La place- Annie Ernaux

Après le décès de son père, Annie Ernaux ressent le besoin de raconter la vie de celui-ci. Avec un écriture trés distanciée , froide même, elle décrit « une vie soumise à la nécessité » (p. 11) à Yvetot en Seine-Maritime.

Ouvrier agricole puis dans une usine, il réussit à acheter un petit café-épicerie grâce à ses économies. Sa femme tient les comptes et l’épicerie. Lui s’occupe du reste. C’est une ascencion sociale sans en être une. Les parents d’Annie Ernaux ne sont plus ouvriers mais ne gagnent pas assez d’argent pour appartenir vraiment au monde des commerçants du centre ville. Les loisirs ont peu de place dans leur vie. Le quand dira t-on par contre prime plus que tout. Et le travail aussi.

« Devant la famille, les clients, de la gêne, presque de la honte que je ne gagne pas ma vie à dix-sept ans, autour de nous toutes les filles de cet âge allaient au bureau, à l’usine ou servaient derrière le comptoir de leurs parents. Il craignait qu’on me prenne pour une paresseuse et lui pour un crâneur. Comme une excuse : « On ne l’a jamais poussée, elle avait ça dans elle ». Il disait que j’apprenais bien, jamais que je travaillais bien. Travailler, c’est seulement travailler de ses mains. » p. 41

J’ai reconnu dans le récit d’Annie Ernaux des phrases que j’ai entendues pendant mon enfance ou mon adolescence -« des gens pas fiers » p. 26 ou « on est des gens de revue » p.44- mais aussi des remarques ou des réflexions que j’ai pu observer autour de moi.

« Voie étroite, en écrivant, entre la réhabilitation d’un mode de vie considéré comme inférieur, et la dénonciation de l’aliénation qui l’accompagne. Parce que ces façons de vivre étaient à nous, un bonheur même, mais aussi les barrières humiliantes de notre condition (conscience que « ce n’est pas assez bien chez nous »), je voudrais dire à la fois le bonheur et l’aliénation. Impression, bien plutôt, de tanguer d’un bord à l’autre de cette contradiction. » p. 27

Le regard que porte Annie Ernaux sur son milieu d’origine est à la fois dur et lucide. Le lecteur comprend bien toute la distance qui s’est créée entre son père et elle quand elle a commencé à faire des études. Qu’elle le veuille ou non, à partir de ce moment là, elle évolue dans un autre milieu et ne fait plus partie du même monde.

Je ne suis pas de la même génération qu’Annie Ernaux, elle pourrait être ma mère voire ma grand-mère, mais je comprends trés bien tout ce qu’elle explique dans La place. Les choses ont évolué depuis les années 1950 mais on trouve encore des traces de tout cela aujourd’hui.

La place fait partie des rares romans que j’ai relu. Ce simple constat est pour moi le reflet de toute l’adimration que j’éprouve vis à vis de ce texte et de son auteur.

Ernaux, Annie, La place, Folio, 2004.

16 pensées sur “La place- Annie Ernaux”

  1. « Avec toute ma connivence de classe ». Ce sont les mots très forts qu’elle a apposé dans le « Ecrire la vie » que je lui ai demandé de me dédicacer. C’est vrai que je n’ai pas remis cette photo quand j’ai déménagé de blog.

  2. Je crois que c’est celui-là que j’ai lu en premier, il y a longtemps ou « les armoires vides ». Tu sais qu’il en sort un demain intitulé « retour à Yvetot » ?

  3. J’ai découvert A. Ernaux grâce à ce livre que j’ai lu et relu, après j’ai continué de la lire toujours avec bonheur, même lorsqu’un de ses livres est moins bon, il reste de très bonne qaulité

La parole est à vous !

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