Maître et esclaves – Paul Greveillac

Maîtres et esclaves fait partie de ces livres qui transportent le lecteur dans un autre univers, qui lui permettent de voyager dans un autre pays et une autre époque. Ici, nous suivons le parcours de Tian Kewei, artiste peintre, dans la Chine de Mao. Né en 1950 sur le bord d’une route, dans une famille paysanne du Sichuan, Kewei est le fils d’un peintre amateur dont on se gausse dans le village car il est considéré comme bon à rien et fait un bien piètre chef de famille. Têtu, pas scolaire, Kewei hérite du don de son père et passe ses journées à « peindre » avec tout ce qui lui passe sous la main. Sa mère, Xi Yan, fait tout pour l’empêcher de développer cette passion qui, pour elle, est une véritable malédiction.

En 1958, Mao met en place le « Grand bond en avant ». La collectivisation des terres bat son plein. Une attitude, un simple mot suffisent à être qualifié d’opposant politique et à être envoyé en rééducation. La famine fait des ravages. La passion du père de Kewei est mal vue. Ce dernier fait tout ce qu’il peut pour subvenir aux besoins de la famille mais, dans un tel contexte, s’en sortir est un véritable jeu d’équilibriste.

Quelques années plus tard, la Révolution culturelle continue à assujettir le pays. Le Petit livre rouge doit être su par cœur. L’embrigadement, la propagande et l’autocritique font partie du quotidien. Dans ce contexte, pas de place pour l’Art ou du moins pas de la manière dont nous l’entendons actuellement. L’ouverture culturelle n’existe pas. Dès lors, comment Kewei peut-il vivre sa passion ?

Repéré par un garde rouge, le jeune homme part étudier aux Beaux-Arts, à Pékin. Sa vie bascule. Il est désormais à la solde du gouvernement.

Sommes-nous maîtres de nos destins, esclaves de nos egos ? Maîtres de nos rêves, esclaves de ce qui les concrétise ?

Dans une Chine extrêmement romanesque, on suit la destinée de cet homme qui tente de tirer son épingle du jeu comme il le peut. Sa vie est sans cesse chahutée par les séismes politiques d’un pays dans lequel les maîtres deviennent esclaves et inversement au gré des stratégies des décideurs.

Malgré quelques longueurs, cette fiction sur fond de réalité historique est passionnante et extrêmement bien documentée. Le néophyte en matière d’histoire de la Chine a parfois du mal à s’y retrouver tant la période est mouvementée mais cela n’empêche pas la compréhension d’une intrigue qui va de rebondissements en rebondissements. Un roman incontestablement à découvrir.

GREVEILLAC, Paul, Maîtres et esclaves, Gallimard, 2018.

19 réflexions sur « Maître et esclaves – Paul Greveillac »

  1. Je suis en plein dedans ( à la moitié environ) . Je fais partie des néophytes et je ne te cache pas qu’Internet m’a apporté quelques éléments de réponse. Mais à part ça, je le trouve superbe. Très bien écrit, instructif, passionnant !

    Je me réjouis de connaître tes avis sur les autres lectures de la sélection ( j’ai terminé les doc et les policiers, il ne me reste que les romans)

    1. Où là là, tu est bien plus en avance que moi. Il m’en reste 4 à lire et je suis à la moitié du 5ème. J’espère que je vais tenir les délais… En ce moment, je suis débordée et très fatiguée. Pas simple de tout gérer !

    1. Je ne l’avais pas repéré non plus, je l’ai découvert grâce au Prix des lectrices de Elle. Je ne sais pas s’il passera la sélection du jury de février. Il est en concurrence avec « Arcadie » et « Einstein, le sexe et moi » que je n’ai pas encore lus.

  2. Je l’avais noté, pour le thème et la période, tout en craignant un peu trop le romanesque ( cette lecture me fait penser au roman  » Balzac et la petite tailleur chinoise  » de Dai Sijie. )

    1. Oui, c’est vrai que la thématique est proche et qu’ils sont tous les deux passionnants. Le cadre est romanesque mais je ne le trouve absolument pas « trop romanesque ». A toi de voir donc !

    1. C’est fort possible. Les chinois en apprenaient des passages par cœur et en cas de « contrôle de connaissance », la répression était forte.

La parole est à vous !