En finir avec Eddy Bellegueule – Édouard Louis – Lu par Philippe Calvario

En finir avec Eddy Bellegueule a fait couler beaucoup d’encre l’année dernière, au moment de sa sortie. Tellement même que je n’avais plus envie de le lire. L’impression d’en savoir déjà beaucoup trop sur le livre. Et puis, sans doute, la peur de ce que je pourrais ressentir.

Il y a d’un côté ceux qui adorent et se retrouvent de près ou de loin dans ce transfuge de classe. Et de l’autre ceux qui détestent, se sentent mal à l’aise face à ce récit autobiographique ou pensent que l’image du milieu social dont il est question ici est caricaturale. Cette version audio m’a très vite permis de comprendre que je ferai plutôt partie de la première catégorie.

Édouard Louis raconte dans ce roman son enfance dans la campagne picarde. Très jeune, il comprend qu’il est différent des autres et fait tout pour ressembler aux garçons de son milieu. Ses parents, eux, n’acceptent pas ses manières efféminées et ses goûts différents. Les mots qu’ils prononcent à son égard sont aussi violents que des gifles ou des coups. Misère, alcoolisme, racisme puis, au collège, harcèlement en raison de son homosexualité, font partie du quotidien d’Eddy Bellegueule. Certaines scènes sont d’une violence effroyable, tant sur le plan physique que psychologique.

Le milieu décrit par Édouard Louis, je l’ai côtoyé de loin pendant mon enfance dans la campagne normande. J’en perçois encore aujourd’hui quelques signes chez certains de mes élèves. Et je sais à quel point ce qu’il raconte est vrai, à quel point ce monde est difficilement compréhensible. Les mots  sont souvent vains. Le fossé qui nous sépare infranchissable.

On a comparé Édouard Louis à Annie Ernaux. Si la seconde a nettement ma préférence, je ne peux qu’être admirative devant ces écrivains qui n’hésitent pas à se mettre à nu et à essayer de comprendre leur milieu et leur parcours.

J’ai beaucoup aimé le texte, le lecteur de la version audio m’a nettement moins convaincue par contre. Contrairement à Enna, Sylire et Sandrine, je trouve que certaines intonations sont forcées et que la lecture manque de naturel. Reconnaissons tout de même que la tâche était rude pour Philippe Calvario. Passer du langage populaire à un langage plus classique aussi fréquement n’est pas chose aisée.

Je pense que j’aurai beaucoup de mal à classer ce titre par rapport aux autres de la sélection du prix audiolib 2015. C’est un livre à part, inclassable. Il est impossible pour moi d’avoir un coup de coeur en raison du sujet. En revanche, je pense qu’il est important de le lire et de le faire lire.

LOUIS, Édouard, CALVARIO, Philippe, En finir avec Eddy Bellegueule, Audiolib, 2014.

14 pensées sur “En finir avec Eddy Bellegueule – Édouard Louis – Lu par Philippe Calvario”

  1. Je préfère l’avoir lu qu’écouté ; c’est un livre dérangeant, mais je n’ai pas mis en doute ce qu’il raconte, j’ai connu aussi ce milieu là, même si je n’étais pas dedans.

  2. Oui, c’est un livre qui met mal à l’aise car ce qu’il raconte est vrai. On se demande comment il est possible de vivre ça, comment on peut se construire, etc. Et des Eddy Bellegueule, il y en a encore aujourd’hui et il y en aura encore demain, malheureusement.

  3. comme tu le sais, je fais partie de ceux qui ont été très marqués par ce roman. J’en ai fait un coup de coeur mais plus coup de poing et je le porte encore en moi car j’ai parfois eu l’impression qu’il avait été écrit dans la ville où j’enseigne… Pas un livre facile c’est sûr mais un livre fort.

  4. Je crois qu’il est sorti en livre de poche, je vais le lire. L’audio ne me tente pas du tout surtout pour ce genre de lecture. Comme toi j’ai besoin d’attendre un peu car c’est vrai il a été très très présent sur la blogosphère du coup je connais déjà toute l’histoire Mais c’est un incontournable je pense. Je suis fan aussi de Ernaux.

  5. J’en garde un très bon souvenir de lecture, comme un livre très marquant. Je ne regrette pas du tout de l’écouter bientôt, en espérant que je n’aurais pas les mêmes impressions que toi …

  6. Je l’ai lu aussi, à sa sortie, j’avoue que ce n’est pas un livre qui m’a marquée, même si je l’ai lu d’une traite, ce que tu en dis me donne envie de le relire !

  7. Je l’ai lu avant d’avoir eu vent d’autres avis. Je l’avais repéré @La grande Librairie, son discours m’avait profondément touché et la mise à nue également pendant l’émission était émouvante. J’ai donc acheté le livre. Pour ma part j’ai été déçue, mais pas pour les raisons évoquées chez d’autres. Je veux vraiment bien croire que ce qu’il décrit est vrai et pour habiter en banlieue difficile ainsi que pour avoir habité dans le Nord, je n’ai pas du tout été surprise et je suis convaincue que ce n’est pas une description caricaturale. Personnellement j’ai été déçue par la qualité littéraire du texte car il avait été présenté comme un écrivain hors norme et ce n’est pas ce que j’ai lu ou ressenti. Là où je te rejoins c’est qu’il est admirable d’oser dire et décrire cela, que j’ai eu mal à la lecture pour cet homme et que ce genre de témoignages doit être lu pour faire avancer les mentalités.

  8. Je fais partie de celles qui ne l’ont pas encore lu (je ne sais pas si il y en a beaucoup), on en a beaucoup trop entendu parler lors de sa sortie, j’aime lire une fois que tout se calme. Reste à savoir de quel côté je serai.

  9. je suis de plus en plus difficile en livres audio. Et certains livres ne se prêtent pas du tout à la lecture, il faudrait l’admettre et ne pas tout coller en livre audio… J’avais aimé la version papier sans en faire son apologie.

  10. C’est un livre qui choque par sa violence physique et symbolique mais aussi parce qu’on ne soupçonnerait presque pas que cette misère intellectuelle existe encore en France.Ce livre m’a fait du mal mais je l’ai trouvé brillant.

La parole est à vous !

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