Marcher droit, tourner en rond – Emmanuel Venet

Le narrateur de ce roman est un adulte de quarante-cinq ans atteint du syndrome d’Asperger. Lors des funérailles de sa grand-mère Marguerite, il est révolté par l’éloge que la dame Vauquelin fait de cette veille dame décédée à tout juste une semaine de ses cent ans. C’est le quatrième enterrement auquel il assiste et, à chaque fois, on enjolive la réalité au sujet du défunt, on s’arrange avec la vérité, on ment.

« De même qu’on nous dit à l’échelle familiale que ma grand-mère Marguerite, femme réactionnaire et foncièrement égoïste, représentait un modèle de tolérance et de bonté, on nous serine à plus grande échelle qu’il nous faut à la fois abattre les dictatures et vendre aux tyrans des armes pour équilibrer notre balance commerciale; produire plus de voitures et diminuer les émissions de gaz d’échappement; supprimer les fonctionnaires et améliorer le service public; restreindre la pêche et manger plus de poisson; préserver les ressources en eau douce et saloper les aquifères au gaz de schiste. » p. 102

Dans un long monologue, le narrateur explique avec une logique implacable sa vision du monde et des relations humaines. Déçu par les comportements des hommes, incapable d’entretenir des relations avec qui que ce soit, il vit coupé du monde. Ses trois passions -le scrabble, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre une camarde dont il est amoureux mais qu’il n’a jamais revue depuis le lycée- semblent lui suffire.

A travers sa droiture d’esprit et son soucis de vérité et de transparence absolues, l’homme pointe du doigt les incohérences de nos comportements. Écrit par un psychiatre, Marcher droit, tourner en rond fait réfléchir et éclaire le lecteur sur la façon dont les personnes atteintes du syndrome d’Asperger regardent notre société. Je me garderais cependant bien de généraliser tant je connais mal ce handicap.

L’humour rend l’ensemble facile et agréable à lire. En refermant ce livre, je ne suis cependant pas tout à fait aussi enthousiaste qu’Aifelle. L’absence d’émotions et ce raisonnement qui tourne en rond même s’ils sont tout à fait justifiés par le handicap, font que je me suis parfois un peu ennuyée. Malgré tout, je ne regrette absolument pas cette lecture grâce à laquelle j’ai beaucoup appris et réfléchi.

VENET, Emmanuel, Marcher droit, tourner en rond, Verdier, 2016.

13 pensées sur “Marcher droit, tourner en rond – Emmanuel Venet”

  1. Je comprends la sensation de tourner en rond par moment, mais il m’a bien fait rigoler quand même. Il faut dire qu’il a une famille particulièrement gratinée.

    1. Cette sensation est la conséquence de la façon de fonctionner du narrateur. A ce titre, le roman est une belle réussite même si personnellement, c’est pour cette raison que je suis restée un peu à distance.

La parole est à vous !