Immortelle randonnée : Compostelle malgré moi – Jean-Christophe Rufin

Ceux qui me connaissent savent que j’aime marcher. Je n’ai jamais fait le pélerinage de Compostelle : trop de monde, trop à la mode, pas assez authentique à mon goût. Généralement, quand un nouveau livre sort sur le sujet, je suis assez méfiante. Il y a deux ans, j’ai lu le témoignage d’Alix de Saint-André, influencée par de bonnes critiques de la blogosphère. Cette fois-ci, c’est Keisha et Aifelle qui m’ont mis l’eau à la bouche. 

Jean-Christophe Rufin est parti d’Hendaye et a marché pendant plus de 800 kilomètres à travers le Pays Basque espagnol, la Cantabrie et la Galice pour atteindre Saint-Jacques-de-Compostelle après plusieurs semaines de marche. Il a emprunté le « Chemin du Nord », moins fréquenté que l’itinéraire qui passe par Saint-Jean-Pied-de-Port. Il ne comptait pas écrire de livre -il n’a donc pris aucune note- et était bien ennuyé quand on lui demandait d’expliquer les raisons de son départ.

« J’avais enfilé successivement, pendant les années précédentes, des oripeaux sociaux prestigieux, mais dont je ne souhaitais pas qu’ils deviennent le luxueux linceul de ma liberté. Or, voilà que l’ambassadeur servi en sa résidence par quinze personnes en veste blanche, que l’académicien reçu sous la coupole au son des tambours en venait à courir entre les troncs d’arbres d’un jardin public inconnu pour cacher le plus insignifiant et le plus répugnant des forfaits. Croyez-moi si vous le voulez, mais c’est une expérience utile et je ne serais pas loin de la conseiller à quelques autres. » p.45

Le récit de Jean-Christophe Rufin est constitué de ses souvenirs les plus marquants, ceux que sa mémoire a pris soin de ne pas oublier. Le lecteur n’échappe pas, bien entendu, à la description des multiples douleurs, des pieds qui puent, de la crasse ou des ronfleurs qui empêchent tout le monde de dormir dans les albergue. Mais l’auteur ne s’attarde pas trop sur le sujet, soyons honnête. Il brosse par contre de savoureux portraits d’hommes et de femmes et nous fait part de pensées intéressantes sur les vertus de la marche au long cours. La solitude nécessaire des premiers jours et les vaines tentatives de réflexions sur un certain nombre de sujets. La communion avec la nature, l’acceptation des autres tels qu’ils sont et l’évidence de la marche ensuite. La spiritualité, le regard porté sur le monde enfin.

Immortelle randonnée : Compostelle malgré moi est un livre qui se démarque de ceux -trop nombreux- qui surfent sur la vague commerciale du sujet. Jean-Christophe Rufin y livre un témoignage authentique et profond, vraiment intéressant.

RUFIN, Jean-Christophe, Immortelle randonnée : Compostelle malgré moi, Éditions Guérin – Chamonix, 2013.

13 pensées sur “Immortelle randonnée : Compostelle malgré moi – Jean-Christophe Rufin”

  1. Je ne suis pas vraiment tentée par ce périple à Compostelle. Je préfère marcher tranquillement, sans ampoules aux pieds et douleurs en tout genre. Je n’ai jamais lu d’ouvrages sur le sujet mais pourquoi pas celui-ci dont tout le monde dit le plus grand bien.

  2. Je l’ai lu et ai été agréablement surprise, tout simplement parce que je ne m’attendais à rien ! C’est un livre qui ne cache rien et qui aborde avec beaucoup de justesse un chemin qui n’est plus que religieux.

La parole est à vous !

%d blogueurs aiment cette page :