Les fragiles – Cécile Roumiguière

Drew et Sky, deux fragiles. Ou peut-être est-ce leurs parents, les Fragiles…

Drew a dix-sept ans, un père raciste, macho, abruti, qui ne sait pas comment s’y prendre avec lui et le méprise. Le jeune homme fait tout pour avoir des mauvaises notes à l’école alors qu’il est capable de suivre, en math surtout. Il se brûle des cigarettes sur la peau, fait de la lutte pour évacuer sa rage et être capable de maîtriser ce père qu’il aimerait savoir mort. Pour lui plaire aussi. Car un homme se doit d’être fort, d’aimer le foot ou le rugby, de mettre des femmes dans son lit et de gagner sa vie. L’école, ça ne sert pas à grand chose, c’est pour les intellos. La mère de Drew, elle, travaille beaucoup et essaie de protéger son fils comme elle peut. Mais le mal est là depuis longtemps, depuis que le garçon, alors âgé de neuf ans, a vu son père commettre l’irréparable.

En vacances avec sa grand-mère, Drew rencontre Sky, une fille mystérieuse, évanescente. Vêtue de noir, adepte des milieux underground, Sky est une écorchée vive elle aussi. Ses parents semblent défaillants même si l’on ne sait pas grand chose d’eux. Quand elle en a marre de supporter sa petite sœur chez sa mère, l’adolescente va chez son père qui la considère comme une adulte et la laisse se mettre en danger. Drew et Sky se soutiennent comme ils peuvent, sombrent dans le gouffre, tentent de sortir la tête de l’eau. Mais comment grandir quand les adultes sont eux-même fragiles et ne remplissent pas leur rôle ?

Le roman s’ouvre sur une journée cauchemardesque, celle où Drew a rendez-vous avec son père après une longue période sans l’avoir vu et où l’impensable se déroule. La narration alterne entre passé et présent, remonte le fil de la vie du jeune homme, tentant d’expliquer comment on peut en arriver là.

C’est un roman dur, très dur, rempli de haine et de rage, mais vraiment percutant que nous propose Cécile Roumiguière. On se prend la misère intellectuelle et le racisme en pleine figure. La spirale infernale est devant nos yeux et on a l’impression que rien ne pourra l’arrêter. Seule la grand-mère de Drew offre du réconfort aux deux ados et prend un peu la mesure de l’abîme dans lequel son petit-fils est engouffré. Sa mère est trop préoccupée par le quotidien pour se rendre compte de l’étendu des dégâts. Et sa séparation du père de Drew -un pauvre type que l’on n’arrive même pas à détester- n’y change rien.

Des Drew, j’en ai connu quelques uns dans ma carrière et je vais en rencontré encore plein d’autres. Ce sentiment d’impuissance m’est malheureusement familier. Dès lors, comme ne pas sombrer dans la noirceur ? Le roman offre un note d’espoir et il est important de le souligner. Drew est certes fragile mais il n’est pas comme son père. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est si mal.

« Raciste… C’est tellement débile. Quand il sera mort, ton père comparera ses os à ceux de ses voisins squelettes, et s’il en trouve des plus foncés que les autres, il m’appelle… » p.119-120

Un grand merci aux deux découvreurs de pépites jeunesse, Jérôme et Noukette, qui m’ont offert ce livre.

ROUMIGUIERE, Cécile, Les Fragiles, Sarbacane, 2016.

8 réflexions sur « Les fragiles – Cécile Roumiguière »

    1. Oui, je pense qu’il va rester longtemps dans ma mémoire ce livre. Je l’ai acheté pour les troisièmes même si je le conseillerais plutôt pour le lycée.

    1. Elle l’est, c’est indéniable. Mais je trouve qu’il y a quand même une certaine forme d’espoir dans cette tragédie.

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