Crime d’honneur – Elif Shafak

Iskender, l’enfant chéri, celui à qui on pardonne tout depuis sa naissance, a tué sa mère. Pourquoi ? Le lecteur l’apprendra au fil des pages. En tous cas, dès le départ, une chose est certaine : c’est son honneur et celui des siens qui a poussé celui qui n’était alors qu’un adolescent à commettre un tel acte. Depuis, il purge sa peine derrière les barreaux.

A travers ses mots, ceux de sa soeur Esma et de son frère Yunus mais aussi grâce à un narrateur omniscient, c’est toute l’histoire de la famille Toprak que l’on découvre. Kurdes originaires de Turquie, les parents ont émigré à Londres en 1970.

La mère, Pembe, a grandi dans une famille nombreuse où il n’y avait que des filles. Sa soeur jumelle, Jamila, est restée au pays où elle est guérisseuse. Elles s’écrivent souvent mais souffrent d’avoir des destins si diiférents, elles qui sont si complices depuis leur plus tendre enfance. Après plusieurs années en Angleterre, Pembe ne comprend toujours pas la langue. Elle n’arrive pas non plus à comprendre la façon de se comporter ou de s’habiller des occidentaux.

Le père, Adem, dépense son argent dans les jeux et abandonne sa famille du jour au lendemain pour aller vivre avec une femme qui n’hésitera pas à l’abandonner quand elle en aura envie. Il ne donne plus de nouvelles à sa femme et à ses enfants et les laisse se débrouiller seuls. Alors que Pembe reste ancrée dans les traditions orientales, lui se jette à corps perdu dans les mirages de l’occident.

C’est à partir du moment où son père quitte le foyer qu’Iskender commence à changer. Il n’a plus les mêmes fréquentations et impose ses décisions à sa mère, à sa soeur et à son frère sans que ceux-ci aient la possibilité de discuter. Conserver sa liberté dans une famille où les traditions ont un tel poids s’avère très difficile. Esma, par exemple, finit par se taire quand son frère lui impose le silence. Pembe, elle, va jusqu’à quitter son travail parce que son fils lui ordonne de rester enfermée dans l’appartement.

Mais tout cela ne suffira pas et n’empêchera pas Iskender de commettre l’irréparable…

Crime d’honneur fait partie de la sélection d’avril du prix Relay des voyageurs et je dois dire que c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai lu ce nouveau roman d’Elif Shafak. Son intérêt réside essentiellement dans l’histoire de cette famille d’émigrés. Pour les parents, l’adaptation est très difficile. Pour les enfants, c’est déjà nettement plus facile même si leur culture d’origine garde une place prépondérante, pour le meilleur commme pour le pire. 

Bien entendu, leur vie d’adulte est marquée à jamais par le crime commis par Iskender. C’est d’ailleurs à sa sortie de prison que le roman se termine, dans un ultime rebondissement que je n’ai pas vu venir et qui donne une tonalité encore plus tragique à cette destinée familiale.

SHAFAK, Elif, Crime d’honneur, Phébus, 2013.

6 réflexions sur « Crime d’honneur – Elif Shafak »

  1. J’ai beaucoup aimé « La bâtarde d’Istanbul » et celui-ci est dans le même genre. Par contre, j’ai vraiment été déçue par « Lait noir ».

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