Le bateau-usine – Takiji Kobayashi et Gô Fujio

Dans le Japon des années 1920, les conditions de vie sont difficiles pour les hommes et les femmes des milieux ouvriers et paysans. Pour certains, trouver de quoi se nourrir est un réel problème. Alléchés par les promesses des recruteurs et fiers de travailler pour le bien de la nation, des hommes s’engagent donc à bord de bateaux-usines pour aller pêcher le crabe dans le Kamatchatka, une zone que les japonnais disputent aux russes. Takiji Kobayashi s’inspire de faits réels qui se sont déroulés à bord de ces bateaux pour écrire un roman (publié en 1929) qui sera ensuite adapté en manga.

A bord du Hakkô-maru, les hommes déchantent vite. Ils travaillent jusqu’à l’épuisement et ne peuvent jamais se relâcher, ne serait-ce qu’un moment. L’intendant règne en véritable tortionnaire et n’hésite pas à lyncher ceux qui ne vont pas assez vite ou sont malades. La perte d’une chaloupe est plus importante que celle d’un homme. Quand un bateau en détresse appelle à l’aide, pas question d’arrêter de travailler et de perdre de l’argent en lui venant en aide. L’intendant n’a aucun scrupule quand celui-ci fait naufrage… Une autre fois, un homme mort est jeté à la mer sans oraison funèbre car « on n’a pas que ça à faire ! ». Pour augmenter la productivité, on fait remonter les filets des autres navires et on met en concurrence les travailleurs. Ceux qui travaillent le moins bien subissent la brûlure : une barre de fer chauffée au rouge est appliquée sur leur corps.

Incapable de supporter plus longtemps ces conditions de vie et de travail, les hommes finissent par se révolter et se mettre en grève. Un destroyer de l’empire est envoyé avec des militaires armés de baïonnettes pour punir les leaders et remettre tout le monde au travail. Pendant ce temps là, au mess, les patrons mangent des mets que les pêcheurs ne connaissent même pas et passent la soirée à boire tranquillement.

Dans le domaine de la construction, des mines ou du chemin de fer, les conditions de travail sont identiques. Mais les dénoncer est risqué à cette époque. Takiji Kobayashi en paye le prix : il meurt sous la torture en 1933. Les autorités déclarent  une crise cardiaque et refusent une autopsie… Son œuvre, emblématique de la littérature prolétarienne, est interdite jusqu’à la fin de la guerre. Elle est à découvrir pour son intérêt historique. Cette adaptation en manga est une bonne occasion de le faire.

KOBAYASHI, Takiji, FUJIO, Gô, Le bateau-usine, Éditions Akata, 2016.

  La BD de la semaine, c’est chez Moka ce mercredi.

22 pensées sur “Le bateau-usine – Takiji Kobayashi et Gô Fujio”

    1. Oui, je suis entièrement d’accord avec toi. Je l’ai acheté pour les troisièmes car certains ont un très bon niveau et je m’aperçois qu’ils ont envie de ce genre de livre. J’ai même une élève qui a lu les Gen d’Hiroshima en fin de 4ème. J’avoue que cela m’a surprise.

    1. J’ai bien conscience que ce n’est pas un sujet qui attire beaucoup de monde mais ce genre de livre est important, même si ce n’est pas notre histoire.

    1. Il existe des mangas sur plein de sujets, dont l’histoire. Je suis certaine que tu y trouverais ton bonheur ! Après, il faut aimer le noir et blanc.

La parole est à vous !