La différence invisible – Julie Dachez – Mademoiselle Caroline

Marguerite a 27 ans, un petit ami, un chien, un chat et un job qui ne l’intéresse pas. A priori, rien ne la distingue d’une autre jeune femme de son âge. Sa différence, elle est invisible. En effet, Marguerite ne supporte pas le bruit, est gênée par certaines lumières, ne comprend pas le double sens et l’humour, dit ce qu’elle pense de manière parfois maladroite, est mal à l’aise dans ses relations avec les autres, a besoin de solitude, se fatigue plus vite que la moyenne, aime la routine, etc.

Lassée des incompréhensions au sein de son couple, épuisée de se forcer à longueurs de journées que ce soit au travail ou dans sa vie privée, la jeune femme fait des recherches sur Internet et découvre le syndrome d’Asperger, une forme d’autisme dans laquelle elle se reconnaît. Après un diagnostic au Centre de Ressources Autisme, sa vie n’est plus la même. Elle met enfin des mots sur ce qui la ronge depuis si longtemps et vit désormais son décalage par rapport aux autres de manière différente.

L’histoire de Marguerite est inspirée de celle de la scénariste Julie Dachez, elle-même autiste Apserger. Mademoiselle Caroline a adapté le scénario et réalisé ces illustrations fort pertinentes qui permettent de comprendre ce que ressent l’héroïne sans que les mots soient forcément indispensables. Au trait, simple et efficace, vient s’ajouter une utilisation intelligente des couleurs.

La différence invisible est une bande dessinée qui, à travers l’expérience d’une jeune femme, vise à faire mieux connaître le syndrome d’Aperger. Les quelques pages documentaires qui se trouvent à la fin apportent d’ailleurs un bon complément à la fiction. Ceux qui connaissent bien le sujet n’apprendront rien de nouveau mais les autres refermeront immanquablement le livre avec une vision différente et un regard plus ouvert.

Le seul petit reproche que l’on peut faire à La différence invisible est son dénouement trop idyllique. En effet, le diagnostic ne suffit pas, chez bon nombre de personnes, à résoudre  les problèmes et à se sentir mieux dans sa peau. Cela n’en reste pas moins une BD à découvrir absolument !

DACHEZ, Julie, MADEMOISELLE CAROLINE, La différence invisible, Delcourt, 2016.

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49 réflexions sur « La différence invisible – Julie Dachez – Mademoiselle Caroline »

  1. Je comprends ton bémol de la fin, je l’avais ressenti aussi, sans pour autant en faire cas car effectivement cet album est vraiment à découvrir! Intelligent, intéressant, instructif, important.

    1. Il me paraissait important de le dire quand même par honnêteté vis à vis de mes lecteurs. Mais cela ne m’empêche pas de le recommander vivement.

    1. C’est très instructif. J’ai une élève qui a ce syndrome et ça m’a beaucoup aidé. Le second degré, par exemple, ne la fait pas rire du tout. Elle ne comprend absolument pas.

  2. J’avais trouvé que c’était un beau témoignage. Une réponse individuelle donnée à un problème donné. Quoi qu’il en soit, ce que j’en ai retenu, c’est qu’en réfléchissant un peu (et en s’obstinant beaucoup), chacun peut bricoler ses propres réponses pour tenter de sortir de ses impasses.

    1. Oui, je suis d’accord, la réponse est individuelle. Par contre, je pense que ce n’est pas si simple que cela et que tout le monde ne peut pas « bricoler ses propres réponses ». Certaines personnes restent dans la souffrance et c’est pour cette raison que je trouve le dénouement un peu trop idéalisé.

    1. L’histoire est tout à fait crédible mais il ne faudrait pas généraliser le dénouement. Ce n’est pas parce que l’on découvre que l’on a le Syndrome d’Asperger que ça va forcément mieux. Ceci dit, « La différence invisible » reste un livre à découvrir et à faire découvrir.

    1. Je l’ai acheté pour le CDI. Je l’ai présenté au club lecture et ils étaient plusieurs à vouloir l’emprunter. Pour l’instant, je n’ai eu qu’un retour d’une petite de 6ème qui m’a dit qu’elle avait aimé.

  3. J’ai beaucoup aimé cet album, et sa partie documentaire à la fin (on y revient toujours!!). A te lire, je te rejoins sur cette fin idéalisée en effet, même si les phrases énoncées contre Marguerite ou ses renoncements sont bien montrés. Est-ce que cela s’est ainsi passé pour elle (alors ce serait plutôt un témoignage) ou est-ce une manière de dire que l’on peut dépasser cette différence invisible?
    Un album qui reste à lire et à partager tout de même!

    1. Peu importe l’intention de l’auteur, c’est tout à fait crédible. Il faut juste ne pas généraliser ce qu’elle a vécu et avoir conscience que ce n’est pas le cas de tous les Aspis.

  4. J’ai déjà lu sur le sujet, mais on n’en sait jamais trop sur ce type de maladie ; je me souviendrai qu’il y a une fin un peu trop idéalisée, mais si le reste est crédible, ce n’est pas très grave.

  5. Beaucoup aimé cet album, instructif. Je l’avais lu en bibliothèque et je l’ai acheté ensuite pour le faire dédicacer par les auteures dans un salon… C’est un album que je prendrai plaisir à relire !

  6. Bonjour je suis l’éditrice de la BD (moi-même mère de deux Asperger) et je lis vos échanges… je suis contente que la BD de Julie et Mademoiselle Caro plaise autant. Pour la fin idyllique, effectivement, Julie grâce à son diagnostic a réussi à comprendre son fonctionnement, elle est beaucoup plus bienveillante envers elle-même et elle prend soin d’elle. Donc ce n’est pas « romancé », même si dans sa vie quotidienne, elle reste bien sûr Asperger et que ce n’est pas tous les jours facile. Cela reste une histoire individuelle. Julie est une personne très brillante, qui a beaucoup de ressources en elle, et tous les autistes ne sont pas aussi brillants qu’elle. De mon expérience, néanmoins, beaucoup sont a minima extrêmement soulagés d’avoir enfin un diagnostic, après avoir souvent pendant des années été catalogués comme dépressifs, anxieux, bipolaires, voire même schizophrènes. Cela leur permet de se réconcilier avec eux-mêmes. Une fois encore, il ne faut pas généraliser, chaque cas est unique ! Et une fois le diagnostic posé, l’important est de voir ce que l’on en fait et comment on gère cette situation nouvelle. Merci en tout cas pour votre critique. La BD, sortie en aout 2016, est devenue un ouvrage de référence sur le syndrome d’Asperger et continue très régulièrement à faire l’objet de posts de blog.

    1. Merci pour votre commentaire. C’est toujours un vrai plaisir de pouvoir échanger avec les auteurs et les éditeurs. Je comprends tout à fait ce que vous dites et partage votre point de vue. Si j’ai fait cette remarque au sujet du dénouement, c’est justement par peur des généralisations et des jugements du type « si cette jeune femme a pu trouver son bonheur, les autres peuvent y arriver aussi ».
      J’ai présenté cette BD aux élèves du club lecture du collège dans lequel je travaille. Parmi eux, il y a une petite Asperger. Je suis persuadée que le livre permettra à ses camarades de mieux la comprendre. Je le mettrai ensuite dans les mains de mes collègues ! Bonne continuation à vous ainsi qu’aux auteurs. Surtout continuez à publier des livres qui véhiculent d’aussi belles valeurs !

      1. Le hasard fait bien les choses, car j’ai assuré la direction d’un nouveau livre lié à l’autisme (rien à voir avec une BD, cette fois) et qui peut intéresser grandement les établissements scolaires. Il s’agit d’un livre de cuisine collaboratif, avec une soixantaine de recettes (et surtout, la « petite histoire » qui va avec) : recettes envoyées par les familles d’enfants autistes et par des adultes autistes eux-mêmes. Le tout donne un livre à la fois très joyeux et ludique, les recettes ne sont pas que pour les autistes ! si ça vous intéresse, jetez un oeil sur la page FB du livre : « Je cuisine un jour bleu ». Il est en librairie depuis… hier ! publié chez Terre vivante, avec une préface de deux grands chefs et une autre de Josef Schovanec, qui est un peu l’équivalent masculin de Julie Dachez, il est autiste, très brillant et donne des conférences dans le monde entier. Si vous êtes sur Paris, on fait le lancement du livre dans le 17e le 29 mars à 19h30. Tous les détails sur la page FB ! C’est encore un moyen de parler d’autisme, mais d’une autre manière, par le biais des troubles sensoriels. Puisque vous travaillez dans un collège, vous savez peut-être que certains autistes ont des particularités alimentaires, ils peuvent être très sélectifs, ce qui pose parfois des problèmes., notamment pour les faire manger à la cantine. Bonne soirée !

        1. J’habite malheureusement beaucoup trop loin de Paris pour pouvoir participer à cette soirée mais je vais de ce pas regarder la page Facebook. Un grand merci à vous et belle soirée.

  7. Ce titre est dans ma lal bd, le sujet m’intéresse grandement. Pour ton bémol je pense que ça doit être un vrai soulagement de mettre enfin un mot sur un mal être que l’on ne comprend pas.

    1. Oui, c’est vrai. Mais comme le dit l’éditrice dans son commentaire, cela reste un cas personnel. J’ai mis ce bémol car je pense qu’il ne faut pas généraliser cette expérience à tous les Asperger. J’espère que la BD te plaira autant qu’à moi !

  8. Effectivement, une BD à découvrir et à diffuser largement, ne serait-ce que parce qu’elle est la première (ou au moins l’une des premières) à sensibiliser sur l’Asperger et que ses annexes « pédagogiques » sont très facilement accessibles par tous les publics.
    D’ailleurs, j’en profite pour rappeler ici que l’autisme, et donc l’Asperger, n’est PAS une maladie, mais un état. L’autisme ne se guérit pas. On est autiste de la même façon qu’on a les yeux bleus ou que l’on est gaucher. (cf. ici un excellent article très clair sur la question: http://www.lepetitprinceadit.com/2014/02/11/etre-autiste-cest-comme-etre-gaucher-cest-un-etat-pas-une-maladie/)

    Comme le disait plus haut Fabfab38, cet ouvrage fait désormais office de « référence » en la matière, c’est pourquoi comme toutes les personnes touchées de près ou de loin par l’Asperger, il a fait partie de mes lectures lors de ma démarche diagnostique. Pour autant, cela reste le récit d’une expérience personnelle et je m’y suis moins retrouvé que dans d’autres témoignages (mais ne dit-on pas : « Si tu connais un autiste, tu connais un autisme »?).

    En outre, je ne suis pas très d’accord avec le titre : quand on est asperger, notre différence n’est pas invisible, bien au contraire. C’est même elle qui est à l’origine de nos difficultés. En revanche, le handicap qui résulte de cette différence est, lui, bel et bien invisible (pas de canne blanche, pas de fauteuil roulant…), ce qui ne facilite pas la prise de conscience de la condition de la personne asperger par son entourage.
    Et ainsi que le dit aussi, justement, Saxsaoul, si le diagnostic apporte une sorte d’apaisement et permet à la personne asperger de mieux se comprendre et se connaître, il est loin de régler à lui seul toutes les difficultés rencontrées au quotidien.

    (désolé pour le pavé, mais je n’ai pas pu m’empêcher… 😉 )

    1. Merci pour ce long commentaire. Ce blog est un lieu d’échange et je suis ravie de votre témoignage qui apporte un éclairage intéressant sur le sujet.
      Non, l’autisme n’est pas une maladie, et le livre l’explique d’ailleurs très bien.
      Concernant le titre, je pense qu’il signifie que le handicap n’est pas visible au premier abord, quand on ne connaît pas la personne. Et effectivement, cela ne facilite pas la prise de conscience de la part de l’entourage. La BD montre que le petit ami de Marguerite, son entourage, ses collègues, pensent qu’elle ne fait pas d’effort et combien c’est cause de souffrance pour elle.

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