Einstein, le sexe et moi – Olivier Liron

Autiste Apserger, l’auteur/narrateur raconte son passage à l’émission de télévision Questions pour un champion, sur France 3, en 2012. Quand on n’est pas fan de Julien Lepers, l’animateur du jeu, se lancer dans une telle lecture peut faire peur. Pas de crainte cependant, l’écriture rend l’ensemble agréable à lire.

Rythmé par les questions/réponses des candidats, le roman met l’accent sur l’humour et réussit à maintenir un certain suspens quant à l’issue du jeu. Le comportement des participants et le ressenti d’Olivier Liron sont disséqués avec beaucoup de distance critique. L’être humain est souvent décevant, on le sait. Einstein, le sexe et moi en montre quelques exemples bien choisis.

A côté des passages sur l’émission télévisée, par association d’idées, Olivier Liron partage certaines de ses expériences personnelles. Dès lors, le récit se fait plus intime et le lecteur ne peut rester insensible face à la bêtise de ceux qui ne respectent pas la différence.

« Ils se sont moqués de moi parce que j’étais différent. Ils m’ont appelé Forest Gump parce qu’ils disaient que j’avais un regard de fou. Mais j’ai l’instinct de survie. Ce que vous m’avez refusé en papillons, je vous le rendrai en tonnes de chenilles urticantes. » p. 174

L’écriture, la poésie, la danse, la soif de connaissances semblent être de véritables bouées de sauvetage pour Olivier :

« Je me suis rempli la tête d’informations pour peupler ma solitude. Pour oublier l’essentiel, pour dompter l’absence et le chagrin. Comme si apprendre des milliers d’informations sans queue ni tête, peupler la mémoire était un réflexe de survie. » p. 124

« Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma solitude à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d’un long hurlement. Ma forteresse à moi est imprenable. Et j’en suis le prisonnier. » p.152

Ces mots sont forts, durs, mais la tonalité générale du roman est plus légère -du moins en apparence-, plus humoristique. Les passages les plus personnels sont ceux qui m’ont marquée alors qu’ils sont finalement assez rares et surtout peu exploités. J’aurais aimé que l’auteur aille plus loin dans sa réflexion, développe sa soif de revanche, ne fasse pas qu’effleurer ces questions importantes que sont la dictature de la norme et l’exclusion. Une déception donc, accentuée par le fait que le roman bénéficie d’un joli succès sur les réseaux sociaux. J’en attendais plus même si j’ai quand même pris plaisir à le lire.

LIRON, Olivier, Einstein, le sexe et moi, Alma Éditeur, 2018.

25 réflexions sur « Einstein, le sexe et moi – Olivier Liron »

  1. J’ai l’intention de le lire mais pas tout des suite. Je voudrais justement laisser passer ce flot de billets positifs et mettre la barre moins haut.

    1. C’est le problème de ces livres à succès. On en attend beaucoup et on est parfois déçu.Je pense par exemple, dans un tout autre genre, à La Tresse de Laetitia Colombani qui fait pas mal débat aussi.

    1. Merci ! Je te souhaite également de belles fêtes de fin d’année, en espérant que l’atmosphère ne soit pas trop morose étant donné ce qui s’est passé par chez toi…

  2. Je découvre pour ma part l’existence de ce livre. Une belle idée…questions pour un champion…il y en aurait à dire sur cette chose là ! Et je parie qu’il a fait un carton à l’émission en plus ! Belle fin d’année !

    1. Merci de ton passage ici. Cela me fait plaisir, d’autant plus que tu es bien occupé en ce moment. Je te souhaite également une bonne année, en espérant que tu te plaises dans cette nouvelle région.

  3. Un livre qu’on voit beaucoup et qui a un succès fou, je crois que dans les avis que j’ai vu partout, tu es la première à émettre des bémols. Je ne sais pas encore si je vais le lire.

La parole est à vous !