre dans l’alcool et la dépression. Nicolaï finit par avouer qu’Elena, enceinte d’un enfant trisomique, était partie se faire avorter. Visiblement, elle ne s’en est pas remise.

Louisa grandit et poursuit des études de médecine. Dans le cadre de sa thèse, elle rencontre Marthe Gautier, une vieille dame qui a joué un rôle capital dans la découverte du chromosome surnuméraire de la trisomie 21. A l’époque, à la fin des années 1950, elle se fait voler son travail par un autre médecin, Jérôme Lejeune. Si le nom de cet homme ne vous est pas inconnu, c’est normal. Il est aujourd’hui décédé mais sa fondation, contre l’IVG et proche de la manif pour tous, finance les avocats des parents de Vincent Lambert. Il n’est cependant pas du tout question de cette affaire dans le roman mais uniquement de Marthe Gautier, découvreuse oubliée, qui a obtenu une reconnaissance tardive de son travail.

La langue de Corinne Royer est riche et de qualité. Son style est très élégant, un peu trop même dans certains passages. L’auteur mêle fiction parfois fantasque et réalité. Ce qui est passionnant, c’est la réhabilitation de Marthe Gauthier. Ce qui concerne les circonstances de sa découverte et l’attitude de la communauté scientifique masculine. Les dents longues de Jérôme Lejeune et de son entourage également. Le personnage de Louisa, par contre, est inventé et son parcours m’a peu intéressée. La quatrième de couverture qualifie le drame familial de bouleversant. J’y suis restée assez insensible et le dénouement m’a paru tiré par les cheveux. Contrairement à ce à quoi je m’attendais, le lien entre Marthe et Louisa est peu exploité. Dommage !

ROYER, Corinne, Ce qui nous revient, Actes Sud, 2019.

4 réflexions sur « Ce qui nous revient – Corinne Royer »

  1. Un médecin qui défend la vie à tout prix, mais qui n’est pas regardant sur sa propre moralité ! J’ai l’impression que les livres se multiplient sur les femmes que l’on a spoliées de leurs découvertes. Il est grand temps …

    1. Oui, c’est scandaleux. Le problème c’est que son association a beaucoup de soutiens financiers et peut donc se permettre beaucoup de choses. Je me demande comment il est encore possible, à notre époque, de penser ainsi.

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