Johanne

Johanne passe tous les jours devant ce magasin de jouets. Elle n’y prête guère attention, sa fille est adolescente maintenant et elle n’a plus d’enfant dans son entourage. Elle préfère prendre le trottoir d’en face et s’arrêter devant la vitrine du libraire. Nicolas, lui fait un petit coucou quand il l’aperçoit. Johanne est une cliente fidèle. Souvent, elle entre juste pour lui dire bonjour et ressort avec un sac un peu plus lourd.

Pourquoi a t-elle préféré passer devant chez T’es cap de jouer aujourd’hui ? C’est la couleur de ces jolis moulins à vent qui a attiré son oeil peut être. Ou bien le bruit du vent qui s’engouffre dans le plastique et le fait tourner. Tourne tourne petit moulin / Frappent frappent petites mains… La comptine tant de fois entendue et tant de fois chantonnée lui revient en mémoire. Cette époque là est bel et bien révolue. Un parfum de nostalgie plane dans l’air. Johanne est comme aimantée par cette vitrine.

Elle se sent bête, elle n’a aucune raison de rester plantée là. Elle traverse la rue pour aller se réfugier de l’autre côté. Les mots et les histoires des autres, quel délice ! Elle s’apprète à ouvrir la porte de chez Nicolas puis se ravise et revient sur ses pas. Elle sort quelques pièces de son porte-monnaie, refuse le papier cadeau que la vendeuse lui propose et rentre chez elle. Le petit moulin trouve sa place dans le pot de fleurs du balcon, celui que Johanne peut voir quand elle est assise sur son canapé.

A son entourage qui lui demande les raisons de la présence de ce jouet chez elle, elle répond de manière évasive.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

12 pensées sur “Johanne”

  1. Comme les autres, j’aime beaucoup que Johanne laisse parler l’enfant en elle, celle qu’elle a été, celle qu’elle a portée, et les petites-filles qui viendront encore, même quand elle ne sera plus là.

La parole est à vous !

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