La fissure – Carlos Spottorno et Guillermo Abril

Pendant trois ans, de 2013 à 2016, le journaliste Guillermo Abril et le photographe Carlos Spottorno parcourent les frontières de l’Europe. De l’enclave espagnole de Melilla, située en Afrique, à l’Arctique, ils vont à la rencontre des réfugiés, toujours plus nombreux, et de ceux dont le travail consiste à contrôler les entrées dans le territoire européen ou à le protéger.

De ces voyages, ils rapportent 15 carnets de note et 25 000 clichés qui constituent la matière de cette bande dessinée de reportage. Pour donner une unité à l’ensemble, Carlos Spottorno fait subir un traitement chromatique aux photographies qu’il sélectionne. C’est surprenant au départ mais cela donne une cohérence à l’ensemble et permet aux images prises au Sud de l’Europe de ne pas dénoter par rapport à celles des Balkans ou de la Finlande en hiver. Si certaines sont recadrées ou corrigées, il n’y a pas eu de rajout ni d’élément supprimés, sauf à deux exceptions.

Le récit de Guillermo Abril, simple et sans pathos, est de forme journalistique. Il n’y a pas d’invention, pas de mise en scène, pas de bulles donnant la parole aux personnes photographiées. Le reporter constate, raconte les barbelés qui se dressent, les conditions de vie inhumaines, les camps improvisés ou non, les sauvetages en mer, le passage des postes frontière, le travail des douaniers et des militaires, les manoeuvres des chars de l’OTAN en Lituanie, à deux pas de la Biélorussie.

La langue de bois est fréquente du côté des autorités, les autorisations pour se rendre dans certains endroits pas toujours simples à obtenir. Avec les migrants, le dialogue se fait plus facilement. Les raisons de leur venue en Europe sont multiples : misère, chômage, guerre, religion, etc. Des cartes assez simples permettent de comprendre les enjeux des frontières des pays traversés.

A travers un reportage aussi passionnant qu’inquiétant, Carlos Spottorno et Guillermo Abril font le constat d’une Europe qui se fissure et dont les replis sont nombreux. On referme le livre en pensant aux prochaines élections européennes et en espérant que la fissure ne se transforme pas en fracture dans les années à venir.

SPOTTORNO, Carlos, ABRIL, Guillermo, La fissure, Gallimard, 2017.

Cette semaine, le RDV des bulleurs, c’est chez Moka.

30 réflexions sur « La fissure – Carlos Spottorno et Guillermo Abril »

    1. Puissante je ne sais pas si c’est le mot. On n’est pas dans l’émotion mais dans l’information. Et on apprend plein de choses. Ce genre de livre mérite d’être connu. Je suis persuadée que connaître la trajectoire de vie des réfugiés permettra à certaines personnes de les considérer différemment.

    1. Écoute, je trouve qu’on a parfois tendance à présenter les mêmes BD dans le groupe du mercredi (c’est inévitable car nous ne sommes pas des spécialistes et je suis la première à tomber dans ce travers) alors je suis ravie de faire découvrir quelque chose de nouveau pour une fois.

  1. Intéressant. Première fois que je croise cet album, et je vois que tu l’as acheté pour des 4e… Il faut que je vois pour l’ajouter à une prochaine commande.

    1. C’est d’un bon niveau mais certains élèves sont tout à fait capables de le lire. Et puis il est possible aussi de travailler sur quelques extraits.

La parole est à vous !