Fils du feu – Guy Boley

Dès son plus jeune âge, il observe son père dompter le fer sous le feu de la forge. Assis sur un tas de ferraille, il regarde les coups de marteau qui frappent l’enclume au rythme des battements de son cœur. Le feu brille, les braises jaillissent. Jacky, l’employé taiseux dont on ne sait presque rien, impressionne l’enfant par sa force et sa prestance.

Quand il n’est pas à la forge, il observe sa mère et les femmes du quartier laver le linge dans de grandes bassines, le frapper, le tordre puis l’étendre en espérant que le vent ne charriera pas des poussières qui pourraient le salir. Assis sur un muret, il regarde sa grand-mère dépecer les grenouilles. Dans le dépôt voisin, les locomotives à charbon vont et viennent.

Au détour d’une page, à l’occasion d’une anecdote, on apprend que cet enfant s’appelle Jérôme. Son prénom n’est cité qu’une seule et unique fois.

Son enfance est ternie par la mort de son frère cadet tout juste âgé de cinq ans. Le père noie son chagrin dans l’alcool, s’absente de plus en plus, s’éloigne de sa femme et de son fils. La mère sert le couvert à chaque repas comme si le défunt était toujours en vie. Le soir, elle le borde et embrasse l’oreiller. La sœur quitte la maison. Jérôme grandit tout seul, continuant à soutenir cette mère qui se perd dans la folie.

Avec une écriture poétique qui suggère plus qu’elle n’explique, Guy Boley conte le destin d’un enfant qui se construit comme il peut au milieu d’un deuil et d’une famille submergée par le chagrin. La dernière partie, consacrée à la vie d’étudiant puis d’adulte montre comment le passé forge le présent. Le propos est dur mais il est allégé par la poésie et l’auteur ne tombe jamais dans le pathos.

Fils du feu est le roman d’une vie mais aussi celui d’une époque, celle de la France des années 1950-1970. Le père voit son activité de forgeron décliner, les premiers pavillons sont construits, on achète en kit, les trains à vapeur disparaissent peu à peu. Pas de nostalgie mais forcément, pour les adultes, ce n’est pas évident de s’adapter.

Si j’ai été intéressée par l’histoire, c’est d’abord l’écriture qui m’a séduite. Elle est si particulière qu’il faut un certain temps pour s’y adapter mais quelle poésie ! Quel talent de conteur de la part de l’auteur ! Je crois que l’atmosphère de ce roman restera longtemps dans ma mémoire.

BOLEY, Guy, Fils du feu, Grasset, 2016.

17 réflexions sur « Fils du feu – Guy Boley »

    1. Encore une belle découverte faite grâce aux 68 premières fois. Je ne sais pas si je vais rempiler l’année prochaine car c’est très chronophage mais c’est une chouette aventure !

La parole est à vous !