Dans les pas d’Alexandra David-Néel : Du Tibet au Yunnan – Eric Faye et Christian Garcin

Alexandra David-Néel : ce nom est synonyme pour moi de rêve, d’aventure, de liberté, de grands espaces, d’exploits, de courage, de ténacité et d’une vie hors-du commun. Pour ceux qui ne la connaissent pas, elle est la première femme européenne à avoir séjourné à Lhassa. En 1924, la ville était interdite aux étrangers. C’est donc déguisée en mendiante que l’aventurière a vécu pendant deux mois dans la capitale tibétaine en compagnie de son fils adoptif Aphur Yongden. Durant une grande partie de sa vie, Alexandra David-Néel a parcouru le Yunnan et le Tibet dans des conditions extrêmes, que ce soit en raison du climat ou des multiples dangers liés à la nature, aux guerres, aux maladies ou encore à la criminalité.

C’est sur ses traces qu’Eric Faye et Christian Garcin sont partis. Mais là où l’aventurière marchait pendant des mois et des mois, vivant dans des conditions extrêmement rudes et risquant sa vie, les deux hommes prennent le train et franchissent les plus hauts cols dans des wagons pressurisés. Ce voyage est l’occasion pour eux de revenir sur la vie de cette femme incroyable, de mesurer les évolutions depuis presque un siècle et d’inspecter le désastre. Le lecteur qui s’intéresse un tant soit peu à la région n’apprendra rien de nouveau : la sinisation du Tibet a fait son œuvre et le tourisme de masse a mis à mal son authenticité. Un nombre incroyable d’immeubles sont construits, à tel point que l’on se demande s’ils seront tous habités. La présence policière est importante, l’opposition muselée.

Les auteurs, comme bon nombre d’occidentaux, regrettent ce Tibet à jamais perdu. Sur notre planète, il est désormais impossible de découvrir des territoire vierges, jamais foulés par les pas d’un étranger. Seule la ferveur religieuse laisse deviner ce que pouvait être le Tibet du siècle dernier. La barrière de la langue fait cependant que certaines choses restent inaccessibles. Alexandra David-Néel, elle, était capable de communiquer avec les autochtones.

Écrit à quatre mains, Dans les pas d’Alexandra David-Néel fait voyager le lecteur dans les monastères, au bord des lacs, et dans des paysages somptueux. La poésie n’est pas loin et permet de contrebalancer un peu l’état des lieux des ravages de notre siècle. Ce récit qui, je le répète, n’apprendra pas grand chose aux amateurs d’Alexandra David-Néel et du Tibet, m’interroge une fois encore sur le paradoxe du touriste qui déplore la perte de l’authenticité tout en étant bien content de profiter du confort de la modernité. Eric Faye et Christian Garcin ne manquent d’ailleurs pas d’ironie à ce sujet.

FAYE, Eric, GARCIN, Christian, Dans les pas d’Alexandra David-Néel : Du Tibet au Yunnan, Stock, 2018.

12 réflexions sur « Dans les pas d’Alexandra David-Néel : Du Tibet au Yunnan – Eric Faye et Christian Garcin »

  1. J’ai l’intention de le lire, même si je sais que je n’apprendrai rien de nouveau. Le plus terrible ici n’est pas le tourisme de masse, mais la destruction d’une culture par un pays occupant. Quand la génération du Dalaï-Lama aura disparu, je crois qu’il ne restera plus grand chose.

    1. Oui, le sujet est évoqué à plusieurs reprises et bien entendu, comme tous, les auteurs le déplorent. Je rêve d’aller dans l’Himalaya mais si j’arrive à l’exaucer ce ne sera sans doute pas au Tibet : pour la raison que tu évoques et à cause du tourisme de masse.

  2. Ah mais je pensais que c’était vraiment tourné vers la vie d’ADN. Bon, je vais le lire quand même mais eux-même prennent le train si je comprends bien, ce qui signifie qu’ils sont passés par Pekin et ont souscrit à toutes les injonctions de l’occupant. Nous, nous avons fait l’impasse sur la semaine au Tibet qu’on aurait bien aimé s’organiser en partant du Népal parce que nous n’avons pas voulu rentrer dans le système (mais nous sommes allés en Birmanie en toute conscience…). Et je suis curieuse de savoir ce qu’il disent de ce tourisme tant décrié parce qu’au Népal (et en Birmanie aussi d’ailleurs), point de tourisme de masse en dehors de KTM et point d’hotel à touriste non plus d’ailleurs (j’en garde des souvenirs mémorables…).

    1. Le Népal, le Ladakh, le Bouthan, la Birmanie, ce sont des endroits que je rêve de visiter.
      Tu n’apprendras pas grand chose sur ADN avec ce livre, surtout si tu as lu ses écrits ! Tu as bien compris, les deux hommes voyagent en train. Je ne sais pas si on peut dire qu’ils ont souscrit aux injonctions de l’occupant. Ils n’avaient sans doute pas trop le choix. Ou alors il fallait renoncer à ce projet.
      Je suis curieuse de connaître ton point de vue sur ce livre en tous cas.

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