L’odeur de la forêt – Hélène Gestern

Il y a des livres dont on parle peu et qui sont pourtant magnifiques. L’odeur de la forêt en fait partie. Pourquoi cette faible audience ? La date de sortie ? Comme toutes les rentrées littéraires, celle de septembre dernier a été si abondante qu’il y a de quoi passer inaperçu. Le nombre de pages ? 650, ça effraie certains lecteurs, il faut le reconnaître. La couverture ? C’est vrai qu’elle n’est pas très attrayante. La faible renommée de l’auteure ? Eux sur la photo a pourtant rencontré le succès. Le prix ? Sans ma libraire qui a su trouver les mots pour me convaincre, je ne l’aurais sans doute pas acheté. 27€, ça fait beaucoup pour un roman je trouve. On pourrait sans doute ajouter à toutes ces raisons le travail de l’éditeur, des libraires, de la presse, etc. Quoi qu’il en soit, j’espère vous convaincre de le lire. Et pour cela, il va falloir que je vous parle de cette histoire tellement belle, tellement foisonnante que je ne sais pas trop par où commencer.

Avant de mourir, Alix de Chalendar confie à Elisabeth Bathori, historienne de la photographie, l’album de son oncle, poilu de la Première Guerre mondiale. A l’intérieur, des cartes postales de propagande et des photographies prises dans les tranchées. Pendant deux ans et demi, Alban de Willecot a écrit à sa sœur et au célèbre poète Anatole Massis, cherchant à déjouer la censure pour décrire l’horreur quotidienne que le gouvernement cache par tous les moyens à ceux qui sont éloignés du front.

Elisabeth rêve de retrouver les lettres adressées par Massis à Willecott -elle n’est pas la seule d’ailleurs- mais mettre la main dessus s’avère compliqué. Elle découvre par contre un journal, celui d’une jeune femme dont Alban était proche. Celui-ci est crypté. Le décoder est un vrai casse-tête.

Menant un véritable travail d’archiviste et d’enquêtrice, Elisabeth s’attache à Alban de Willecot et tente de remonter le fil du passé pour découvrir sa véritable histoire. Cela va l’emmener bien plus loin que prévu, pendant la Seconde Guerre mondiale notamment mais aussi vers des secrets bien enfouis. Les personnages qui gravitent autour d’Alabn sont nombreux et les liens qui les unissent sont parfois difficile à retenir mais leur destin est passionnant.

Parallèlement à cela, le lecteur découvre la vie d’Elisabeth qui se remet d’une longue période de deuil pendant laquelle elle a vécu repliée sur elle-même. Grâce à ce travail, elle fait de nouvelles rencontres, souvent très belles, très profondes, et hérite d’une maison au charme fou perdue dans la campagne. Elle noue également des amitiés et rencontre un homme mystérieux. Elisabeth Bathori est une femme sincère et authentique qui n’hésite pas à se mettre à nu. On aurait presque envie de prendre un café ou un thé dans son jardin et de la suivre dans son passionnant travail.

L’odeur de la forêt est un roman multiple qui offre une plongée dans la petite et la grande histoire. Les énigmes sont nombreuses. On tourne les pages les unes après les autres avec l’envie de connaître les réponses à toutes ces questions concernant le passé des personnages. Qui sont-ils réellement ? Quels sont leurs secrets ? Pourquoi ont-ils agi ainsi ? Quels liens entretiennent-ils entre eux ? Quelle influence a eu la guerre sur leur vie ?

La photographie, l’amour, la mémoire, autant de thèmes qui semblent chers à l’auteur et qui sont magnifiquement traités. Outre son talent à décrire l’intimité des personnages et à fouiller l’histoire, Hélène Gestern excelle dans l’entretien du mystère. J’ai refermé ce roman avec une furieuse envie de continuer à découvrir cette auteure.

GESTERN, Hélène, L’odeur de la forêt, Arléa, 2016.

13 pensées sur “L’odeur de la forêt – Hélène Gestern”

  1. Eux sur la photo est emprunté, en gros caractères (il n’existe rien d’autre apparemment) Merci de parler de ce roman (sa taille ne fait rien à l’affaire, s’il est bon)

    1. Je pense que la taille effraie quand même bon nombre de lecteurs. J’ai moi-même choisi un moment où j’avais un peu de temps devant moi.
      Eux sur la photo est disponible en poche aussi.

  2. Merci d’en avoir parlé ! Je crois que je vais me faire un petit challenge bibliothèque, histoire de lire tous ces livres là… effectivement passés inaperçus pendant la rentrée littéraire… Je voudrais déjà bien lire « Eux sur la photo ».

    1. J’ai beaucoup aimé « Eux sur la photo » aussi. Si tu ne trouves pas ton bonheur en bibliothèque, « L’odeur de la forêt » n’est pas encore disponible en poche mais ses autres titres, oui.

  3. J’avais beaucoup aimé « Eux sur la photo » et suite à la lecture du billet de Philisine et d’Alex je l’avais noté et acheté. Je suis d’accord avec toi ; il vaut le coup que l’on se penche sur lui, je ne l’ai pas encore lu mais je l’ai beaucoup feuilleté déjà et il a l’air vraiment très bien !! J’ai hâte maintenant ;0) Bonne soirée (et je mets ton billet dans vos plus tentateurs ;0)

    1. Tu verras, une fois commencé, il est impossible de le lâcher. J’espère qu’il te plaira au tant qu’à moi. Je te souhaite une belle journée.

La parole est à vous !