L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges – Davide Morosinotto

Viktor et Nadia sont jumeaux. En 1941, quand Hitler envahit l’Union soviétique et que ses troupes menacent la ville de Leningrad, ils n’ont pas encore 13 ans. C’est à ce moment là que leur vie bascule. Convoqués pour des tours de surveillance anti-incendie, ils scrutent le ciel depuis les toits de la ville. Leur rôle : donner l’alerte si des avions ennemis bombardent la population. Leurs parents, qui travaillent au musée de l’Ermitage, s’occupent d’évacuer les œuvres d’art. En plus de cela, ils participent à la fortification de la ville, comme toutes les personnes de plus de seize ans.

La menace se faisant de plus en plus importante, Viktor et Nadia sont évacués, comme des milliers d’autres enfants de Leningrad, pour être protégés. La séparation est effroyable. Viktor promet à son père et à sa mère de veiller sur Nadia mais, très vite, il ne peut tenir son engagement. Les deux adolescents sont séparés de force et voyagent dans des trains différents. Viktor se retrouve dans un kolkhoze à Kazan. Ses journées de travail, qui commencent à 5h du matin, sont exténuantes. Nadia, elle, est bloquée sur les rails, pas très loin de la zone des combats. Chacun de leur côté, les jumeaux se demandent ce que l’autre est en train de vivre et n’ont qu’une seule idée en tête : se retrouver.

Le lecteur découvre leur histoire à travers des cahiers, sortes de journaux intimes dans lesquels ils racontent leur quotidien : la peur, le froid, la faim, les grands espaces aussi hostiles que l’ennemi, les bombardements, le travail harassant, l’hypocrisie du gouvernement, etc. La mise en page de ces cahiers est à la fois atypique et attrayante. Les récits de Viktor et de Nadia sont enchâssés. Des couleurs d’écriture différentes permettent de les distinguer. Ils sont agrémentés de photographies, d’illustrations ou de cartes. A cela s’ajoutent, dans les marges, des commentaires du Colonel Smirnov chargé de décider, pour le commissariat du peuple aux affaires étrangères, si Viktor et Nadia sont innocents ou coupables des faits qui leur sont reprochés.

La narration à trois voix -celle des deux enfants et celle du Colonel- donne du dynamisme et une dimension réflexive à ce récit dense -il fait plus de 500 pages- et passionnant. Roman historique, roman d’aventure, récit initiatique, il prône des valeurs importantes. Viktor et Nadia sont deux battants qui ne reculent devant rien, ne baissent jamais les bras. Leur courage est exemplaire. L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges permet également un première approche de l’histoire de l’Union soviétique : idéologie communiste, goulag, kolkhoze, Seconde guerre mondiale. C’est un roman à conseiller sans hésiter aux bons lecteurs à partir de la 4ème.

MOROSINOTTO, Davide, L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges : L’affaire des cahiers de Viktor et Nadia, L’école des loisirs, 2019.

6 réflexions sur « L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges – Davide Morosinotto »

  1. Merci pour ce billet, je note ce roman ( que je n’avais pas vu passer, je ne sais rien de l’auteur non plus ) autant pour son sujet que pour la façon dont le récit est raconté et mis en page.

La parole est à vous !