Kotchok : Sur la route avec les migrants – Claire Billet et Olivier Jobard

A l’heure où je lisais les dernières pages de Kotchok, sur la route des migrants des fondamentalistes commettaient des attentats faisant 129 morts à Paris. Je n’avais pas prévu de publier une chronique sur ce livre tout de suite mais aujourd’hui il me paraît important de le faire.

Des réactions entendues ici ou là me font froid dans le dos. Céder à l’obscurantisme et à la peur de l’autre est la pire des solutions. Ce que nous avons vécu vendredi dernier, des hommes et des femmes comme vous et moi le vivent tous les jours. Il n’y a pas besoin de plus d’explications pour comprendre pourquoi ils veulent fuir leur pays.

En 2013, la journaliste Claire Billet et le photographe Olivier Jobard ont suivi la route des plusieurs migrants, de l’Afghanistan jusqu’à la France, se faisant passer eux mêmes pour des clandestins auprès des passeurs. Un petit précision, je trouve que le terme de migrant, utilisé dans ce livre et dans les médias en général, n’est pas adapté à la situation. On peut être migrant sans être clandestin et employer le terme de migrant est à mon sens une façon de minimiser la réalité sans forcément que cela soit intentionnel.

Kotchok, sur la route des migrants retrace les 12 000 kilomètres parcourus et les 6 frontières traversées clandestinement par cinq hommes qui ont fuit leurs pays. Ils mettront presque 120 jours pour relier Kaboul à Paris, entassés dans des véhicules, à marche forcée dans la montagne ou encore sur la mer, dans une embarcation de fortune.

Le plus long, ce sont les heures passées dans les planques à attendre le signal du passeur pour avancer. Les tensions sont croissantes au fil des jours, notamment avec les deux journalistes qui achètent un sandwich à leurs compagnons de route de temps en temps et se sont engagés à les aider dans les démarches administratives une fois en France mais se refusent à faire plus, éthique oblige.

Au delà du parcours de ces hommes pendant les 120 jours, Claire Billet et Olivier Jobard nous livre des informations essentielles pour comprendre les raisons de leur fuite et leur culture. En refermant ce livre, comment ne pas penser qu’à leur place on ferait sans doute pareil ? Comment ne pas ressentir de l’empathie pour ces personnes pour qui l’hospitalité est un honneur et qui ne peuvent pas comprendre qu’en Europe toutes les portes leur sont fermées ?

Les photos prises Olivier Jobard et par certains clandestins eux même apportent un vrai plus aux propos de Claire Billet. Certaines pourraient même se passer de mots tellement tout est dit.

Un livre essentiel à mettre entre toutes les mains.

BILLET, Claire, JOBARD, Olivier, Kotchok : Sur la route avec les migrants, Robert Laffont, 2015.

6 pensées sur “Kotchok : Sur la route avec les migrants – Claire Billet et Olivier Jobard”

  1. Oui, c’est certain. La journée n’a pas été simple au collège
    aujourd’hui. Je récupère ma fille dans quelques minutes, j’espère
    qu’elle n’aura pas entendu trop de détails macabres par certains camarades.

  2. Mais quel beau billet, et comme tu as raison de rappeler que l’horreur qu’on vit là, c’est le quotidien ou presque de certains pays…a présent il va effectivement falloir faire attention aux amalgames, au repli sur soi et à la haine de l’autre. Malheureusement, la question des migrants en France va être difficile avec les mesures d’urgence. Tu as eu rudement raison de publier ce billet maintenant.

La parole est à vous !

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