La beauté des jours – Claudie Gallay

La vie de Jeanne est une routine immuable. Ses filles, étudiantes, ont quitté la maison et reviennent de temps en temps le week-end. Rémy, son mari, aime pêcher, bricoler et partir en vacances tous les étés à Dunkerque. Le seul projet du couple consiste à refaire la cuisine. Et peut-être aussi à partir en vacances ailleurs.

Jeanne met dix-neuf minutes pour se rendre à son travail à La Poste. Ponctuelle, elle emprunte toujours le même itinéraire et croise donc les mêmes personnes. En fin de journée ou le week-end, elle rend régulièrement visite à ses parents dans la ferme familiale. Elle aime passer du temps avec sa nièce, porteuse d’un handicap cognitif et avec sa grand-mère qui ne parle pas beaucoup mais lit si bien en elle. Depuis son jardin, Jeanne aime regarder passer les trains. Celui de 18h01 à bord duquel voyage un homme aux cheveux gris. Et le suivant aussi. La femme qui porte souvent un chapeau bleu est faite pour l’homme aux cheveux gris, elle en est persuadée. Il faudrait un évènement inattendu pour qu’ils se rencontrent.

« J’ai l’impression qu’il y a deux Jeanne en moi, une qui a eu envie de cette vie calme et bien rangée, et l’autre qui voulait être différente. La première a été la plus forte. Mais j’ai besoin, de temps en temps, de sentir en moi la présence de l’autre. » p. 351

Contrairement aux apparences, Jeanne aime quand l’inattendu vient mettre à mal les habitudes. C’est sans doute la raison pour laquelle elle est fascinée par Marina Abramovic. L’artiste, que Jeanne a découvert l’année du bac grâce à un enseignant, repousse les limites du conventionnel, questionne la vie, l’amour, l’existence, montre qu’il est possible de vivre autrement. Marina Abramovic fait partie de la part d’audace  de Jeanne. Tout comme son esprit qui divague ou cette petite manie qui consiste à suivre des inconnus dans la rue. Manie qui l’amènera à croiser le chemin d’une homme qu’elle a aimé à l’adolescence.

N’allez pas croire que suite à cette rencontre improbable, Jeanne va faire la révolution dans sa vie. Notre héroïne n’est pas de cette trempe là. C’est plutôt quelqu’un de serein, qui aime les petits rien, la vie tranquille. Cela n’est pas incompatible avec le bonheur et la liberté, bien au contraire.

Je crois que l’on a tous quelque chose de Jeanne en nous et c’est pour cela que le roman de Claudie Gallay m’a plu. Ses questionnements sont universels.

« En racontant sa vie, elle raconte la vie des autres et atteint ainsi quelque chose qui a la forme d’une vérité commune ». p. 234

La beauté des jours fait partie de ces livres que l’on déguste. Il ne s’y passe rien d’extraordinaire mais on picore ici ou là des vérités qui nous parlent, on se délecte de ce bel hommage au pouvoir de l’art, on se sent comme dans un cocon et on referme la dernière page à regret, avec le sourire aux lèvres.

GALLAY, Claudie, La beauté des jours, Actes Sud, 2017.

25 réflexions sur « La beauté des jours – Claudie Gallay »

    1. Ce n’est pas le type de roman qui plaît à tout le monde. Je l’ai ouvert quand j’ai senti que c’était le bon moment, que mon esprit était disponible pour prendre le temps et savourer.

  1. Ha mais décidément, on lit souvent les mêmes choses toi et moi. Enfin je ne l’ai pas encore lu ni acheté mais sur 2017, c’est le dernier titre qui me fait envie, et ta chronique me conforte dans cette envie.

    1. Oui, elle est douée pour dépeindre personnages et décors. Ce que j’aime chez elle, c’est la simplicité de ces personnages. Et aussi son écriture.

    1. J’ai discuté sur IG avec une lectrice qui trouvait l’héroïne un peu gourde et qui avait envie de lui donner des coups de pieds aux fesses. Je n’ai pas du tout eu ce sentiments là.

  2. Tu résumes tout à fait ce que j’ai ressenti ; cette impression d’être dans un cocon dans ce roman, et l’envie d’y rester le plus longtemps possible ;0) J’ai adoré moi aussi !!

La parole est à vous !