Les inséparables : Simone Veil et ses sœurs – Dominique Missika


Denise, Madeleine dite Milou, Simone et Jean. Ils sont quatre frères et sœurs choyés par leurs parents, Yvonne et André Jacob. Juifs laïcs, les Jacob se sentent dans un premier temps à l’abri, à Nice, lorsque la France perd la guerre. En novembre 1942, quand la zone libre est envahie et que les italiens arrivent dans la ville, ils pensent que c’est moins grave que l’occupation allemande. La famille est soudée et la vie continue malgré les restrictions et les privations.

Mais en septembre 1943, après la chute de Mussolini et la signature de l’Armistice avec les Alliés, les italiens quittent Nice pour laisser la place aux allemands. La menace est telle que la famille se disperse. Denise, l’aînée, entre dans la clandestinité et devient agent de liaison à Lyon. En mars 1944, quelques jours après l’anniversaire de Milou, Simone, 16 ans et demi, fait l’objet d’un contrôle d’identité. Sa fausse carte ne fait pas illusion. Les allemands tendent un piège et Milou, Jean et Yvonne sont arrêtés à leur tour. André le sera également quelques jours plus tard.

Simone, Milou et leur mère sont déportés à Auschwitz. Les marches de la mort les conduisent ensuite à Bergen-Belsen où Yvonne rend son dernier souffle. André et Jean sont conduits en Lituanie. La famille ne saura jamais comment ils ont fini leurs jours. Denise, de son côté, est déportée à Ravensbrück. Le récit de Dominique Missika ne s’attarde pas sur la vie dans les camps. Il s’intéresse à l’avant et surtout au difficile retour.

« Denise était sans cesse invitée, elle parlait de la Résistance, du camp. Milou et moi, jamais ! Nous n’étions que des victimes, n’est-ce pas, pas des combattantes, prises les armes à la main. Peu importait notre expérience, nos douleurs. On ne manquait pas de nous le rappeler, non sans brutalité. » p.103

A la libération, la différence de statut entre les déportés de la Résistance et les juifs est une triste réalité. Le fossé se creuse entre Denise d’un côté et Milou et Simone de l’autre. Malgré tout, les trois sœurs, désormais seules, se serrent les coudes. La vie reprend et les français n’aiment pas que les survivants des camps prennent la parole. Ou alors ils sont gênés. Simone, Denise et Milou essaient de continuer à vivre chacune à leur manière, en faisant ce qu’elles peuvent avec les fantômes qui les hantent. Trouver une place dans la France d’après-guerre n’est pas simple…

A travers ce récit intime et poignant, Dominique Missika réussit à donner une valeur universelle au destin de Simone Veil et de ses sœurs. Bien entendu, on découvre la jeunesse d’une femme qui a marqué la vie politique française. Mais cela, son autobiographie, Une vie, le faisait déjà. Les inséparables, paradoxalement plus intime, plus personnel, raconte aussi et surtout le difficile retour de bon nombre de déportés dans la France de l’après-guerre.

MISSIKA, Dominique, Les inséparables : Simone Veil et ses sœurs, Seuil, 2018.

19 réflexions sur « Les inséparables : Simone Veil et ses sœurs – Dominique Missika »

    1. Une grande partie de « Une vie » est consacrée à son engagement politique et à ses convictions. On en apprend plus dans ce livre sur la première partie de sa vie privée.

  1. Et dire que je n’ai toujours pas lu Une vie, que déjà ton billet m’avait rappelé. Ce billet-ci me rend curieuse. J’ai écouté le témoignage de Simone Veil au Mémorial de la Shoah, je ne peux pas l’oublier.

    1. Oui, j’imagine… Il est d’ailleurs question dans Les inséparables de la parole donnée aux déportés et de la différence de considération entre ceux qui ont été arrêtés pour résistance et les juifs. Il a fallu longtemps avant que tous les témoignages soient écoutés.

  2. J’ai tellement entendu Simone Veil à la radio durant des années que j’ai l’impression de tout savoir de son parcours, mais là, sur la fratrie entière, ça doit être différent. Je note.

    1. Je n’en connais pas autant que toi à son sujet. Ce que j’ai trouvé intéressant là, outre la vie de Simone Veil, c’est la réflexion sur la France d’après-guerre.

  3. Tu me donnes envie de le lire. Simone Veil est une grande dame, enfin était, son autobiographie m’a beaucoup intéressé à l’époque. Par contre qui est l’auteur ? C’est un récit à partir d’un travail d’archives??

  4. Mon avis est un peu plus mitigé que la moyenne. Ce récit m’a paru un peu léger et manquant d’un vrai souffle. La première partie de l’autobiographie de Simone Veil était trop présente dans mon esprit pour que j’adhère totalement au livre de Dominique Missika qui est finalement une redite. Par contre, je suis heureuse de voir qu’il trouve son public et qu’il permet de véhiculer tous les messages autour de Simone Veil.

    1. Je trouve que ce récit va plus loin que l’autobiographie de Simone Veil, surtout en ce qui concerne la fraterie et l’après-guerre. Après, tout dépend ce qu’on attend. Plus que la vie de cette grande dame, c’est l’aspect historique qui m’a intéressée.

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