Le lambeau – Philippe Lançon

Journaliste à Libération et à Charlie Hebdo, Philippe Lançon a été victime de l’attentat du 7 janvier 2015, touché aux bras et au visage. Dans les 100 premières pages de ce texte, il revient sur les heures qui précèdent la tragédie puis, décrit ce qui s’est passé dans la salle de conférence de rédaction de Charlie ce matin là. Les 400 pages suivantes sont consacrées à l’après. Le livre se termine le 13 novembre 2015, jour des attentats du Bataclan et du stade de France.

Il est difficile de parler de ce récit tant il est intime, autant pour  son auteur que pour le lecteur. Il y a des livres qui ne se racontent pas mais qui se lisent et celui-ci en fait partie. Je vais quand même essayer de vous en parler un peu car si on ne l’avait pas fait pour moi, je crois que je ne l’aurais jamais lu.

Certains passages sont terribles, il faut être armé psychologiquement pour les lire. L’auteur semble n’occulter aucun détail, même les plus macabres. Pas de voyeurisme cependant. Pas de haine, pas de considérations politiques ou médiatiques non plus. Philippe Lançon vit coupé du monde dans sa chambre d’hôpital. De janvier à novembre, il subit un peu moins d’une vingtaine d’opérations chirurgicales dont la plupart sont destinées à réparer sa mâchoire inférieure et son menton. Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est qu’il réussit à parsemer les sondes, les greffes, les fuites, les escarres et autres joyeusetés de réflexions sur la vie, la mort, le rapport aux autres et à la littérature. La musique et les livres sont fortement présents. On sent l’homme érudit, aidé au quotidien par ces nourritures spirituelles.

Philippe Lançon se livre avec pudeur et rend, sans que cela soit son objectif, un bel hommage au personnel hospitalier. Il y a, au fil des pages, de magnifiques portraits de soignants. Beaucoup n’exercent pas ce métier par hasard, ou du moins c’est le cas de ceux avec qui l’auteur établit un lien plus profond. D’une sincérité touchante, il explique également comment il s’entoure des amis dont il peut tirer la force dont il a besoin pour survivre, mettant de côté temporairement ceux qui ne peuvent l’aider, quelle qu’en soit la raison.

« Le lambeau est le meilleur livre que j’ai lu depuis cinq ans », m’a dit un journaliste et écrivain rencontré récemment. J’étais dubitative, je ne le suis plus. Pour tirer un tel récit d’une expérience aussi terrible, il faut non seulement être résilient mais aussi avoir un réel talent d’écrivain.

LANÇON,Philippe, Le lambeau, Gallimard, 2018.

17 réflexions sur « Le lambeau – Philippe Lançon »

    1. C’est dommage… Il y a forcément des passages très difficiles mais il mérite vraiment d’être lu. C’est un livre qui fait réfléchir.

  1. aires, sinon je ne l’aurais pas lu, et puis, quelqu’un qui aimé proust et Bach, comment résister? (désolée, le commentaire est parti en plein milieu!)

    1. Oserais-je dire que je n’ai jamais lu Proust malgré des études littéraires (il va vraiment falloir que je sorte Du côté de chez Swann de ma PAL…) et que ma culture en matière de musique classique est proche du néant ? Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier le roman, heureusement !

  2. Tu fais un bel éloge de ce livre ! comme pour « my absolute darling » je tourne autour depuis quelques semaines en hésitant… mais je finirai par le lire c’est sûr !

    1. Je crois que je ne lirai pas My absolute darling. Là, ce qui m’a fait franchir le pas, c’est aussi qu’il ne s’agit pas d’une fiction.

  3. Alors j’avais dit non avec le livre d’Erwan Lahrer et je l’ai lu et j’ai beaucoup aimé.
    Mais là je dis non définitivement…je n’aime pas l’idée de base de ce genre de livres et je supporte pas le classique et je n’ai pas encore lu Proust… 😀

    1. Je n’y connais rien en musique classique, je n’ai pas (encore) lu Proust et…. j’ai beaucoup aimé. L’essentiel n’est pas dans ces œuvres mais dans la manière dont l’auteur s’appuie sur elle. Et ce n’est qu’une infime partie du roman ! Franchement, il mérite d’être lu.

La parole est à vous !