Ici les femmes ne rêvent pas – Rana Ahmad

Rana a dix lorsque son grand-père lui enlève le vélo qui vient tout juste de lui être offert. La fillette ne comprend pas pourquoi elle ne peut plus pédaler en toute liberté, comme son oncle à qui on vient de donner cette bicyclette qui la rendait si heureuse. Quelques années plus tard, elle doit porter l’abaya au dessus de ses vêtements, le tarha sur sa tête et ses épaules ainsi que le niqab sur son visage. Impossible pour Rana de sortir dans les rues de Riyad pour se promener, que ce soit seule ou avec des amies. Si elle met un pied en dehors de la maison, elle doit être accompagnée par son père ou par son frère. En bonne musulmane, elle fait sa prière cinq fois par jour et suit scrupuleusement la loi dictée par les hommes et la religion.

« Dans ma culture, les lois de la famille interdisent à une femme de s’opposer à un homme » p.53

A la fin du lycée, les parents de Rana la marient avec un homme qu’elle ne connaît pas. C’est le début d’une longue descente aux enfers. La jeune femme part vivre dans la famille de son mari, en Syrie. Même si une partie de sa propre famille vit là-bas, elle est loin de ses parents et de ses frères et sœurs qui habitent toujours en Arabie Saoudite. Sa belle-mère est cruelle, son beau-père tente d’abuser d’elle et elle est condamnée à passer ses journées à cuisiner et faire le ménage.

Rana, qui a été élevée par un père aimant et moins traditionaliste que la plupart des hommes de son pays, rêve de liberté et commence à porter un regard lucide sur la religion. Les violences faites aux femmes ne sont pas rares. La sexualité est un tabou. Les femmes doivent rester vierges jusqu’au mariage mais font régulièrement l’objet d’agressions sexuelles qu’elles n’osent même pas dénoncer puisqu’on les tient pour coupables d’attiser la convoitise des hommes.

« Nous, les filles, grandissons dans la certitude que notre corps est une surface de projection pour les péchés, quelque chose dont nous devons avoir honte, que nous devons voiler, cacher et rendre aussi invisible que possible. […] La conséquence de ce type de pensée, c’est que nous nous haïssons nous-mêmes, que nous avons honte de ce que nous sommes et que l’idée ne nous viendrait pas de prendre les hommes qui abusent de nous pour ce qu’ils sont : des criminels. » p.57

Ce recul sur sa propre vie, Rana l’acquiert au fil des ans. On sait dès le prologue qu’elle se trouve à Cologne, en Allemagne, et qu’elle a donc réussi à fuir son pays. Ici les femmes ne rêvent pas est le récit de sa vie, depuis le jour où on lui prend son vélo jusqu’à son exil en Europe. La jeune femme explique à plusieurs reprises combien l’Internet a joué un rôle important dans son long chemin vers la liberté. C’est grâce au Web qu’elle a découvert l’athéisme et qu’elle a constitué un important réseau qui lui a permis de fuir.

S’il ne se distingue pas par ses qualités littéraires et n’apporte rien de nouveau par rapport à de nombreux autres témoignages sur le sujet, ce livre a le mérite de mettre en avant le combat pour le droit des femmes et d’être courageux. Menacé de mort dans son pays, Rana Ahmad vit toujours avec la peur d’être retrouvée par son frère et tuée. Espérons avec elle que son témoignage apportera de l’aide aux nombreuses femmes qui vivent encore sous le joug des hommes et de la religion.

AHMAD, Rana, Ici les femmes ne rêvent pas, Globe, 2018.

8 réflexions sur « Ici les femmes ne rêvent pas – Rana Ahmad »

    1. Je n’ai pas fait la tournée des blogs depuis un moment, le temps file trop vite ! Je vais quand même aller voir ce que tu en dis !

    1. Oui, effectivement, ce livre peut aider mais je doute qu’il soit facilement accessible en Arabie Saoudite ou en Syrie. Il permet également d’informer sur la situation de femmes dans ces pays là et c’est très important aussi.

La parole est à vous !