Le jour d’avant – Sorj Chalandon

Sorj Chalandon est un auteur que j’ai découvert assez récemment mais il fait déjà partie de ceux dont je dévore chaque nouvelle parution sans même savoir de quoi il est question. J’aime son écriture, les thèmes qu’il aborde et surtout la profondeur de sa réflexion. Retrouver tout cela à chaque nouveau roman est un vrai bonheur !

Le jour d’avant a pour cadre le bassin minier du Nord de la France, au milieu des années 1970. Joseph rêve de courses automobiles et de gloire. Apprenti mécanicien dans un garage de Lens, il ne fait que changer des plaquettes de freins. La mine l’attire depuis toujours. Ici, les hommes sont fiers de descendre chaque jour extraire le charbon. Alors, quand des ouvriers l’incitent à les rejoindre, il ne met pas longtemps à se décider, même si son père, un paysan convaincu que l’avenir est ailleurs, y est formellement opposé.

Joseph est le héros de Michel, son frère cadet, qui lui voue une véritable admiration. Ensemble, ils font des virées à mobylette et imitent le souffle des chevalements, ces beffrois d’acier dominant l’ouverture des puits de mines. Le 27 décembre 1974, un accident dans la fosse Saint-Amé de Liévin-Lens, celle où travaille Joseph, coûte la vie à 42 hommes. Le jeune homme meurt quelques jours plus tard de la suite de ses blessures.

« J’ai raconté la beauté de mon frère. Son retour le midi, après son poste. Le bruit de la taillette, claquée sur la table de l’entrée. Le pain d’alouette. Ses ongles que je disputais fièrement au charbon. J’ai raconté ma volonté de le rejoindre au fond. L’armée des gens honnêtes qui passaient la porte de fer. Leur silence dans les épreuves. Le poison de la fosse 3bis. Son air vicié, sa poussière en gorge, le grisou dans l’ombre qui guettait ses victimes. J’ai raconté la remonte vers le jour. La salle de bains. Les vêtements de travail hissés par leurs cordes comme autant de pendus. J’ai raconté la fraternité, les hommes qui frottaient le dos des autres hommes. La solidarité des forçats du puits. » p.213

La tragédie ne s’arrête cependant pas là pour cette famille. A la mort du père, un an après celle du fils, on retrouve dans ses poches une lettre adressée à Michel. « Venge-nous de la mine », ce sont ses derniers mots. Et Michel promet. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid.

Retrouver la plume de Sorj Chalandon est un vrai régal. Toujours ce sens du mot juste, cette volonté de décrire les choses avec précision sans que cela alourdisse pour autant le style. Quelle description du milieu minier ! Influencé par les images de Germinal, même si nous sommes un siècle plus tard, on se représente facilement la vie dans ce Nord de la France.

Si le cadre est assez différent de ses autres romans, Le jour d’avant montre bien que Sorj Chalandon n’en a pas fini avec certains des thèmes qui hantent son œuvre. Celui de la vengeance tout d’abord. Michel va vivre toute sa vie avec ce poids sur les épaules. Il lui faudra attendre longtemps avant de pouvoir l’exorciser. Celui de la loyauté ensuite. Envers la famille, envers la communauté, envers soi-même. Et puis il y a un troisième thème dont je ne veux pas parler ici pour ne pas prendre le risque de vous spoiler. J’ajouterai juste que quelque part, ce roman fait magnifiquement écho à Profession du père. Volonté de l’auteur ou non ? Je serais bien curieuse de le savoir.

CHALANDON, Sorj, Le jour d’avant, Grasset, 2017.

36 réflexions sur « Le jour d’avant – Sorj Chalandon »

    1. J’ai découvert l’auteur par Le quatrième mur en version audio et la voix du lecteur résonne encore en moi plusieurs années après. Depuis, j’ai lu tous ses romans excepté un ou deux. Les thèmes qu’il aborde font écho en moi. Et au delà des thèmes, c’est sa façon de les traiter que j’apprécie.

  1. Sorj fait parti de mes incontournables. Un beau billet qui rend bien tentant… J’ai eu la chance de le rencontrer, nous avons longuement parlé de nos pères … Il est comme ses livres… Bon, je retourne au boulot

    1. Tout ceux qui ont la chance de le rencontrer (cela n’a pas été mon cas pour le moment) font le même constat que toi. Il semble que ce soit quelqu’un d’authentique et de très intéressant.

  2. Compliqué d’écrire ce billet sans trop en dire, hein ! 😀
    Même si le thème est résolument différent des précédents romans de l’auteur, oui, effectivement il existe un entrelacs entre toutes ses oeuvres. On retrouve des thèmes (plus ou moins développés), mais certains hantent l’homme oui …

  3. Assurément un roman qui finira entre mes mains, parce que c’est Chalandon (et qu’il faut bien un jour le lire!) oui mais surtout parce qu’il parle des mines, de chez moi et qu’il me rappellera assurément à des souvenirs qui ont bercé mon enfance lorsque les « grands » parlaient entre eux de cette époque.

    1. Cela ne m’étonne pas. Je n’irai pas jusqu’à le relire mais cela m’a rappelé de jolis souvenirs de ce roman que j’avais dévoré en deux ou trois jours alors que j’avais 13 ou 14 ans.

    1. Eva (Tu vas t’abimer les yeux) émet quelques réserves mais elle a tout de même beaucoup aimé. Les avis plus réservés viendront sans doute avec le temps….

  4. Y aurait-il un twist final ? A te lire j’ai l’impression que la fin retourne le déroulement. J’avais bien aimé « Retour à K.’ et j’aime toujours quand il est question du père. J’attendrais sans doute sa sortie en poche mais je pense que je le lirai (la mine ça reste quand même un merveilleux thème littéraire je trouve)

    1. Dans celui-ci, il est plus question du rapport au frère et des liens familiaux en général. Et de la mine qui anéantit même ceux qui n’y descendent pas. Tu as raison, c’est un thème à la fois beau et terrifiant.

    1. Avec Sorj Chalandon, c’est souvent comme cela ! Il faut laisser passer un peu de temps et tu en auras d’autres, des coups de cœur.

La parole est à vous !