« La grosse » de Françoise Lefèvre

La grosse est un livre voyageur. Après être parti du bassin d’Arcachon, il a fait un petit tour par les Côtes-d’Armor avant d’arriver en Normandie, chez moi ! C’est donc à mon tour d’écrire un petit billet sur ce merveilleux roman.

Quatrième de couverture :
Rien ne
prédestinait Céline Rabouillot à devenir garde-barrière. Elle lit des
livres, parle trois langues, comprend les enfants comme personne. Elle
accompagne un homme âgé qui a aimé les abeilles, la bonne chère et les
grands crus de Bourgogne. Mais elle est grosse, trop grosse pour les
« autres » que dérangent ses manières et ses habitudes. Et la voilà —
elle qui porte le poids de l’absence, le chagrin d’un enfant mort —
vouée à la haine sournoise de ceux qui n’acceptent la différence sous
aucune de ses manifestations.
Dans ce récit tragique, aux pages tour à tour fiévreuses et révoltées,
Françoise Lefèvre, en même temps qu’elle évoque cette cruauté par
phrases impitoyables, s’attache à révéler la somme de grâce et de
tendresse qui fait de Céline Rabouillot un être de passion, une Marie
Madeleine d’aujourd’hui.

 

A travers les souffrances de Céline, c’est toute la méchanceté de l’homme vis à vis de ses semblables  qui est mise en avant.   Celui qui est un peu différent (gros, maigre, géant, nain, handicapé…) est très souvent montré du doigt et stigmatisé. L’apparence règne, l’être intérieur importe peu. Nous vivons dans un monde cruel ! Et Françoise Lefèvre va jusqu’au bout pour dénoncer cette cruauté. Elle n’épargne aucun travers, aucune bassesse du genre humain. Tout y passe : la mère qui ne pense qu’à elle et n’est pas à l’écoute de ses enfants, le boucher avare, les employeurs qui se sentent supérieurs, les villageois jaloux qui inventent des ragots pour faire mal, etc.
Malgré tout cela, Céline reste digne, pleine d’amour et de tendresse. Quelle femme formidable !

Voici un petit extrait :
Aujourd’hui, Marie Madeleine, si on la rencontrait, on ne la reconnaîtrait pas. C’est qu’elle est au cœur de bien des femmes anonymes. Surtout anonymes. Agissant sur les frontières. Sous les bombardements. Dans les hôpitaux, hospices, crèches. Et dans l’ombre de leurs maisons ou de leurs appartements. Aujourd’hui, Marie Madeleine ne se retire pas dans une grotte. Elle accomplit sans relâche une œuvre invisible. Elle est au SMIC. Ou sans emploi. On ne dit plus au chômage, mais en « recherche d’emploi ». Elle est mal payée pour accomplir son travail d’infirmière ou d’institutrice. Elle fait des heures supplémentaires qu’on oublie de lui régler. Elle est en carte. En fiche. Son nom, ses fonctions sont entrés dans l’ordinateur.

Anne et Florinette ont également aimé cette histoire si belle mais si triste…

La grosse va maintenant prendre la direction de Rennes. J’espère qu’il voyagera encore dans de nombreuses régions car il mérite d’être connu !

LEFEVRE, Françoise, La grosse, Actes Sud, 1994.

8 réflexions sur « « La grosse » de Françoise Lefèvre »

  1. De Françoise Lefèvre, je n’ai lu que « Consigne des minutes heureuses » que je n’avais pas trop aimé en raison du style.
    Mais les thèmes de « La grosse » et du « petit prince cannibale » me tentent bien.

  2. Bonjour Saxaoul, j’ai eu envie de lire « la grosse » (c’est un sujet qui me touche de très près) et suite à ce qu’en avait dit Florinette et d’autre. J’ai eu un peu de mal à le trouver en poche. Après cette lecture, je suis restée perplexe devant cette histoire. C’est surtout le style qui m’a decontenancée. C’est trop elliptique à mon goût. En revanche, j’ai été très touchée par la relation toute platonique et pleine de compassion entre Céline et le vieil homme. Bonne journée.

La parole est à vous !

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