Ma dévotion – Julia Kerninon

Dans une rue de Primrose Hill, à Londres, Helen croise par hasard Frank. Ils ne se sont pas vus depuis vingt-trois ans. Pourtant, ils ont vécu ensemble pendant des années. Que s’est-il passé pour qu’un tel silence se soit installé ? Un évènement tragique, forcément. Mais lequel ? Il faudra attendre le dénouement pour le savoir…

En attendant, Helen s’adresse à Frank dans un long monologue et donne sa version de leur histoire. Leur rencontre en 1950 à Rome, alors qu’ils étaient adolescents. Leur installation à Amsterdam, dans l’appartement de la mère d’Helen. Lui qui se cherche, elle qui poursuit ses études et travaille d’arrache-pied. Frank se découvre alors une passion pour la peinture et entame une carrière qui n’aurait sans doute pas été aussi brillante sans Helen à l’arrière-plan. C’est elle qui assure l’intendance, qui fait le ménage, les courses, se charge de l’administratif. Elle est la stabilité, l’ancrage, celle qui permet au peintre de se réaliser.

Le plus révoltant dans toute cela, c’est que Frank est égoïste et ne se rend même pas compte de tout ce que lui apporte son amie. Parfois, ils sont amants. Parfois, ils ont des relations chacun de leur côté. Mais à aucun moment ils n’échangent sur les liens atypiques qui les unissent, à aucun moment ils ne communiquent sur leurs sentiments. Et c’est sans doute cela qui m’a gênée dans ce roman. Helen subit et ne dit rien. Il lui faut attendre la vieillesse et une rencontre fortuite pour qu’enfin elle exprime la complexité de ce qu’elle a ressenti pendant toutes ces années.

De plus, si la dévotion de la femme pour l’artiste est dépeinte avec brio, il manque de l’émotion. Je suis restée distante vis à vis d’Helen. Je n’ai pas ressenti d’empathie pour elle. Le sentiment qui a dominé pendant ma lecture est plutôt celui de la froideur. Dommage…

KERNINON, Julia, Ma dévotion, Le Rouergue, 2018.

20 réflexions sur « Ma dévotion – Julia Kerninon »

  1. J’ai lu les romans précédents de Julia Kerninon et je les ai beaucoup appréciés, je partais déjà avec un bon esprit et je n’y ai pas retrouvé cette froideur dont tu parles.

    Ah oui, Franck est un sale égoïste;.. révoltant!

    1. J’ai bien conscience que mon article n’insiste pas les lecteur à avoir envie de le découvrir mais j’essaie toujours d’être au plus prêt de mon ressenti.

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