Le Garçon – Marcus Malte

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Cher Garçon,

Je viens de parcourir 12, 44 km dans la forêt landaise en 1:26’42 soit une vitesse moyenne de 8,6 km/h. A peine mieux qu’un escargot ! Toi, l’enfant sauvage capable de sillonner la nature pendant des jours et des jours, sans rencontrer âme qui vive et en te nourrissant de ce que tu trouves sur ton chemin, ça doit te faire bien rire. Au moins, tu garderas tes remarques acerbes sur mon comportement de pauvre femme du XXIème siècle pour toi attendu que tu es muet et incapable d’exprimer un quelconque sentiment.

Mon corps me fait mal. Mes cuisses me rappellent à chaque fois que je monte les escaliers que je ne suis plus toute jeune et que j’aurais peut-être dû attendre un peu plus de deux jours entre la séance d’accrobranche et celle de course à pied. Et oui, comme toi, je grimpe aux arbres. Sauf que moi, j’ai un baudrier, des mousquetons et une polie. Et je suis bien incapable de rester immobile pendant des heures sur une branche pour me faire oublier des animaux ou des hommes et pouvoir ainsi les observer.

Le parallèle entre nous deux s’arrête là. Tu vis au début du XXème siècle, en pleine nature, avec ta mère, une femme avare en mots comme en sentiments. Quand elle décède, tu fais ce qu’elle t’a demandé puis tu quittes la cabane de fortune qui faisait office de maison. Après des jours à errer seul, tu rencontres les habitants d’un hameau et abats les travaux les plus difficiles pour eux en échange du gîte -dans la paille…- et du couvert.

Puis, on t’accuse de maux dont tu n’es pas responsable alors tu reprends la route. C’est à ce moment là que tu rencontres Brabek, un orge qui sillonne les routes dans sa roulotte pour se battre contre les villageois les plus forts et les plus fiers et gagner ainsi un peu d’argent. Le vie, qui est faite de nombre de ravages et de quelques ravissements (p. 174), pour reprendre une expression de celui dont l’imagination a fait de toi un être de papier bien réel, t’oblige à poursuivre seul ton chemin.

Tu croises la route d’Emma qui, visiblement, maîtrise mieux l’amour que le volant de l’automobile de son père. Elle provoque un accident dont tu aurais pu ne pas te remettre. Mais la vie confirmera à de nombreuses reprises que tu as des facultés exceptionnelles. C’est une époque bénite pour toi, celle de l’insouciance et du bonheur. Malheureusement, la Première Guerre mondiale éclate et tu ne peux ignorer ce qui se passe autour de toi.

Enfant sauvage et innocent, la vie t’oblige au fil des ans, à ouvrir les yeux sur la triste réalité du monde. Tu découvres l’amour mais surtout la haine, la bêtise, la vanité de l’homme. Ton histoire croise l’Histoire et, forcément, tu en fais les frais. Le lecteur attentif n’aura d’ailleurs pas manqué de remarquer les parallèles entre ton époque et la sienne. Les valets et les maîtres sont les mêmes. Chaque valet aspire toujours à devenir maître. Et chaque maître est toujours, en réalité, le valet d’un autre maître. Quelque soit les siècles.

Ta vie est un conte, une fable, une épopée protéiforme et impossible à résumer. Elle prend parfois des tournures surprenantes, digne des meilleurs romans érotiques ou des scénarios les plus cruels. Sa symbolique est d’une force incroyable. Un souffle romanesque se dégage de ton histoire.

Je dois bien avouer, cher Garçon dont je ne connaîtrai jamais le véritable nom, que, même si j’ai ressenti un goût de déjà vu face au récit de ta destinée pendant la Guerre, les 535 pages qui te donnent vie sont les meilleures que j’ai lues en cette rentrée littéraire 2016. Et promis, la prochaine fois que j’irai courir en forêt et que je me ferai mal, ton courage face à l’épreuve du monde sera là pour remettre les choses à leur juste place.

Saxaoul, la plante qui résiste à l’aridité.

MALTE, Marcus, Le Garçon, Zulma, 2016.

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20 réflexions sur « Le Garçon – Marcus Malte »

  1. Whaouh ! tu as bien fait de le publier, tu mérites une distinction 🙂 Roman qui a l’air de plaire à une grande majorité et il est arrivé à la bibli. Dès que je peux, je le prends.

    1. Hâte d’avoir ton avis ! Je pensais publier une chronique banale comme je le fais toujours mais je cherchais tout de même au fond de moi une idée originale, un peu par défi ! Elle m’est venue en partant courir…

  2. Ton billet me donne envie…
    Quant à moi, mes footings, je les espace d’une semaine en général, ah ma bonne dame on est moins vif, et si figues ou noix croisent mon regard, je cueille, je ramasse. Tu comprendras que je ne cours pas bien vite! ^_^

    1. Il m’arrive de m’arrêter pour regarder la mer ou un écureuil dans un arbre. Parfois, je croise des chevreuils aussi. Mais le plus souvent, j’écris dans ma tête !!!!!

  3. Super ton billet Je devrais le lire bientôt, je suis très fan de Marcus Malte Une écriture très spéciale (dans le bon sens du terme) et le thème de ce dernier roman très attirant.

La parole est à vous !