Les brumes de Sapa – Lolita Séchan

Lolita a 22 ans lorsqu’elle décide de partir seule au Vietnam. En plein doute sur son avenir, elle espère que ce voyage lui permettra de trouver enfin qui elle est. A Hô-Chi-Minh ville, elle fait des rencontres, se persuade d’avoir attrapé toutes les maladies possibles, découvre l’horreur du tourisme sexuel, visite le marché, recherche le simple et l’authentique. Mais à l’intérieur d’elle, rien ne bouge. Toujours les mêmes questions, toujours le même mal être.

Lolita décide alors de se rendre dans le Nord du pays. A Hue, elle passe deux jours sous des torrents d’eau puis prend la direction d’Hanoï et de Sapa, une localité dans laquelle vivent des minorités complètement rejetées par la population vietnamienne. Juste avant de repartir pour la France, Lolita fait la connaissance de Lo Thi Gom, une fillette de 12 ans issue de la communauté des Hmong. Gom passe ses journées à vendre de l’artisanat aux touristes et rentre chez elle le week-end pour travailler dans les rizières. Cette rencontre marque profondément la narratrice qui éprouve beaucoup d’affection pour la fillette.

Un an plus tard, Lolita est de nouveau à Sapa. Lo Thi Gom l’a oubliée mais, une nouvelle fois, le courant passe vite entre elles. C’est le début d’une amitié qui dure depuis 15 ans. « Immanquablement, chaque année, l’urgence de partir me reprenait et je retournais voir Lo Thi Gom. Je sautais dans un avion pour Hanoï, un train de nuit pour Lao Caï, un bus pour Sapa. Et enfin je retrouvais Gom, là haut dans les montagnes. C’était à la fois une fuite et un retour… l’enracinement et l’errance.« 

Tant du point de vue du graphisme que du scénario, Les brumes de Sapa est un album magnifique. Même l’écriture est belle, littéraire, ce qui est plutôt rare en BD. L’errance de la narratrice, ses doutes, son évolution au fil des ans, font de ce livre un beau roman graphique de formation. Le regard qu’elle porte sur elle-même est tout à fait lucide et non dépourvu d’humour. On pourrait lui reprocher d’être auto-centrée mais la réflexion sur la vie et les prisons intérieures que nous portons en nous est si pertinente qu’on lui pardonne. De plus, elle nous fait découvrir un Vietnam partagé entre traditions et modernité avec un dessin en noir et blanc qui fourmille de détails. Chaque planche, chaque case est un vrai régal pour les yeux. L’auteur a mis 5 ans pour écrire ce livre et on comprend pourquoi. Vivement le prochain !

SECHAN, Lolita, Les brumes de Sapa, Delcourt, 2016.

    La BD de la semaine, c’est chez Moka aujourd’hui.

24 réflexions sur « Les brumes de Sapa – Lolita Séchan »

    1. C’est Stephie qui m’a convaincue. J’avais peur que la BD soit médiatisée parce que c’est la fille de… Elle m’a dit que ce n’était pas du tout le cas. Du coup, j’ai foncé en librairie et j’ai bien fait.

  1. Je suis contente de voir que la « Lola » de « Morgane de toi » est devenue cette talentueuse dessinatrice de BD ! Tu donnes vraiment envie de découvrir cet ouvrage, merci ! 😉

La parole est à vous !