La mer à l’envers – Marie Darrieussecq

Rose passe ses vacances de Noël en Méditerranée, sur un bateau de croisière, en compagnie de Gabriel et Emma, ses enfants. C’est sa mère qui lui a offert ce cadeau pour l’aider à changer d’air et à prendre un peu de recul sur sa vie. Entre son couple qui va plus ou moins bien, son travail de psychologue assez prenant et le déménagement dans le pays Basque prévu dans quelques mois, Rose a du mal à faire face. C’est un personnage parfois énervant, plein de contradictions, mais qui ressemble un peu à chacun d’entre nous. Qui n’a jamais offert un cadeau à son enfant par culpabilité ? Qui ne s’est jamais arrangé avec ses petites lâchetés ? On a envie de lui jeter la pierre mais il faut savoir regarder la vérité en face…

Une nuit, dans sa couchette, Rose entend du bruit. Elle se lève et se rend sur le pont inférieur. L’équipage tente d’empêcher les passagers d’approcher mais c’est peine perdue. Un chalutier en détresse est en train d’être secouru. A son bord, une centaine de migrants. Rose aperçoit des bébés, des hommes, des femmes, des enfants et le corps d’un homme, mort, qui flotte dans l’eau. Son regard croise celui de Younès, à peine plus âgé que son fils, très maigre, les cheveux trempés. Il lui demande de l’eau. Rose ne se pose pas de question, elle aide, elle agit. Mais elle a aussi une vie et des enfants à protéger. Son comportement ne peut pas toujours être héroïque.

Si j’ai fini par apprécier La mer à l’envers, j’ai eu du mal à entrer dans le roman. Cette écriture sèche, ces phrases courtes parfois incorrectes du point de vue grammatical m’ont dérangée. J’ai d’ailleurs dû en relire certaines à plusieurs reprises. Et puis, il y a ce personnage de Rose sur lequel je n’ai pu m’empêcher, parfois, de porter un regard sévère. A partir du moment où elle quitte Paris, j’ai commencé à la regarder différemment et j’ai eu du mal à lâcher le livre. Il faut dire que l’intrigue se déroule dans ma région d’adoption. C’est un vrai régal de la voir décrite ainsi. Et puis surtout, Marie Darrieussecq questionne notre rapport aux migrants de manière lucide, sans jamais tomber dans le pathos. Au contraire, le texte est parfois drôle, voire émouvant. On passe d’un sentiment à un autre. On est malmenés. On réfléchit. Cela sert à ça aussi la littérature.

DARRIEUSSECQ, Marie, La mer à l’envers, P.O.L, 2019.

14 réflexions sur « La mer à l’envers – Marie Darrieussecq »

    1. Une amie m’a conseillé le dernier roman de Jeanne Benameur. J’avais dit que je ne le lirai pas mais elle m’a fait changer d’avis. Elle trouve qu’il est bien mieux que celui-ci, notamment du point de vue du style.

    1. Là, le traitement est complétement différent. Il interroge nos réactions de « riches » (je mets le mot entre guillemet car il est relatif) par rapport aux migrants. Le roman s’intéresse peu à la trajectoire de Younès.

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