Écoutez nos défaites – Laurent Gaudé

Assem travaille pour les services de renseignements français. Sans attaches, il parcourt le monde accomplissant des missions dangereuses et mettant sa vie en péril. Il a vu des gouvernements tomber, des hommes ne jamais se relever et des vainqueurs finir vaincus. Tout cela pourquoi ?  Les années passent et Assem est désabusé. « qu’avons nous réussi ? A quoi obéissons-nous ? » (p.204) : ces questions tournent en boucle dans son esprit.

Mariam, archéologue irakienne, est passionnée par son métier. Elle lutte pour sauver les vestiges du passé que les fous de Dieu aimeraient bien voir disparaître à jamais. Notre histoire, notre passé, nos racines, c’est ce qui nous permet de mieux comprendre le monde. Et ces hommes là ne veulent surtout pas que l’être humain pense par lui-même.

Le temps d’une nuit, Assem et Mariam unissent leurs corps et leurs âmes. Il ne leur faut pas longtemps pour se reconnaître. Ces deux là sont unis par un même sentiment, celui de la défaite. Le combat est plus que jamais nécessaire mais la défaite est inéluctable. Parce qu’il faut aller loin, toujours plus loin, beaucoup trop loin pour espérer gagner : « la défaite. Ce sentiment que quelque chose se présente qui vous engloutira et à quoi on ne peut se dérober. » p.190. Ce ne sont pas Hannibal le carthaginois marchant sur Rome, le Général Grant commandant les nordistes pendant la guerre de Sécession ou l’empereur éthiopien Hailé Sélassié luttant contre ceux qui veulent prendre le pouvoir qui diront le contraire.

A la manière d’une épopée, Écoutez nos défaites met en lumière le rouleau compresseur du temps qui passe et la part d’ombre de chaque vie humaine. Le ton est mélancolique et le propos forcément sombre. On reconnaît aisément la plume de Laurent Gaudé, ce souffle si caractéristique, son talent pour sonder l’âme.

Je n’ai cependant pas été totalement conquise. J’ai eu du mal à me faire aux passages sans transition de l’histoire d’Assem à celle de Mariam, du Général Grant, d’Hannibal ou d’Hailé Sélassié. Mes maigres connaissances historiques sur ces périodes n’ont pas aidé non plus, il faut bien le dire. Je me suis plus attachée aux deux personnages contemporains qu’à ceux du passé. Ces quelques réserves mises à part, Écoutez nos défaites est un beau roman que l’on referme, puisque la défaite est inéluctable, en se recentrant sur l’essentiel.

GAUDÉ, Laurent, Écoutez nos défaites, Actes Sud, 2016.

16 pensées sur “Écoutez nos défaites – Laurent Gaudé”

  1. c’est le premier Gaudé que j’ai abandonné et pourtant je lisais la version audio lue par Pierre François Garel qui lit très bien Gaudé et cet auteur se prête d’habitude très bien à la lecture à voix haute mais j’ai été complètement perdue entre les différentes partie, j’ai eu l’impression que Gaudé voulait mettre dans un même roman tous les genres qu’ils affectionnait… Raté pour moi…

    1. J’étais moi même un peu perdue en version papier alors j’imagine ce que ça peut être en audio. Il y a des livres qui se prêtent plus que d’autres à être écouté.

      1. Oui, Enna s’est trompée. Comme moi, elle apprécie beaucoup vos lectures et il y a eu confusion autour de ce titre. Merci de votre passage ici.

    1. Il faut juste trouver un moment où tu n’es pas trop fatiguée, où ton esprit est suffisamment disponible pour être concentré sur la lecture et tu arriveras à suivre sans problème.

    1. Cri me tente moins en raison de son sujet. Cette période de l’histoire est beaucoup traitée en littérature et j’ai donc pas mal lu sur le sujet.

  2. J’ai un peu peur de me lancer dans ce roman justement pour ces raisons que tu évoques en fin de billet, peur de m’y perdre peut-être… Mais je le lirai, c’est Gaudé quand même <3

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