Gen d’Hiroshima – Épisodes 1 à 4 – Keiji Nakazawa

Gen d’Hiroshima, dont le titre original est Hadashi no Gen et signifie Gen le va-nu-pieds, est un manga en dix épisodes qui raconte l’histoire d’un petit garçon et de sa famille juste avant, pendant et surtout après  l’attaque nucléaire d’Hiroshima le 6 août 1945. L’auteur, Keiji Nakazawa, s’est inspiré de sa propre histoire et affirme que 80% de Gen est autobiographique.

Ces deux premières intégrales recouvrent les épisodes 1 à 4. Pour la petite histoire, je ne savais pas qu’il y avait autant de tomes et je pensais avoir la version complète sous la main. J’ai été extrêmement déçue quand je m’en suis rendue compte mais finalement c’est plutôt une bonne chose. En effet, les faits relatés sont tellement difficiles que j’éprouve le besoin de faire une pause avant de me lancer dans la suite.

L’histoire commence au printemps 1945. Les japonais crèvent la faim : ils doivent se serrer la ceinture pour permettre aux soldats qui défendent le pays de manger correctement, leur dit-on. La famille Nakaoka, qui vit à Hiroshima, ne fait pas exception. Les enfants se battent -au sens propre- pour quelques grains de riz. La maman, qui est enceinte, ne mange pas à sa faim et travaille autant qu’elle peut en compagnie de son mari pour gagner quelques yens. Le père, un pacifiste anti-impérialiste, essaie d’éduquer ses enfants avec des valeurs différentes de celles que les autorités assènent à longueur de journée. Pour cette raison, Gen et ses frères sont régulièrement pris à partie par leurs camarades qui n’hésitent pas à les traiter de traître et à leur casser la figure. Pour rétablir l’honneur de la famille, l’aîné décide de s’engager dans l’armée, contre l’avis de toute la famille.

Cette première partie m’a parue un peu longue et surtout très cruelle. La société japonaise est montrée de manière violente, tant du point de vue psychologique que physique. Mais ce n’est rien comparé à ce que se passe pendant et après le bombardement d’Hiroshima. Gen perd une partie des siens et assiste à des scènes atroces. On pourrait penser qu’après un tel évènement, les habitants feraient preuve d’un peu d’entraide et de solidarité mais il n’en est absolument rien. Le récit des souffrances des victimes est absolument épouvantable et la manière dont les survivants son traités ne l’est pas moins. Le rejet social, le marché noir, la délinquance, la criminalité organisée n’en sont qu’à leur début dans le quatrième épisode et laissent présager le pire pour la suite.

Chaque intégrale fait un peu plus de 500 pages et j’ai dû ralentir mon rythme de lecture, faire des pauses pour supporter d’être le témoin de toute cette barbarie. Le trait de Keiji Nakazawa est simple, voire simpliste, mais j’irais presque jusqu’à penser que c’est tant mieux. Un dessin plus travaillé ne rendrait-il pas la lecture plus éprouvante encore ? Je ne regrette cependant pas d’avoir découvert ce manga, notamment pour sa portée critique et les connaissances historiques qu’il apporte.  Et puis, si on réfléchit un peu, le courage dont font preuve Gen et sa famille sont exemplaires et offrent une belle leçon de vie.

« Soyez comme ce blé, fort, même si vous vous faites piétiner… »

NAKAZAWA, Keiji, Gen d’Hiroshima : Intégrale 1, Vertige Graphic,  2016.

NAKAZAWA, Keiji, Gen d’Hiroshima : Intégrale 2, Vertige Graphic, 2016.

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