La femme gelée – Annie Ernaux

 

Dans La femme gelée, Annie Ernaux revient sur son enfance dans les années 1940 à Yvetot, en Haute-Normandie. Elle raconte également son adolescence et ses années d’étude à Rouen puis son mariage et la naissance de ses enfants. Elle essaie d’expliquer comment la petite fille dévoreuse de livres qui travaillait bien à l’école et qui a été éduquée pour être indépendante et libre est devenue une femme débordée menant de front vie professionnelle et familiale, sans avoir une minute pour elle. A la différence de son mari, elle ne met pas les pieds sous la table en rentrant du travail et n’a pas le temps de lire Le Monde : elle doit s’occuper des enfants, de la gestion quotidienne de la maison et aussi préparer ses cours puisqu’elle est enseignante. On est bien loin de l’égalité entre les sexes…

Annie Ernaux avait pourtant un bel exemple sous les yeux quand elle était jeune : son père cuisinait et sa mère ne ressemblait absolument pas à la maîtresse de maison idéale. Elle a tout de même reproduit le modèle de la société de son époque et a fini, malgré elle, par se résoudre à accepter son sort.

« Obscurément, en ces occasions, je sentais avec malaise que ma mère n’était pas une vraie mère, c’est-à-dire comme les autres. Ni pleureuse ni nourrircière, encore moins ménagère, je ne rencontrais pas beaucoup de ses traits dans le portrait-robot fourni par la maîtresse. » p. 55

« Dix ans plus tard, c’est moi dans une cuisine rutilante et muette, les fraises et la farine, je suis entrée dans l’image et je crève. » P. 57

« Elles ont fini sans que je m’en aperçoive, les années d’apprentissage. Après c’est l’habitude. Une somme de petits bruits à l’intérieur, moulin à café, casseroles, prof discrète, femme de cadre vêtue Cacharel ou Rodier au-dehors. Une femme gelée. » p. 178

La femme gelée a été pour moi une lecture coup de poing. Si on regarde la vérité en face, beaucoup de choses ont changé depuis l’époque dont Annie Ernaux nous parle dans ce livre mais il reste encore de très nombreux progrès à faire. L’égalité entre les hommes et les femmes, même dans notre société moderne, est encore bien loin d’être une réalité. Et je crois qu’il ne faut pas avoir honte de le dire, je partage certains de ces sentiments, je me suis même parfois retrouvée à travers elle…

ERNAUX, Annie, La femme gelée, Folio, 1988.

9 pensées sur “La femme gelée – Annie Ernaux”

  1. J’avoue que le sujet de l’égalité des sexes m’est un peu éloigné par mon mode de vie… je vis seule et je travaille dans un univers à 80% féminin au moins et ou les hommes ne gagnent pas plus que les femmes, mais aussi peu qu’elles…
    Par contre, faire plus ample connaissance avec Annie Ernaux, oui,cela me tente bien !

  2. Les lectures d’Annie Ernaux sont toujours des lectures coups de poing pour moi mais je n’ai pas encore lu celui-ci. J’ai acheté le quatro de Gallimard. Je suppose qu’il s’y trouve.

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