La salle de bal – Anna Hope

1911, asile d’aliénés de Sharston, Yorkshire. Ella vient d’être admise après avoir brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait. Lors de sa vaine tentative de fuite, elle croise le regard John, un pensionnaire qui passe ses journées à creuser les tombes dans lesquelles ses compagnons d’infortune sont entassés par six sans même une stèle pour honorer leur mémoire. Un peu plus tard, Ella fait la connaissance de Clem, une jeune femme issue d’un milieu plus aisé qu’elle et qui sait lire. Elles vont devenir amie et, d’une certaine manière, se soutenir dans leur détresse.

Sharston est un établissement dans lequel les hommes cultivent la terre et s’occupent de subvenir aux besoins en nourriture de l’asile. Les femmes, elles, sont à l’intérieur et mettent rarement le nez dehors. Ella et Clem travaillent à la blanchisserie. Elles passent leurs semaines à attendre le bal du vendredi soir, seul moment de répit face au désespoir, seul moment où les hommes et les femmes sont réunis. Ella est toujours fébrile à l’idée de retrouver John, son bel irlandais, et de partager une ou deux danses avec lui. Clem, elle, cherche du regard le Dr Fuller, chef d’orchestre et médecin de l’asile. Ce dernier, passionné par l’eugénisme, est bien décidé à se servir de ses patients pour justifier ses théories et servir ses rêves de grandeur. Ella et John en seront les premières victimes…

Ma récente découverte du premier roman de la britannique Anna Hope, Le chagrin des vivants, m’a donné envie de lire son second, La salle de bal. Nous suivons à nouveau trois personnages anonymes, trois sans-voix subissant leur époque mais cette fois-ci, ils se connaissent et le contexte est différent. L’auteure confirme son talent à décrire une ambiance, une époque, ainsi que les sentiments qui animent ses personnages. Dès les premières pages, le lecteur est plongé en plein début du XXème siècle, dans un univers méconnu. Malgré quelques longueurs, on tourne les pages avec délectation, pressé de savoir comment cette histoire d’amour interdite va se terminer.

On se demande également jusqu’où le Dr Fuller est capable d’aller dans sa folie. Ses idées, proches de celles de Churchill, préfigurent le nazisme. Les deux hommes, comme tant d’autres, sont persuadés qu’il faut empêcher les pauvres et les faibles d’esprit de se reproduire. La romancière s’est encore une fois solidement documentée pour mêler fiction et histoire, pour notre plus grand bonheur.

Un roman aussi majestueux que tragique à découvrir sans hésiter !

HOPE, Anna, La salle de bal, Gallimard, 2017.

29 réflexions sur « La salle de bal – Anna Hope »

    1. Ce qui est assez surprenant, c’est qu’en le lisant je me disais que je préférais le premier mais quelques jours après l’avoir refermé, ce sentiment a totalement disparu.

  1. Une lecture vraiment prenante même s’il m’a manqué un « chouïa » pour être totalement sous le charme. Mais tout le monde (ou presque) s’accorde à dire que « Le chagrin des vivants » est un poil au-dessus, donc, je sais ce qu’il me reste à faire 😉

    1. Dans celui-ci, pour moi, il y a juste quelques longueurs à enlever. Le contexte du Chagrin des vivants est différent, c’est peut-être aussi pour cela qu’il plaît plus.

  2. Majestueux et tragique , c’est parfaitement synthétisé. Comme tu le sais, ce fut pour moi la révélation de 2017 Anna Hope et j’ai hâte de lire le prochain roman.
    il y a tout ce que je recherche dans un livre chez Anna Hope et cette salle de bal restera longtemps dans nos mémoires !

    1. Je m’aperçois que j’apprécie vraiment les romans d’ambiance, ancrés dans une époque. Il va falloir que je fouille un peu pour trouver de nouvelles lectures qui vont dans ce sens. Je viens tout juste de commence « Une odyssée » de Mendelsohn et j’espère que je vais me régaler autant qu’avec celui-ci même si c’est complétement différent et plus exigeant.

  3. Bonjour Saxaoul, les deux m’ont plu et c’est parce que j’ai aimé La salle de bal que j’ai eu envie de lire Le chagrin des vivants. J’aime sa manière de raconter ses histoires. Bon dimanche.

    1. J’ai fait la démarche inverse. Au départ, la thématique de La salle de bal me plaisait moins mais j’ai tellement aimé Le chagrin des vivants que je n’ai pas résisté longtemps. Et j’ai bien fait ! Belle journée.

La parole est à vous !