Gabacho – Aura Xilonen

Liborio a fui son Mexique natal dans l’espoir d’une vie meilleure aux Etats-Unis. Clandestin, il vit et travaille dans une librairie hispanique et lit tout ce qui lui tombe sous la main, même ce qu’il ne comprend pas. Son patron, qui le prend pour un idiot et l’appelle par des noms très agréables comme « gros bêta », « oiseau du diable »,  « l’abruti à la mords-moi le nœud » ou « le macaque », a peur qu’il abîme les livres. Liborio attend donc d’être seul, le soir, dans la mezzanine qui lui sert de chambre, pour lire en cachette.

Sur son chemin, il croise quelques personnes agréables mais aussi et surtout l’hostilité : « C’est tous des descendants d’immigrés naturalisés mais ils font quand même la vie impossible à leurs propres compatriotes, à leur propre sang, à leur propre peuple, et renient toutes les origines tatouées dans leurs chromosomes. » p. 92

Liborio enchaîne les galères et n’hésite pas à cogner quand il le juge nécessaire. Pour défendre la jolie voisine sur laquelle il fantasme par exemple. Doté d’une force de frappe hors du commun et doué pour la bagarre, il se fait repérer par un entraîneur de boxe. Mais là encore, les difficultés s’acharnent sur lui. « J’ai jamais vu dans aucun des romans à la con de la librairie, un connard de personnage se mettre à balayer tout le bordel autour de lui. Ni laver des assiettes, ni se couvrir les mains d’ampoules à force de labeurs quotidiens. Ces connards et abrutis d’écrivains, ils voient la vie en mode propret, sans tâches qui pourraient salir leurs pages blanches de merde. » p. 256

Tour à tour drôle, émouvant, révoltant, Gabacho raconte l’histoire d’un enfant des rues intelligent et attachant qui tente de survivre dans un monde qui ne veut pas de lui. Aura Xilonen, très jeune auteur d’origine mexicaine, signe là un premier roman atypique qui donne la parole à un de ceux contre qui on dresse aujourd’hui encore des murs. Méprisé, Liborio est tout à fait lucide sur le regard qui est porté sur lui. Il répond avec une verve incroyable et une soif de vivre insatiable.

Mêlant argot, néologismes, expressions d’une autre époque, vocabulaire cru voire grossier, la plume d’Aura Xilonene peut dérouter au départ. Mais au final, son style foisonnant est un régal dont on ne se lasse pas.

Un roman à découvrir absolument. Une jeune auteure à suivre.

XILONEN, Aura, Gabacho, Liana Lévi, 2017.

12 réflexions sur « Gabacho – Aura Xilonen »

    1. Je l’ai trouvé dans la petite bibliothèque de ma ville. Quelle chance d’avoir une bibliothécaire aussi compétente dans ses choix d’acquisition !

La parole est à vous !