L’amie prodigieuse – Elena Ferrante

Il aura fallu qu’une amie me l’offre (il y a un an !), puis que je parte en vacances à Naples pour que je me décide enfin à m’attaquer au premier tome de L’amie prodigieuse. On a tellement entendu parler de cette saga de l’italienne Elena Ferrante, qui se vend sans que les libraires aient besoin d’en faire la promotion, que j’étais méfiante. Les livres dont tout le monde parle me font fuir. J’aurais eu tort de persévérer dans cette obstination…

Les premières pages sont longues, on a peur de s’ennuyer puis, petit à petit on se laisse prendre par l’histoire des ces deux copines qui vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. L’une, Lila, est intelligente, vive d’esprit, percute très vite à l’école. Elle peut aussi être insolente, effrontée, ce qui lui pose souvent des problèmes. Cependant, comme la maîtresse s’aperçoit qu’elle a appris à lire toute seule,  elle bénéficie d’un certain prestige. Elena, son amie, a moins de facilités. Elle travaille d’arrache-pied pour obtenir de bons résultats scolaires,c’est une besogneuse. Elle est admirative de la vivacité d’esprit de Lila. Cela se ressent d’ailleurs dans leur relation, Elena ayant tendance à subir le dictat de son amie.

Autour d’elles, gravitent tout un tas de personnages : famille, amis d’enfance, habitants du quartier, enseignants, etc. Lila est fille de cordonnier. Son père refuse qu’elle poursuive ses études malgré l’intervention de son frère, Rino, en sa faveur. La jeune fille, qui a un caractère bien trempé, finit pourtant par accepter d’aller travailler à la cordonnerie.  Les garçons sont loin d’être insensibles à son charme et plus d’un aimerait être son petit ami et l’épouser. Soutenue par son institutrice qui réussit à convaincre ses parents, Elena, elle, va au collège puis au lycée. Elle n’est plus tout à fait la même ni tout à fait une autre. Elle commence à ressentir des émotions que les transfuges de classe connaissent bien :

« Ce fut pendant ce trajet vers la Via Orazio que je commençais à me sentir clairement une étrangère, rendue malheureuse par le faite même d’être une étrangère. J’avais grandi avec ces jeunes, je considérais leurs comportements comme normaux et leur langue violente était la mienne. Mais je suivais aussi tous les jours, depuis six ans maintenant, un parcours dont ils ignoraient tout et auquel je faisais face de manière tellement brillante que j’avais fini par être la meilleure. Avec eux je ne pouvais rien utiliser de ce que j’apprenais au quotidien, je devais me retenir et d’une certaine manière me dégrader moi-même. Ce que j’étais en classe, ici j’étais obligée de le mettre entre parenthèse ou de ne l’utiliser que par traîtrise, pour les intimider. »  p.415

Le premier tome de la saga -qui en compte 4- est consacré à l’enfance et au début de l’adolescence d’Elena et de Lila. Leurs chemins sont entremêlés, ils se croisent puis s’éloignent pour mieux revenir. L’auteur décrit cette relation si particulière avec brio. J’ai beaucoup aimé également l’ambiance de ce quartier populaire de Naples, les relations entre les uns et les autres, les caractères des personnages. J’ai refermé ce premier tome en regrettant de ne pas avoir la suite sous la main et me suis précipitée chez mon libraire à mon retour en France. L’amie prodigieuse est devenue la sage de mon été 2018. Un comble quand on sait à quel point je repoussais cette lecture !

FERRANTE, Elena, L’amie prodigieuse, Folio, 2017.

24 réflexions sur « L’amie prodigieuse – Elena Ferrante »

  1. Je suis un peu comme toi, même si j’ai acheté le premier tome l’été dernier car je l’ai trouvé d’occasion, mais je ne suis pas pressée de me lancer.

    1. Sans cette amie qui me l’a offert, je ne me serais peut-être jamais lancée. J’ai enchaîné sur le 2 et je me réserve le 3 pour des vacances ou une période de moins bien.

  2. Je l’avais acheté en poche car je voulais découvrir ce livre dont tout le monde parlait! Le contraire de toi en somme
    Par contre je n’ai pas réussi à passer la moitié du livre … Je me suis vite ennuyée ( comme tu l’as brièvement évoqué) mais l’intérêt n’est jamais apparu…

    1. L’ennui, c’est ce que je craignais aussi vu les commentaires lus à droite et à gauche. Mais finalement cela n’a pas été le cas où seulement au tout début.

    1. Il faut dire que c’était agréable aussi de lire ce bouquin à Naples. Et je te jure que j’ai regretté de ne pas avoir acheté le tome 2 avant mon départ !

  3. mais oui elle est géniale cette série! Et le 1er tome est loin d’être mon préféré, ça te promet de belles lectures en perspective! J’irai à Naples en octobre 😉

    1. Oh que oui ! Quand je peux, j’emmène un roman en rapport avec l’endroit où je vais en vacances. Ça a toujours une autre saveur.

La parole est à vous !