Le Journal intime d’un arbre – Didier Van Cauwelaert

Tristan est un poirier tricentenaire en cours de classement au titre d’Arbre remarquable de France. Son propriétaire, le vieux Docteur Lannes, a un choc lorsqu’il le découvre un beau jour couché au sol. Un coup de vent un peu plus fort que les autres a eu raison de son grand âge et de ses maladies.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, Tristan loge dans son tronc la balle qui a coûté la vie au fils du Dr Lannes. Tirée par un allemand, elle a fait de ce garçon le plus jeune résistant de France mort pour son pays. C’est suite à ce drame que le Dr Lannes a pris l’habitude de venir confier ses souffrances au poirier. L’arbre, pourvu de sentiments et d’une capacité de réflexion, a été le témoin de plusieurs siècles d’histoire et a toujours été le confident d’un certain nombre d’humains.

« Les quelques individus qui ont su me faire rêver durant ma vie, je leur dois ma longévité. Parce que l’intelligence, la poésie, l’humour sont des nutriments aussi nécessaires pour moi que les protéines du sol. Vos mauvaises ondes m’affaiblissent, vos bonnes vibrations me renforcent. » p. 54

Planté sous Louis XV, le poirier a perdu la mémoire de certains évènements mais se souvient avoir servi à brûler vive une sorcière. Ses branches ont également été utilisées pour pendre les religieux pendant la Révolution. C’est à son pied qu’Alfred Dreyfus a enfin obtenu des explications sur l’horrible manipulation dont il a été la victime. Plus tôt dans l’histoire, Tristan a été le témoin de la création de sonnets par le poète Mironte.

Récemment, en plus des confidences du Dr Lannes, il a reçu celles de Manon, la petite voisine maltraitée par ses parents qui ne dit plus un mot depuis qu’on lui a fait promettre de se taire, de ne rien dire aux autres. Le jour où Tristan est tombé, Manon a commencé à sculpter une femme dans son tronc. Elle veut apprendre à travailler le bois et en faire son métier. Yannis, qui écrit un livre sur les arbres et qu’elle rencontre par l’intermédiaire du Dr Lannes, l’encourage à vivre sa passion. Elle ne sait pas encore à cette époque là qu’elle recroisera la route de cet homme des années plus tard et qu’il aura une grande importance dans sa vie.

L’idée de donner la parole à un arbre capable de comprendre les pensées des êtres humains est originale. Le poirier est un véritable narrateur omniscient et permet à Didier Van Cauwelaert de faire découvrir à ses lecteurs les pensées profondes des personnages mais aussi de faire resurgir du passé des secrets bien enfouis. Certains éléments sont cependant traités un peu trop vite et l’accumulation des personnages et des événements dont ils sont les témoins empêche le lecteur d’entrer pleinement dans le roman.

L’aspect écologique tient une petite place. Avec un tel sujet, cela paraissait inévitable mais on frise la caricature quand l’auteur imagine que les végétaux, pour se défendre, créent une hormone responsable de la dépression profonde de certains humains.

L’idée de redécouvrir l’histoire et les hommes à travers la sensibilité d’un arbre était pleine de promesses. Malheureusement, Le Journal intime d’un arbre, ne les tient que partiellement.

VAN CAUWELAERT, Didier, Le Jouranl intime d’un arbre, Michel Lafon, 2011.

15 pensées sur “Le Journal intime d’un arbre – Didier Van Cauwelaert”

  1. C’est vrai que c’est dommage car l’idée de départ était réjouissante… As-tu déjà eu l’occasion de feuilleter le livre de Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre? Plus sérieux mais une vraie mine d’informations.

  2. J’en avais entendu parler… mais comme j’avais lu de lui un titre jeunesse qui parlait déjà d’un arbre je m’attendais à ce que tu décris. Point trop n’en faut.

La parole est à vous !

%d blogueurs aiment cette page :