Gabriële – Anne et Claire Berest

Épouse du célèbre peintre Francis Picabia, Gabriële Buffet est une femme indépendante dotée d’une intelligence exceptionnelle. C’est sa vie qu’Anne et Claire Berest, ses arrière-petites-filles, racontent dans ce roman. On pourrait s’attendre à ce qu’elles évoquent des souvenirs personnels ou familiaux mais il n’en est rien. Et pour cause, les deux femmes n’ont jamais connu leur arrière-grand-mère et n’ont obtenu des informations à son sujet que tardivement.

C’est donc à partir d’une documentation sérieuse qu’elles mettent en scène la vie de Gabriële Buffet. Son enfance bourgeoise, sa passion pour la musique et surtout, dès le plus jeune âge, cette indépendance incroyable pour une femme du début du XXème siècle. A l’époque, seuls les hommes pouvaient espérer suivre des études musicales et vivre de leur art. Qu’importe ! Gabriële se bat pour se faire une place et part seule à Berlin -une ville dans laquelle elle ne connait personne- pour pouvoir entrer dans une école. Là-bas, elle compose et se sent libre.

C’est lors de vacances en France dans la maison familiale que la jeune femme rencontre Francis Picabia, un ami de son frère. Ils passent des heures et des heures à parler de peinture et d’art en général et tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre. Rapidement, ils se marient et Gabriële tombe enceinte. Mais les enfants ne les intéressent pas, ils confient leur éducation à d’autres pour mieux se consacrer au travail de Francis. Gabriële est la source d’inspiration du peintre. Elle fait des recherches, questionne l’art pictural, théorise le travail de son mari, le vend auprès des journalistes.

De Paris à New-York en passant par l’Espagne ou le Jura, on suit les pas d’une femme à l’esprit incroyablement vif qui met sa vie au service de celui qu’elle aime. Au point de mettre de côté la réputation sulfureuse de ce dernier ainsi que ses excès toujours plus grands. C’est une véritable plongée dans le milieu artistique du début des années 1900 que nous offre Gabriële. On y croise notamment Apollinaire et Marcel Duchamp, deux amis du couple. On sent toute cette émulation autour de la peinture et de la musique, cette rupture par rapport à la peinture réaliste qui ne se fait pas sans heurts.

Parallèlement à la vie des Picabia, Anne et Claire Berest expliquent leurs liens avec cette grand-mère si passionnée, si éblouie par son mari qu’elle en oublie ses propres enfants. Ici ou là, elles apportent également quelques réflexions sur leur travail d’écriture, une écriture si étroitement mêlée que l’implication de deux auteurs est impossible à détecter.

Un roman à découvrir.

BEREST, Anne, BEREST, Claire, Gabriële, Stock, 2017.

10 pensées sur “Gabriële – Anne et Claire Berest”

    1. Je n’étais pas spécialement attirée non plus et puis je me suis laissée convaincre par une vidéo dans laquelle les deux auteures présentaient leur livre. Je ne regrette pas !

    1. Il n’y a pas besoin de connaître le peintre ‍ pour apprécier le roman. Et le fait qu’ils soit écrit par deux de ses descendantes est intéressant également.

  1. C’est un roman alors et non pas une biographie ?
    Je pense que le sujet peut vraiment m’intéresser. Sur la thématique des « femmes libres » du début XXe, j’ai lu Milena de Jana Cerna, il s’agit d’une biographie de Milena Jesenska connue pour sa correspondance avec Kafka par sa fille. Je recommande vraiment cette biographie, très bien écrite, émouvante sans être mièvre et qui donne une autre image de Milena que celle donnée par les lettres de Kafka. J’ai aussi lu Mina Loy, éperdument par Mathieu Terence, sur l’épouse d’Arthur Cravan. Ce livre est moins bien écrit que Milena, mais la vie de Mina Loy est tout aussi fascinante. On y croise notamment Duchamp et d’autres artistes du début XXe 😉
    En tout cas, merci pour ton billet, je note la référence sur Gabriële, ce livre peut beaucoup me plaire !! 😉

    1. Il y aura forcément des déçus mais c’est un roman intéressant par bien des aspects : sujet, écriture, personnalités de Picabia et de sa femme, etc.

La parole est à vous !